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Salma Hayek, l’actrice qui a dû produire Frida elle-même avant de passer à la réalisation

Penelope H. Fritz
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Salma Hayek
Salma Hayek
Photo: Martin Kraft / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Naissance2 septembre 1966
Coatzacoalcos, Veracruz, Mexico
ProfessionActrice, productrice et réalisatrice
Connu pourLe Chat Potté 2 : la dernière quête, Une Nuit en enfer, Les Éternels
RécompensesEmmy · Golden Globe · TVyNovelas Award for Best Female Revelation · Women in Film Lucy · Knight of the Legion of Honour · Star on the Hollywood Walk of Fame

Quand Salma Hayek est arrivée à Los Angeles, alors qu’elle était déjà l’un des visages les plus connus de la télévision mexicaine, on lui a dit que son accent ferait penser au public à celui des femmes de ménage. Elle a répété cette phrase pendant des décennies, sans beaucoup d’amertume et sans laisser personne l’oublier. Elle explique en grande partie ce qu’elle a fait ensuite. Les rôles proposés par Hollywood aux femmes mexicaines étaient rares et étriqués : elle a donc appris à créer les siens. Elle a trouvé les droits, réuni la distribution, levé des fonds et tenu le premier rôle. Le film qui lui a valu une nomination aux Oscars, Frida, existe parce qu’elle l’a produit elle-même et a refusé de lâcher prise.

Cette habitude l’emmène aujourd’hui vers de nouveaux horizons. À soixante ans, après des années passées à produire les projets des autres et à réaliser un téléfilm ainsi que quelques clips, elle tourne son premier long métrage de cinéma comme scénariste et réalisatrice, dans l’État mexicain où elle est née. Celle qu’on avait cantonnée aux rôles d’amoureuse exotique dirige désormais le plateau.

Une enfance à Veracruz, un couvent en Louisiane et une telenovela

Hayek a grandi à Coatzacoalcos, le port pétrolier de Veracruz où elle est née le 2 septembre 1966. Son père, Sami Hayek Domínguez, est d’origine libanaise et issu d’une famille dont les racines se trouvent dans la ville de Baabdat ; il dirigeait une entreprise d’équipement industriel, a travaillé dans le secteur pétrolier et s’est même présenté une fois à la mairie de la ville. Sa mère, Diana Jiménez Medina, d’origine espagnole, est chanteuse d’opéra et a également travaillé comme chasseuse de talents. Son frère cadet, Sami, est devenu designer de mobilier.

La famille était aisée et profondément catholique. À douze ans, elle a choisi d’être pensionnaire à l’Academy of the Sacred Heart, à Grand Coteau, en Louisiane, où on lui a diagnostiqué une dyslexie. De retour au Mexique, elle s’est inscrite à l’Universidad Iberoamericana pour étudier les relations internationales, mais la télévision a pris le dessus. Ses débuts dans Un nuevo amanecer, en 1988, lui ont valu un prix TVyNovelas de la meilleure jeune actrice. Televisa lui a ensuite confié, à vingt-trois ans, le rôle-titre de Teresa. Diffusée en 125 épisodes entre 1989 et 1991, la telenovela l’a rendue célèbre dans tout le pays.

Tout recommencer en anglais

Elle a tout laissé derrière elle. En 1991, elle a déménagé à Los Angeles avec une maîtrise limitée de l’anglais et un trouble de la lecture. Elle a pris des cours de langue et étudié le jeu d’acteur avec Stella Adler. Le travail se faisait rare. Elle a expliqué par la suite qu’il n’y avait tout simplement ni industrie ni rôles pour les femmes latinas. Elle a décroché des apparitions dans Dream On et The Sinbad Show, un second rôle dans Mi vida loca d’Allison Anders, puis un rôle dans le thriller de Showtime Roadracers, première d’une série de collaborations avec Robert Rodriguez.

Le Mexique voulait toujours d’elle. Emilio Azcárraga Milmo, qui dirigeait Televisa, lui a proposé un contrat exclusif pour la faire rentrer au pays ; elle a décliné. Elle est toutefois revenue pour un film, El callejón de los milagros de Jorge Fons, adaptation du roman de Naguib Mahfouz transposée du Caire à Mexico. Elle y interprétait Alma, une jeune femme pauvre qui finit par se prostituer. Le film aurait remporté davantage de récompenses que tout autre film de l’histoire du cinéma mexicain, et il a valu à Hayek une nomination à l’Ariel de la meilleure actrice.

Rodriguez, Banderas et un rôle qu’elle a dû défendre pour rester habillée

Rodriguez et sa partenaire de production de l’époque, Elizabeth Avellan, l’ont choisie pour donner la réplique à Antonio Banderas dans Desperado, après plusieurs auditions. La scène d’amour a été le moment le plus difficile du tournage : elle ne voulait pas apparaître nue et a raconté qu’il avait fallu huit heures pour filmer la scène, au lieu d’une seule. Réalisé avec un budget d’environ sept millions de dollars, le film en a rapporté plus de vingt-cinq millions aux États-Unis et a fait connaître son visage du public américain. Une brève apparition en reine vampire dans From Dusk Till Dawn, dansant sur une table avec un python autour des épaules, a gravé ce visage dans les mémoires d’une manière bien particulière.

