Analyse

Hugh Jackman et la puce de Secret Wars : Marvel tient la fin de Wolverine

Hugh Jackman fête ses 58 ans sans pouvoir dire si Wolverine sera dans Avengers: Secret Wars. En 2017, il avait choisi seul la fin du personnage ; sa blague sur une puce contrôlée par quelqu’un d’autre résume avec exactitude ce qui a changé depuis.
Molly Se-kyung
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Neuf ans après avoir choisi de mettre fin à Wolverine dans Logan, Hugh Jackman plaisante sur une puce qui l’éteint, et cette pirouette en dit plus long qu’un démenti : quelqu’un d’autre décide désormais du prochain adieu du personnage, et c’est dans Avengers: Secret Wars que cela sera mis à l’épreuve.

Hugh Jackman a passé la semaine de son 58e anniversaire à répondre à une question à laquelle il affirme ne pas pouvoir répondre. Interrogé, dans un portrait publié par Variety, sur les raisons pour lesquelles il n’a jamais formellement exclu une apparition de Wolverine dans Avengers: Secret Wars, l’acteur a assuré qu’il ne voyait pas du tout de quoi parlait son interlocutrice, avant de trouver une meilleure plaisanterie : il y a une puce en lui, ce n’est pas une métaphore, et s’il dit ce qu’il ne faut pas, on l’éteint. Les fans y ont entendu un clin d’œil. MCM y entend une fiche de poste.

Dans cette plaisanterie, le mot qui compte n’est pas « puce ». C’est « quelqu’un ». En 2017, Jackman était celui qui décidait du moment où Wolverine prenait fin. Il a choisi le dernier film, et il a répété à chaque journaliste que la décision lui appartenait. L’homme qui plaisante aujourd’hui sur le fait que quelqu’un d’autre tient l’interrupteur décrit, avec plus de précision qu’une tournée promotionnelle ne le permet d’ordinaire, un transfert de propriété. La fin de Wolverine appartenait autrefois à l’acteur. Elle appartient désormais à Marvel, et c’est dans Secret Wars que cette propriété sera mise à l’épreuve.

Ce que Jackman a dit de Secret Wars, et ce qu’il s’est gardé de dire

Le portrait accompagnait la campagne de Jackman en tant qu’ambassadeur mondial de la marque de compléments alimentaires AG1, et la conversation abordait aussi sa routine matinale ainsi que le projet de Ridley Scott autour de L’Île au trésor. La journaliste, Ann Tingley, a fait remarquer que Jackman avait démenti toute participation à Avengers: Doomsday, mais qu’il n’avait jamais opposé de démenti ferme au sujet de Secret Wars. Sa réponse : « Je ne sais pas de quoi vous parlez. Je n’ai aucune idée de quoi vous parlez. » Puis : « J’ai bien une puce interne, et ce n’est pas une métaphore. Il y a littéralement une puce, et si je dis ce qu’il ne faut pas, on m’éteint. » Et enfin : « Je ne sais pas qui contrôle cette puce, mais quelqu’un la contrôle. »

Ce n’est pas sa première esquive. En mai, alors qu’il assurait la promotion de The Sheep Detectives, il avait accueilli une question sur Doomsday par ces mots : « Je n’ai aucune idée de quoi vous parlez. C’est quoi ? Dooms-quoi ? Qui sait ? » À ce moment-là, Doomsday avait déjà envoyé le signal le plus clair qui soit. Lorsque Marvel a dévoilé sa distribution, le 26 mars 2025, au fil d’une diffusion en direct de chaises portant le nom des acteurs, les anciens des X-Men sont arrivés en bloc : Patrick Stewart, Ian McKellen, James Marsden, Alan Cumming, Rebecca Romijn et Kelsey Grammer. Il n’y avait aucune chaise pour Jackman, et ce vide a été la première chose que de nombreux fans ont remarquée. Un an plus tard, Marsden l’a dit sans détour : « Je ne dirais pas que j’étais ravi de me glisser dans ce rôle sans qu’il vienne m’aboyer dans l’oreille. Il nous a manqué. »

Rien de tout cela ne confirme quoi que ce soit. Marvel n’a annoncé Jackman dans aucun des deux films. Avengers: Doomsday, réalisé par Anthony Russo et Joe Russo avec Robert Downey Jr. dans le rôle du Docteur Fatalis, sort le 18 décembre. Secret Wars, signé par les mêmes réalisateurs, est prévu pour décembre 2027 et son tournage devrait commencer l’an prochain. Ce que montrent les faits est plus étroit, et plus utile. L’acteur qui parlait autrefois de Wolverine à la première personne en parle aujourd’hui au conditionnel.

