Cinéma

Noise : la descente d’un père dans l’horreur familiale

Martin Cid
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Dès le premier plan de « Noise », la caméra s’attarde sur le visage de Ward Kerremans, qui serre contre lui son nouveau-né, Julius. Son regard, écarquillé et partagé entre émerveillement et effroi, nous entraîne au cœur du mystère troublant imaginé par Steffen Geypens. Ce n’est pas seulement l’histoire d’un jeune père : c’est celle d’un homme qui se défait peu à peu en affrontant les secrets les plus sombres de sa famille. Matt, influenceur devenu enquêteur malgré lui, fouille le passé de son père, un homme atteint de démence, et découvre une vérité bien plus tortueuse qu’il ne l’avait imaginé.

La mise en scène de Geypens est minutieuse, presque chirurgicale dans son usage du son et du silence. Le film s’appuie pleinement sur son thème central : le bruit, à la fois force concrète et métaphore. Très tôt, nous sommes assaillis par le bourdonnement de parasites électroniques — grésillements d’anciens enregistrements, échos étouffés de souvenirs d’enfance déformés par le temps. Une scène particulièrement réussie voit Matt retourner dans le grenier de son père, où un vieux magnétophone se met à crépiter ; son audio déformé dévoile des bribes d’une conversation enfouie depuis longtemps. Le travail sonore ne se contente pas de créer une ambiance : il devient un personnage à part entière, faisant monter la tension au moindre craquement et au moindre murmure.

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Ward Kerremans porte le film avec une interprétation solide. Son Matt est un homme au bord de la rupture : les mains agitées, la voix tendue par les nuits sans sommeil, le regard oscillant entre détermination et terreur. Le rôle exige autant d’engagement physique que de profondeur émotionnelle, et Kerremans relève le défi. Sallie Harmsen, qui incarne Liv, sa femme, est tout aussi convaincante. Son jeu, plus retenu, n’en est pas moins puissant : elle exprime le désespoir moins par de grands gestes que par la manière dont ses doigts se crispent autour d’un verre, ou dont sa voix se brise quand elle supplie Matt d’arrêter de creuser.

Les seconds rôles ajoutent encore à la complexité du récit. Johan Leysen, dans le rôle de Pol, le père malade de Matt, mérite une mention particulière. Son interprétation possède une fragilité bouleversante : Pol glisse dans la démence, mais reste assez lucide pour comprendre le danger que son fils met au jour. Jesse Mensah (Timme) et Mieke De Groote (Brenda) complètent cette dynamique familiale avec des interprétations nuancées qui rendent leurs relations crédibles.

Le rythme est le principal point faible de « Noise ». L’attention méticuleuse de Geypens au travail sonore se fait parfois au détriment de l’élan narratif. Le deuxième acte, notamment, s’étire tandis que Matt assemble les indices. Certaines révélations — comme ce qui s’est passé dans le passé de son père — manquent de développement, laissant des zones d’ombre qui auraient pu être comblées par une narration plus habile. Le troisième acte, malgré sa tension, s’appuie trop sur l’exposition, ce qui affaiblit une partie du suspense.

Il n’en reste pas moins que « Noise » se distingue par son originalité. Geypens contourne les conventions du genre en ancrant l’horreur dans un réalisme psychologique. Ce n’est ni une histoire de fantômes ni un thriller classique, mais un drame familial enveloppé de parasites et de larsen. La façon dont le film explore la mémoire, narratrice peu fiable, compte parmi ses grandes réussites. L’enquête de Matt ne consiste pas seulement à exhumer le passé : il doit aussi affronter la manière dont celui-ci a déformé son présent.

Sur le plan thématique, « Noise » s’intéresse à l’héritage — à la façon dont les fautes du père deviennent le fardeau du fils. Un sujet qui trouve un écho particulier dans un monde où les influenceurs des réseaux sociaux, comme Matt, sont à la fois célébrés et scrutés. Son métier apporte une autre dimension au récit : il a l’habitude de façonner des histoires, mais, cette fois, c’est lui qui se désagrège.

Les comparaisons avec d’autres thrillers à énigme — comme « The Invitation » (2015) ou « Coherence » (2013) — sont inévitables, mais « Noise » se taille une place à part. Le film n’a pas le rythme effréné de ces œuvres, mais compense par son atmosphère et sa profondeur psychologique.

À qui s’adresse ce film ? Les amateurs de thrillers à combustion lente, sensibles au travail sonore autant qu’à la narration visuelle, y trouveront largement leur compte. Si vous cherchez des sursauts à répétition ou une enquête classique visant à découvrir le coupable, ce n’est pas le film qu’il vous faut. Mais si vous aimez les œuvres qui continuent de vous habiter longtemps après le générique, « Noise » tient ses promesses.

Au final, « Noise » est une proposition imparfaite, mais fascinante, dans le registre du thriller à énigme.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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