Cinéma

Lindon n’a pas encore joué, mais le Lido a déjà désigné ses favoris — nos pronostics affinés

Jun Satō

Il y a trente jours, chaque pronostic sur Venise 83 relevait de la méthode et du casting : pas un plan n’avait été projeté. Quatre jours de compétition plus tard, le festival a déjà parlé deux fois, et fort : Ink de Danny Boyle a ouvert sur cinq minutes d’ovation, Wild Horse Nine de Martin McDonagh en a récolté quatorze, la plus longue de l’édition. Mais l’essentiel reste à venir, et une bonne part porte des couleurs françaises : Vincent Lindon chez Stéphane Brizé, Florian Zeller et son Bunker franco-espagnol, sans oublier Nicolas Pariser et Cédric Kahn. Deux catégories reposent désormais sur des preuves. Cinq restent des prévisions, et le terrain a déjà bougé.

La carte française est celle d’une tradition de jeu d’acteur. Lindon et Brizé forment l’un des tandems les plus rigoureux du cinéma contemporain — leur Loi du marché avait valu à l’acteur le prix d’interprétation à Cannes en 2015 — et Good Little Soldier arrive taillé pour ce registre intérieur que Venise vénère. Zeller, lui, mise sur l’architecture dramatique qui lui a déjà valu un Oscar. Au-dessus tranche un jury qui, faute de saison de prix en amont, pèse plus qu’ailleurs : la présidente Maggie Gyllenhaal, entourée de Johnnie To, Kaouther Ben Hania et Shahrbanoo Sadat, une salle portée à récompenser la texture du jeu et la gravité morale plutôt que le spectacle.

Lion d’or

Pronostic maintenu : Possible Love (Lee Chang-dong), pour son plafond — mais le film n’a pas été projeté, donc cela reste une hypothèse. Ce qui a changé : la salle. Les quatorze minutes de Wild Horse Nine font de McDonagh une menace réelle pour le grand prix, plus seulement pour le scénario. Risque : le favori est encore invisible quand le rival a déjà conquis la Sala Grande.

Lion d’argent — Grand Prix du Jury

Tient bon : Bucking Fastard (Werner Herzog), encore à voir. C’est le prix qu’un jury réticent à le sacrer tout à fait garde pour cette réticence même. Nouvelle pression : si l’amour pour Wild Horse Nine ne devient pas Lion d’or, c’est ici qu’il atterrit. Risque : Herzog n’a pas été vu, et ses films arrivent sublimes ou inertes sans prévenir.

Lion d’argent — Meilleure réalisation

C’était Kore-eda pour Look Back, encore inédit. Ce qui a changé : Boyle. Ink s’impose comme pure vitesse de mise en scène — un conseil d’administration monté comme un braquage — et c’est exactement ce que récompense ce prix d’artisan. Boyle passe d’outsider à co-favori. Kore-eda reste notre choix sur la méthode, mais Boyle est la menace née dans la salle. Risque : une compétition saturée de cinéastes transforme le prix en lot de consolation.

Coupe Volpi — Meilleur acteur

C’était Vincent Lindon pour Good Little Soldier (Brizé), encore à projeter. Ce qui a changé : les films déjà vus ont encombré le couloir. Le Murdoch de Guy Pearce dans Ink a décroché les premiers éloges, et Malkovich et Rockwell sont donnés gagnants dans Wild Horse Nine. Lindon reste notre choix — Venise adore le jeu intérieur — mais Pearce est le nom que ces quatre jours ont produit. Risque : un face-à-face divise Malkovich et Rockwell.

Coupe Volpi — Meilleure actrice

C’était Alicia Vikander dans The Echo Chamber (Pallaoro), inédit. Cruz dans Bunker et Jeon Do-yeon dans Possible Love non plus n’ont pas été vues. Aucun film-portrait d’actrice n’est encore passé : c’est le pari le moins étayé du tableau. Vikander tient pour le palmarès de Pallaoro sur ce prix précis, mais toute la course se joue la semaine prochaine. Risque : total — cela reste du papier.

Meilleur scénario

C’était Martin McDonagh pour Wild Horse Nine — et c’est devenu le pari le plus sûr du tableau. Quatorze minutes d’ovation, une réplique cinglante après l’autre, et un jury qui a déjà récompensé son écriture au Lido en 2017 et 2022. Risque : le paradoxe du succès — si le film gagne plus haut, le jury répartit et confie le scénario à Nanni Moretti, favori du pays.

Prix spécial du jury

C’était Mr. Nelson, Did You Kill People? (Shinya Tsukamoto) — et l’accueil a confirmé le profil. Le film a divisé la critique exactement comme prévu : bouleversant pour les uns, l’un des titres les plus rugueux de la compétition pour les autres, la prestation de Rodney Hicks saluée par tous. Cette polarisation est la forme même que ce prix récompense. Maintenu, renforcé. Risque : trop rude pour que le jury l’honore ; DAU et A Bit of Light d’Ali Asgari rôdent encore.

La carte : verrous et inconnues

Quasi verrouillé, autant que le D-7 le permet : le Meilleur scénario pour McDonagh, seul pari adossé à des preuves solides, le Prix spécial se resserrant sur Tsukamoto pour son accueil clivant. Vraiment ouverts : le Lion d’or (favori non projeté, McDonagh en hausse), la réalisation (Boyle contre Kore-eda, l’un vu, l’autre non), l’acteur (trois rivaux déjà vus cernant un favori invisible) et l’actrice, où personne n’a encore joué. La lecture utile : miser sur le scénario, tenir le reste.

Comment suivre, et quoi regarder

La cérémonie de clôture de Venise 83 se tient au Lido le samedi 12 septembre, à 19h00 heure de Rome, sous le verdict du jury de Maggie Gyllenhaal. Trois choses à suivre avant : Possible Love le 6 septembre, qui dira si notre pronostic pour le Lion survit à l’écran ; Bunker le 8 septembre, la pièce manquante de la course à l’actrice ; et si un titre — aujourd’hui Wild Horse Nine — commence à tirer vers un raz-de-marée. MCM couvre la soirée en direct et confrontera chacun de ces pronostics au verdict.

Étiquettes: , , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.