Dix-sept ans de griffes, pour un rôle qu’il a failli ne pas obtenir

On oublie facilement à quel point ce partenariat est né du hasard. Jackman a été un remplaçant de dernière minute sur le X-Men de Bryan Singer en 2000, engagé après que Dougray Scott eut été retenu par le tournage à rallonge de Mission impossible 2, et il était peu connu en dehors de l’Australie et des scènes londoniennes lorsque le film est sorti. Au cours des 17 années suivantes, il a incarné Logan dans X-Men 2, X-Men: L’Affrontement final, X-Men Origins: Wolverine, Wolverine: Le Combat de l’immortel et X-Men: Days of Future Past, avec des caméos dans X-Men: Le Commencement et X-Men: Apocalypse. En 2017, le Guinness World Records l’a distingué pour la plus longue carrière d’un super-héros Marvel en prises de vues réelles.

Cette longévité a façonné sa manière de parler du personnage. Logan n’a jamais été un rôle qu’il enfilait entre deux autres projets. Il a reconstruit son corps pour lui, film après film, il a porté les deux spin-offs en solo lorsque les films d’ensemble marquaient le pas, et, tout au long des années Fox, son droit de regard sur le personnage a grandi au rythme des recettes. Lorsque le studio a accepté un dernier film, la décision sur la manière et le moment de mettre fin à Wolverine lui revenait presque entièrement.

Avec Logan, Jackman a choisi lui-même la dernière fois

Quelques jours avant la sortie de Logan, en mars 2017, Jackman le formulait sans détour : « Je ne pense pas que j’aurais pu faire ce film si je n’avais pas fait le choix que ce serait ma dernière fois. » Il le présentait comme la conclusion d’une longue relation : « Quand on joue un personnage pendant 17 ans, et je savais au fond de moi que c’était le bon moment. » Vers la fin du tournage, racontait-il, il avait ressenti « un grand sentiment de calme ». « C’est là que j’ai su que j’avais fait le bon choix. »

Le choix, le choix, le choix. Le mot a traversé toute cette tournée promotionnelle parce que la décision lui appartenait réellement. James Mangold était à la réalisation, le film était classé R, et il se terminait sur une tombe : Laura, la jeune mutante incarnée par Dafne Keen, incline la croix plantée sur le tertre funéraire de Logan pour en faire un X. Logan a rapporté environ 619 millions de dollars dans le monde et a valu une nomination à l’Oscar du meilleur scénario adapté à Scott Frank, James Mangold et Michael Green, une première pour un film de super-héros en prises de vues réelles. Jackman avait obtenu la fin qu’il voulait, et elle était conçue pour rester définitive.

Puis le terrain s’est dérobé sous le personnage. Disney a finalisé le rachat de 21st Century Fox en mars 2019, faisant entrer les X-Men chez Marvel Studios, et Ryan Reynolds n’a cessé d’appeler. Sur le plateau de The View, alors qu’il assurait la promotion de Song Sung Blue, Jackman a décrit cette cour assidue : « Pendant cinq ans, je disais : “J’en ai fini.” Et Ryan Reynolds m’appelait sans arrêt : “Allez !” Et moi : “Non.” » Puis c’est lui qui a appelé Reynolds pour lui annoncer qu’il en était. Lors de la même émission, il a livré son intuition sur l’avenir de Wolverine, « ce n’est pas fini », et a ajouté une réserve qui se lit aujourd’hui comme un brouillon de la blague sur la puce : « Mais ça, c’est juste moi ! Marvel a peut-être d’autres idées. »

Comment Deadpool & Wolverine a préservé la tombe de Logan

Sur le plan commercial, le retour a tranché tous les débats. Deadpool & Wolverine, réalisé par Shawn Levy et sorti en juillet 2024, a rapporté environ 1,338 milliard de dollars dans le monde, le total le plus élevé de l’histoire pour un film classé R, devant Joker. Il a offert au Marvel Cinematic Universe le succès dont il avait besoin après une série de déceptions, et il a enfin glissé Jackman dans le costume jaune et bleu des comics que les films de la Fox avaient tenu à l’écart des écrans pendant 24 ans.