La comédie romantique a suivi. Dans Fools Rush In, aux côtés de Matthew Perry, Roger Ebert a salué sa prestation dans un film qu’il décrivait comme une reprise pleine de charme d’une vieille recette. Puis sont venus 54, The Faculty de Robert Rodriguez et Dogma de Kevin Smith, où elle incarnait Serendipity, une muse qui avait inspiré les grands artistes sans jamais en recevoir le mérite. Wild Wild West, avec Will Smith, comptait parmi les films les plus chers de son époque et a été un échec commercial.

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Frida, et le prix à payer

En 1999, elle a fondé sa propre société de production, Ventanarosa. Son premier long métrage a été El coronel no tiene quien le escriba d’Arturo Ripstein, choisi par le Mexique pour concourir à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Elle a produit et interprété le téléfilm In the Time of the Butterflies, dans le rôle de Minerva Mirabal, l’une des sœurs qui ont défié le dictateur dominicain Rafael Trujillo.

Le projet qui l’a définie lui trottait dans la tête depuis ses treize ou quatorze ans. Elle a reconnu qu’au début, les tableaux de Frida Kahlo lui avaient paru laids et grotesques, mais qu’elle avait continué à les regarder. Pour faire aboutir le film, elle a sollicité Dolores Olmedo, qui détenait les droits sur les œuvres de Kahlo et de Diego Rivera, et a proposé à Alfred Molina d’incarner Rivera en 1998. Julie Taymor était à la réalisation. Frida est sorti en 2002, accueilli par de bonnes critiques et un beau succès dans les salles d’art et d’essai. Le film a remporté deux Oscars, pour le maquillage et la musique d’Elliot Goldenthal, et fait de Hayek la première actrice mexicaine nommée à l’Oscar de la meilleure actrice. Elle a également été nommée aux Golden Globes, aux BAFTA et aux Screen Actors Guild Awards.

Quinze ans plus tard, elle a raconté ce que cette réussite lui avait coûté. Dans une tribune publiée par le New York Times en décembre 2017, elle a écrit que Harvey Weinstein, dont la société Miramax distribuait le film, l’avait harcelée et que, après qu’elle avait repoussé ses avances, il avait transformé la production en champ de bataille. Il avait notamment exigé une scène de sexe avec une nudité frontale et menacé de faire arrêter le film. Cette tribune a présenté le grand triomphe de sa carrière comme une épreuve à laquelle elle avait survécu autant que comme une réussite qu’elle avait conquise.

Derrière la caméra, discrètement

Elle a continué à produire et s’est mise à réaliser. The Maldonado Miracle, un téléfilm de Showtime qu’elle a produit et réalisé, lui a valu le Daytime Emmy de la meilleure réalisation pour une émission spéciale pour enfants. Elle a réalisé un clip pour Prince, siégé au jury du Festival de Cannes en 2005 et adapté pour la télévision américaine la telenovela colombienne Yo soy Betty, la fea avec Ben Silverman. Cette adaptation, Ugly Betty, a été diffusée sur ABC de 2006 à 2010, a remporté le Golden Globe de la meilleure série comique et lui a valu deux nominations aux Primetime Emmy Awards, l’une comme actrice invitée et l’autre comme productrice exécutive.

Ses rôles à cette période ont été inégaux. Once Upon a Time in Mexico a conclu la trilogie de Rodriguez avec succès au box-office ; After the Sunset, avec Pierce Brosnan, a été un échec. Bandidas l’a réunie avec son amie Penélope Cruz dans les rôles de braqueuses de banque, tandis que Lonely Hearts l’a fait jouer la meurtrière Martha Beck.

Les années commerciales et le problème des critiques

À partir de 2010, Hayek est devenue, pour un large public, une figure de la comédie et des franchises. Grown Ups, avec Adam Sandler, a rapporté plus de 270 millions de dollars malgré des critiques désastreuses, et sa suite a reproduit le même schéma. Elle a prêté sa voix à Kitty Pattes de Velours, aux côtés de Banderas, dans Puss in Boots et sa suite saluée par la critique, Puss in Boots: The Last Wish. The Hitman’s Bodyguard et sa suite l’ont distribuée dans le rôle de l’épouse au langage fleuri du tueur incarné par Samuel L. Jackson, un personnage davantage apprécié des critiques que les films eux-mêmes.

C’est là que le récit habituel à son sujet devient trop bien ficelé. L’image de sex-symbol qui a contribué au succès de ses premiers films ne l’a jamais tout à fait quittée, et les longues listes des plus belles femmes du monde ont parfois éclipsé un travail qui méritait qu’on s’y attarde : Tale of Tales de Matteo Garrone, en compétition à Cannes, où elle jouait une reine désespérée d’avoir un enfant ; ou Beatriz at Dinner de Miguel Arteta, dans lequel sa guérisseuse holistique, tout en retenue, fait voler en éclats le dîner d’un homme riche. Cette prestation lui a valu une nomination aux Independent Spirit Awards. En public aussi, elle a parfois manqué de constance : elle a un jour affirmé ne pas être féministe, avant de revenir sur cette position. Et la productrice qui s’est battue pour Frida a passé une grande partie de sa carrière à l’écran dans des comédies de studio qui lui demandaient peu. Ces deux réalités coexistent.

