Cinéma

La France repart de Venise avec le scénario et un espoir, mais sans Lindon

Martha Lucas

La France ne quitte pas le Lido les mains vides, mais pas là où on l’attendait. Stéphane Brizé, coscénariste de A Good Little Soldier avec Coralie Amédéo et Olivier Gorce, remporte le prix du scénario, et Malou Khebizi le prix Marcello Mastroianni du jeune espoir — deux récompenses françaises pour une soirée dont on guettait surtout le nom de Vincent Lindon. Le Lion d’or, lui, est allé à Woman Unknown, de la Danoise May el-Toukhy, qui a aussi raflé la Coupe Volpi de la meilleure actrice.

Woman Unknown se déroule dans le Danemark des jours qui suivent la libération de l’occupation allemande et suit Marie, nourrice et gouvernante chez un industriel de Copenhague, dans un équilibre domestique plus fragile qu’il n’y paraît. La Coupe Volpi féminine, décernée à Mathilde Arcel pour ce rôle, sacre une interprète qu’aucun pronostic ne portait à la cérémonie — le signe le plus net d’un jury qui regardait l’écran et non la saison des prix. El-Toukhy a dédié son Lion à sa fille adolescente et remercié la présidente Maggie Gyllenhaal d’avoir porté la question du manque d’opportunités pour les réalisatrices en compétition.

Le palmarès s’est étalé. Lee Chang-dong obtient le Lion d’argent – Grand Prix du jury pour Possible Love, retour du maître sud-coréen et film que beaucoup, dont ce média, voyaient en Lion d’or. La mise en scène revient à Ilya Khrzhanovsky pour DAU, le titre le plus discuté de l’édition. John Malkovich remporte la Coupe Volpi masculine pour Wild Horse Nine, de Martin McDonagh, le film de la plus longue ovation du festival. Le Prix spécial du jury va à NAZA, le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor, seul film de non-fiction en compétition.

La salle est revenue sur deux absences. Werner Herzog, avec Bucking Fastard, que beaucoup plaçaient sur le podium du Grand Prix, repart bredouille. Et l’écart entre l’ovation et le verdict a un visage : Wild Horse Nine, plus longue ovation du festival, s’est traduit par un seul prix d’interprétation et non par le Lion. Une ovation est le verdict d’une salle, pas d’un jury.

La ligne la plus délicate du palmarès est celle de Khrzhanovsky. DAU était arrivé sous la contestation — sa présentation avait suscité des objections sur les méthodes du projet et sur la présence du chef d’orchestre Teodor Currentzis, défendu depuis la scène par le directeur Alberto Barbera — et un prix de la mise en scène pour ce film précis relance le débat. Un jury attentif à l’éthique de qui fabrique les images, et comment, a choisi de primer la plus contestée sur ce terrain.

Restent les surprises. Le favori pour le Lion, Possible Love, a glissé d’un cran vers le Grand Prix ; la course au prix d’interprétation masculine, construite autour de Lindon dans A Good Little Soldier, s’est réglée par un prix du scénario pour ce même film, la Coupe revenant à Malkovich. Une compétition jugée mineure sur le papier a produit un palmarès qu’aucun grid n’avait prévu — la marque d’un jury qui a vu par lui-même. Pour le cinéma français, le bilan tient en une nuance : primé pour l’écriture et pour un espoir, pas pour ses têtes d’affiche.

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