Le film fonctionnait aussi, plus discrètement, comme une gestion d’héritage. Il s’ouvre sur la tombe de la fin de Logan : Deadpool déterre le corps et se sert de son squelette en adamantium comme d’une arme contre des agents de la Time Variance Authority. Le Wolverine qui fait équipe avec Wade est un autre variant, présenté comme la pire version du personnage, un Logan venu d’un univers où il a failli envers les X-Men. La Laura de Dafne Keen revient elle aussi. Le studio a récupéré le visage de Jackman sans ramener le Logan mort en 2017.

Michael Green, coscénariste de Logan, a expliqué que la scène d’ouverture n’était pas à prendre au pied de la lettre : « On n’était pas censé croire sérieusement qu’ils étaient, genre, en train de le déterrer, et que c’était vraiment lui. » Il a estimé que « cela ressemblait moins à une tentative de changer la fin de “Logan” » et a jugé la scène « rien d’autre qu’élogieuse ». C’est ce procédé qui rend possible tout retour futur. Le Logan de Jackman reste mort. Le Wolverine de Jackman n’est pas obligé de l’être.

Les arguments en faveur de Wolverine dans Secret Wars, exposés honnêtement

L’argument en faveur de Jackman dans Secret Wars est solide, et il mérite mieux qu’une blague nostalgique. Son premier pilier est l’argent. Un film d’équipe classé R à un milliard de dollars est la preuve la plus nette dont Marvel ait disposé depuis des années que le public se déplace encore pour un crossover bâti autour d’un visage familier, et les deux films Avengers sont conçus comme les plus vastes crossovers jamais tentés par le studio.

Son deuxième pilier est la logique du récit. Il serait étrange que Doomsday réunisse les X-Men originaux en laissant de côté leur membre le plus connu, et Deadpool & Wolverine s’est achevé sur un Logan installé dans l’univers de Wade, un monde que le duo venait de sauver de l’effacement, ce qui le laisse libre d’être rappelé. Les comics vont dans le même sens. Lors de l’événement Secret Wars de 2015, la version du personnage connue sous le nom d’Old Man Logan a quitté le monde rapiécé de Battleworld pour rejoindre la continuité principale de Marvel, où il a ensuite porté sa propre série. Un variant qui survit à la fin de tout : c’est ainsi que l’œuvre d’origine a déjà traité Wolverine par le passé.

Son troisième pilier est Jackman lui-même. Un homme qui a refusé pendant cinq ans avant de passer lui-même l’appel n’est pas ramené de force ; selon ses propres mots dans The View, son instinct lui dit que le personnage n’a pas dit son dernier mot. Les fans qui lisent la réponse donnée à Variety comme une confirmation déguisée peuvent au moins souligner que le démenti opposé pour Doomsday n’est jamais venu pour Secret Wars, et une partie de la presse spécialisée lit les mêmes indices comme un pari sur un retour complet dans les deux films.

Pourquoi la meilleure fin pour Wolverine est une passation

L’argument contraire n’est pas que Jackman serait trop âgé ou que Logan serait intouchable. Deadpool & Wolverine a déjà prouvé que la tombe pouvait être rouverte pour une blague sans abîmer ce qu’elle contenait. L’argument contraire, c’est un calendrier. Kevin Feige a déclaré lors d’une table ronde avec des journalistes, en juillet 2025, que la direction prise après Secret Wars serait une « remise à zéro, une ligne temporelle unique », que « reboot est un mot qui fait peur » et que « c’est avec les X-Men que cela se produira ensuite ». La presse professionnelle a interprété ces propos comme le signe que Marvel se prépare à redistribuer les rôles des X-Men une fois Secret Wars terminé.