Ajak, Gucci et Jolie

Chloé Zhao l’a choisie pour jouer Ajak, la cheffe des héros immortels dans Eternals de Marvel. Hayek a raconté que la vue de son costume l’avait émue, parce qu’une Mexicaine de plus de cinquante ans pouvait enfin être une super-héroïne. Le film a rapporté environ 400 millions de dollars dans le monde, ce qui en fait son plus grand succès en prises de vues réelles. Ridley Scott lui a ensuite confié le rôle de Pina Auriemma, la confidente de Patrizia Reggiani, interprétée par Lady Gaga, dans House of Gucci. Elle a joué son propre rôle dans l’épisode de Black Mirror « Joan Is Awful » et est apparue dans Magic Mike’s Last Dance.

Angelina Jolie l’a choisie pour incarner Nina dans Without Blood, adaptation du roman d’Alessandro Baricco dans laquelle une femme retrouve, des décennies plus tard, l’un des hommes qui ont tué sa famille pendant une guerre. Demián Bichir joue l’homme assis en face d’elle. Le film a été présenté en avant-première au Festival international du film de Toronto en septembre 2024 et a reçu des critiques mitigées, dont beaucoup louaient davantage les deux rôles principaux que le film lui-même. Il est sorti dans les salles américaines en septembre 2026. Elle apparaît également dans la satire de Romain Gavras, Sacrifice, avec Chris Evans et Anya Taylor-Joy. Présenté à Toronto en 2025, le film a été acquis par Netflix pour les États-Unis.

Engagements, entreprises et famille

En dehors des plateaux, elle s’est surtout mobilisée contre les violences faites aux femmes. En 2005, elle a témoigné devant le Sénat des États-Unis pour soutenir le renouvellement du Violence Against Women Act, et siège au conseil d’administration de V-Day, l’organisation fondée par Eve Ensler. Lors d’un voyage de l’UNICEF en Sierra Leone en 2009, elle a allaité un bébé d’une semaine dont la mère ne pouvait pas produire de lait, afin de lutter contre les préjugés entourant l’allaitement. Avec Beyoncé et Frida Giannini, elle a lancé Chime for Change, une campagne de Gucci pour les droits des femmes, en 2013. Elle est aussi depuis longtemps porte-parole du programme Pampers et UNICEF qui finance des vaccins contre le tétanos. Dans le monde des affaires, elle a lancé sa propre ligne de cosmétiques, Nuance by Salma Hayek, en 2011.

Elle a acquis la nationalité américaine. En 2007, elle a annoncé ses fiançailles avec François-Henri Pinault, président du groupe de luxe Kering, et a donné naissance à leur fille, Valentina, en septembre de la même année. Ils se sont mariés à Paris le jour de la Saint-Valentin, en 2009. En 2015, elle s’est rendue avec son père à Baabdat pour promouvoir Kahlil Gibran’s The Prophet, un film d’animation qu’elle a produit et qu’elle a décrit comme une lettre d’amour à ses origines. La France l’a faite chevalier de la Légion d’honneur en 2011 ; Hollywood lui a consacré une étoile sur le Walk of Fame en 2021 ; le magazine Time l’a inscrite parmi les cent personnes les plus influentes du monde en 2023.

Soixante ans, Paris et son propre plateau

L’année en cours a été chargée. Ambassadrice de la Coupe du monde de la FIFA 2026, elle a prononcé le discours de bienvenue lors de la cérémonie d’ouverture à l’Estadio Azteca de Mexico, le 11 juin, avant le défilé des 48 drapeaux nationaux. Elle a eu soixante ans le 2 septembre et l’a célébré sur Instagram avec la légende « 60 y agradecida ». Dans un entretien avec Jolie pour The Cut, elle a dit vivre désormais à plein temps à Paris, dans une nouvelle maison, et s’est décrite comme une mère dont les enfants ont quitté le nid. Elle reprend également le rôle de Roxanne dans Grown Ups 3, dont Netflix a commencé le tournage dans le New Jersey en août.

Le projet qui compte le plus pour elle est Arena, qu’elle a écrit et qu’elle réalise. Юра Борисов (Yura Borisov) et Cara Delevingne figurent au casting, tandis que Philippe Le Sourd est directeur de la photographie. Jolie, Stacy Perskie et José Tamez, son partenaire de production de longue date, en sont les producteurs. Hayek décrit le film comme une histoire d’amour interdite, consacrée à la découverte d’un plaisir intense dans les choses simples que l’on tient pour acquises. Le tournage a lieu dans le Quintana Roo et à Veracruz, l’État où elle est née. Aucune date de sortie n’a été annoncée. Plus de trois décennies après qu’on lui a expliqué ce que son accent évoquerait au public, c’est elle qui décide de ce que celui-ci va voir.

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