Cinéma

One Day : un bouleversant portrait de l’amour et de la perte au fil du temps

Martin Cid
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Le dernier plan de One Day, un gros plan qui s’attarde sur le visage d’Anne Hathaway tandis qu’elle regarde la mer, fait partie de ces images qui restent longtemps en mémoire après le générique. C’est un instant de dévastation silencieuse, qui résume à la perfection l’adaptation par Lone Scherfig du roman de David Nicholls. Le film suit Dexter Mayhew (Jim Sturgess) et Emma Morley (Hathaway) dans les méandres de la vie, de l’amour et de tout ce qui se trouve entre les deux, en prenant de leurs nouvelles chaque 15 juillet pendant deux décennies. Cette structure constitue la grande force du film : chaque rendez-vous annuel dévoile de nouvelles facettes de leur relation.

Connue pour son travail sur An Education, Scherfig apporte au récit un sens aigu du rythme et une grande justesse émotionnelle. Elle trouve un équilibre subtil entre humour et chagrin, et façonne une histoire à la fois intime et ample. Le film prend délibérément son temps, laissant chaque année respirer et suivre son cours naturel. Ce choix porte ses fruits dans des scènes comme la crise d’Emma dans un taxi, après l’échec d’une relation, ou la tentative désespérée de Dexter pour renouer avec elle après des années d’éloignement. Ces moments sont au cœur du film et révèlent le talent de Scherfig, capable de tirer toute l’émotion d’une scène sans jamais verser dans le mélodrame.

Hathaway est indéniablement le pilier du film. Sa performance est un modèle de subtilité : chacun de ses regards et de ses gestes est chargé de sens. Elle donne à Emma une vulnérabilité à vif et en fait l’une des protagonistes les plus attachantes et les plus convaincantes de ces dernières années. Son talent pour faire ressortir l’intelligence, l’esprit et les peurs profondes d’Emma en fait le cœur émotionnel du film. Sturgess, malgré le charme et le charisme qu’il prête à Dexter, peine à rivaliser avec sa profondeur. Son interprétation manque souvent de nuances, en particulier dans les dernières années du récit, où l’évolution de Dexter s’essouffle.

Les seconds rôles apportent chaleur et relief à l’histoire. Patricia Clarkson est remarquable dans le rôle d’Alison Mayhew, la mère de Dexter, auquel elle donne à la fois de la tendresse et une certaine fermeté. Ken Stott impressionne tout autant en Stephen Mayhew, le père de Dexter, avec une présence solide qui contraste avec les passages plus fantaisistes du film. Dans sa brève mais mémorable apparition en Sylvie Cope, Romola Garai apporte une pointe d’excentricité qui rehausse l’ensemble.

One Day n’est toutefois pas exempt de défauts. Le rythme connaît quelques ratés, notamment dans la seconde moitié, où certaines années semblent expédiées ou insuffisamment développées. Le passage d’une année à l’autre manque parfois de fluidité, ce qui donne à certains arcs narratifs un caractère abrupt. La bande originale, empreinte de nostalgie et soigneusement composée, insiste parfois un peu trop lourdement sur ses effets et affaiblit les émotions qu’elle cherche à amplifier. Ainsi, les chansons populaires associées à chaque année peuvent parfois donner l’impression de servir de béquille plutôt que d’enrichir le récit.

L’exploration de thèmes comme le regret, les liens qui nous unissent et le passage du temps constitue la plus grande force du film. Celui-ci pose des questions difficiles sur l’amour et la compatibilité, sans jamais éluder la complexité des relations humaines. Sa structure narrative offre un point de vue singulier sur l’évolution et le changement, en montrant comment deux personnes peuvent, avec le temps, suivre des trajectoires radicalement différentes.

One Day touchera surtout les spectateurs sensibles aux drames portés par leurs personnages et aux nuances émotionnelles. Ce n’est pas une romance conventionnelle : c’est plutôt une histoire de hauts et de bas, de vie et de relations qui nous façonnent. Le lien entre Emma et Dexter est à la fois réconfortant et déchirant, et le film offre une représentation réaliste de l’amour, qui ne se termine pas toujours par un heureux dénouement.

Par rapport aux autres drames romantiques, One Day se distingue par sa structure singulière et sa profondeur émotionnelle. Sans atteindre les sommets de classiques comme Before Sunset, le film se taille une place à part grâce à ses personnages auxquels on peut s’identifier et à son récit prenant. Sa capacité à mêler humour et chagrin en fait une œuvre marquante du genre.

Au bout du compte, One Day est une histoire profondément humaine, qui parle de liens, de regrets et du passage du temps. Un film qui vous fera rire, pleurer et réfléchir à votre propre vie et à vos relations.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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