Cinéma

Locked In : un thriller médical captivant, mais déroutant

Martin Cid
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Au moment où Katherine Carter (Famke Janssen) épelle « meurtre » en clignant des yeux, Locked In, de Nour Wazzi, bascule du drame médical au thriller labyrinthique, qui sollicite autant le public que son héroïne. Disponible sur Netflix, ce mystère psychologique tisse une sombre toile de trahisons, d’infidélités et de meurtres autour d’une prémisse glaçante : le syndrome d’enfermement, qui laisse Katherine totalement paralysée, mais douloureusement consciente. Le ressort central du film est aussi captivant que sinistre : jusqu’où son entourage ira-t-il pour la faire taire ?

Pour ses débuts au cinéma, Wazzi fait preuve d’un remarquable sens de l’atmosphère et de la tension. La grammaire visuelle du film est austère et implacable : elle privilégie les gros plans serrés sur le visage expressif de Janssen aux vastes vues de la propriété de la famille Carter. Ce choix souligne l’enfermement de Katherine, physique autant qu’émotionnel. Le travail sur le son renforce encore cet effet : dans certaines scènes clés, l’absence de musique oblige le public à tendre l’oreille, comme Katherine doit s’efforcer d’entendre les chuchotements qui l’entourent.

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La construction narrative est à la fois le principal atout de Locked In et son écueil le plus sérieux. Wazzi et le scénariste Rowan Joffé optent pour une chronologie non linéaire, entrelaçant les retours en arrière et le drame hospitalier qui se joue au présent. Ce procédé épouse la conscience morcelée de Katherine, mais risque aussi de désorienter le public. Le premier acte est un modèle de suspense : l’infirmière Nicky Mackenzie (Anna Friel) reconstitue peu à peu les événements qui ont conduit aux blessures de Katherine. Mais dès que les flashbacks s’installent, le rythme s’essouffle. Les scènes qui devraient apporter des révélations s’étirent, alourdies par les explications et les répétitions.

C’est par ses interprétations que Locked In convainc le plus. Janssen livre l’une des meilleures performances de sa carrière dans le rôle de Katherine, dont l’immobilité apparente dissimule un tourbillon d’émotions. Par le seul regard et d’infimes tics du visage, elle exprime la colère, la peur, le chagrin et même des éclairs d’humour noir. Une performance qui oblige le public à s’approcher, tout comme Nicky doit le faire pour comprendre les messages de Katherine, transmis par ses clignements d’yeux.

Rose Williams est tout aussi convaincante dans le rôle de Lina Carter, la belle-fille adoptive de Katherine. La relation entre Janssen et Williams crépite d’une tension tue, entre amour, ressentiment et méfiance réciproque. L’interprétation de Lina par Williams est nuancée et évite l’écueil d’en faire un personnage entièrement sympathique ou malveillant. Elle compose plutôt une femme prise au piège d’un engrenage qu’elle a elle-même contribué à créer, désespérée de s’en sortir, mais incapable de s’en libérer.

Le Dr Robert Lawrence d’Alex Hassell est d’une tout autre nature : un loup déguisé en agneau, aussi charmeur que calculateur. Hassell lui prête un charisme un peu trop lisse qui rend son basculement dans la vilenie crédible plutôt que soudain. Les seconds rôles, notamment Finn Cole en Jamie Carter, personnage tragique, et Anna Friel en Nicky, complètent la distribution avec de solides performances.

Le film explore la résilience psychologique, la confiance et la quête de vérité à travers son mystère central : qui a tenté de tuer Katherine, et pourquoi ? Pourtant, Locked In peine lorsqu’il cherche à approfondir ces thèmes. Les dilemmes moraux liés à la vengeance sont intéressants, mais le récit ne s’y attarde pas assez et préfère enchaîner les retournements et les révélations.

Les comparaisons avec Gone Girl de Gillian Flynn sont inévitables, tant le film joue sur des narrateurs peu fiables et des points de vue changeants. Mais Locked In n’a pas la finesse du regard social qui a donné à l’œuvre de Flynn une telle résonance. Là où Gone Girl disséquait le mariage moderne et le sensationnalisme médiatique, Locked In se contente d’être un thriller classique.

Ce qui ne veut pas dire que le film manque de divertissement. Bien au contraire : les amateurs de mystères psychologiques et de thrillers à combustion lente y trouveront largement leur compte. Le dernier acte apporte une conclusion satisfaisante, dénoue les fils de l’intrigue tout en laissant place à l’interprétation. Le climax, où Lina retourne la situation contre Robert, est un moment viscéral et libérateur qui reste en mémoire bien après le générique.

Locked In s’adresse à celles et ceux qui aiment assembler les pièces d’un puzzle et démêler les secrets. Ce n’est pas un film pour les spectateurs en quête d’un divertissement léger : ses thèmes sont adultes et son rythme délibéré. La violence est suggérée plutôt que graphique, mais le supplice psychologique est palpable.

Au bout du compte, Locked In est un thriller psychologique à forts enjeux qui tient le public en haleine grâce à son prémisse captivante et à la qualité de ses interprétations.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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