Lue à la lumière de ce projet, la plaisanterie sur la puce cesse d’être une simple allusion. Quiconque jouera Wolverine après la remise à zéro sera comparé à plus d’un quart de siècle de Jackman. Chaque retour supplémentaire relève la barre qu’un nouvel interprète devra franchir, et chaque saison sans réponse laisse l’acteur suivant patienter dans les coulisses du précédent. Si Jackman apparaît dans Secret Wars, l’usage qui honore ce qu’il a accompli en 2017 est une passation : un variant qui clôt quelque chose, et non un variant qui promet une suite.

Les franchises de super-héros ont déjà répété ce geste. Spider-Man: No Way Home a placé Tobey Maguire et Andrew Garfield aux côtés de Tom Holland et fait de trois générations du même héros son argument de vente, et le studio a appris que le public est prêt à payer pour voir un flambeau changer de mains à l’écran. Une passation de Wolverine serait la version X-Men de cette scène, et elle permettrait à la remise à zéro de commencer avec la bénédiction de Jackman plutôt que dans son ombre.

C’est la position de MCM, et il s’agit d’une interprétation, non d’une fuite. Rien dans les informations publiques n’indique que Marvel ait écrit, tourné ou même évoqué une telle scène. C’est la fin vers laquelle pointe le calendrier. Logan a permis à Jackman d’enterrer lui-même son Wolverine. Secret Wars, s’il y figure, pourrait lui permettre de transmettre les griffes à quelqu’un d’autre, le seul type de fin qu’un acteur ne peut pas écrire seul.

À 58 ans, la carrière de Hugh Jackman n’attend plus les griffes

La couverture de son anniversaire a fourni l’autre moitié de l’argument sans le vouloir. Les listes de ses rôles vont de X-Men au Prestige, aux Misérables et à The Greatest Showman, jusqu’à The Sheep Detectives, la comédie policière sortie en mai et désormais disponible en streaming sur Prime Video. Les Misérables lui a valu une nomination aux Oscars et un Golden Globe, The Boy from Oz lui a rapporté un Tony en 2004, et dans Song Sung Blue il donne la réplique à Kate Hudson en chanteur d’un groupe hommage à Neil Diamond. Ridley Scott s’est engagé à réaliser L’Île au trésor sur un scénario de Jack Thorne, avec Jackman pressenti dans le rôle de Long John Silver, comme l’a rapporté la presse professionnelle en juin. Même Van Helsing, un film de 2004, s’est hissé dans le top 10 américain de Prime Video début octobre.

Jackman n’a pas besoin de Wolverine, et c’est peut-être précisément pour cela qu’il peut plaisanter sur la puce. L’acteur qui a dit non pendant cinq ans ne négocie pas sous l’empire de la nécessité. Il est un locataire qui sait que l’immeuble a changé de propriétaire, et il est assez honnête pour le dire de la seule manière que le contrat semble autoriser.

Ce qui est établi, et ce qui relève de la lecture de MCM

Ce qui est établi : Jackman a déclaré en 2017 que Logan était sa « dernière fois » et qu’il avait fait « le choix ». Il est revenu dans Deadpool & Wolverine, devenu le film classé R ayant réalisé les plus grosses recettes de l’histoire. Il était absent de la révélation de la distribution de Doomsday, et Marsden a dit qu’« il nous a manqué ». Interrogé sur Secret Wars dans le portrait lié à AG1, il a donné une non-réponse et la blague sur la puce. Feige a affirmé que c’est avec les X-Men que la remise à zéro de Marvel aura lieu ensuite. Marvel n’a rien annoncé concernant Wolverine dans l’un ou l’autre film.

La lecture de MCM : la phrase sur la puce décrit avec justesse à qui appartient désormais la fin du personnage ; le procédé du variant dans Deadpool & Wolverine est ce qui préserve la tombe de Logan ; et une apparition dans Secret Wars, s’il y en a une, fonctionnerait au mieux comme une passation à celui que Marvel choisira ensuite. Ce sont des interprétations de déclarations publiques, pas des informations sur les projets de Marvel, et cette lecture comme le pari d’un retour complet pourraient se révéler erronés d’ici décembre.

En 2017, Jackman a enterré Wolverine lui-même et a appelé cela un choix. À 58 ans, il appelle cela une puce. La distance entre ces deux mots raconte l’histoire de la franchise depuis lors, et le prochain adieu, s’il vient, c’est à Marvel d’en fixer la date.

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