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Phonopolis est taillé dans du vrai papier et décroche 84 sur Metacritic

Susan Hill

Phonopolis commence avec Félix, un éboueur vivant sous la coupe d’un autoritaire appelé le Leader, dans une ville où chaque coin de rue est hérissé d’amplions — des tours de haut-parleurs qui diffusent des ordres subliminaux pour maintenir la population docile. Félix découvre un casque qui bloque le signal, et ce petit acte de résistance déclenche une chaîne d’énigmes qui démantèle peu à peu l’emprise du Leader sur toute la ville.

Ce qui rend Phonopolis vraiment singulier, ce n’est pas l’intrigue mais le matériau dont il est fait. Chaque bâtiment, personnage, nuage de fumée et flamme vacillante du jeu a commencé sa vie comme un objet physique réel — découpé dans du papier, peint avec des pigments authentiques, puis photographié avant d’être transformé en forme tridimensionnelle. La technique donne au jeu la texture d’un film en stop-motion qui aurait appris à fonctionner en temps réel, animé à 12 images par seconde pour que chaque mouvement semble indéniablement fait à la main.

C’est le premier pas d’Amanita Design dans le véritable 3D, et le studio tchèque derrière Machinarium, Samorost et Creaks a choisi son moment avec soin. Le cadre visuel s’inspire de l’art d’avant-garde de l’entre-deux-guerres — constructivisme, futurisme et suprématisme, les mouvements qui ont façonné les affiches de propagande soviétique dans les années 1920 — donnant à Phonopolis une esthétique à la fois belle et chargée historiquement. La ville ressemble à un dessin politique croisé avec un diorama, et ces deux éléments s’avèrent être exactement la bonne combinaison pour une histoire sur le contrôle autoritaire.

Le gameplay est du point-and-click dans la tradition qu’Amanita a bâtie sur deux décennies, mais les énigmes ici tournent autour du son et du réseau d’amplions. La boîte à outils de Félix consiste à rediriger les émissions, à réutiliser l’infrastructure de haut-parleurs de la ville et à trouver des moyens inventifs d’opérer dans un monde qui a été littéralement réglé pour obéir. Rien n’exige de réflexes rapides ; tout récompense une attention soutenue à un environnement qui cache sa logique à la vue de tous.

Le jeu n’est pas sans réserves. Les travaux précédents d’Amanita communiquaient presque entièrement par les visuels, et Phonopolis introduit un narrateur en anglais que certains joueurs trouvent charmant et d’autres estiment qu’il dilue la retenue caractéristique du studio. Au lancement, il y a 15 langues de sous-titres mais seulement des voix en anglais, avec un doublage tchèque prévu comme mise à jour post-lancement. La durée de vie est également modeste — la plupart des joueurs finissent en quatre à six heures — ce qui semblera léger à ceux qui s’attendent à l’ampleur d’une aventure narrative plus longue.

Un élément qui recueille des louanges quasi unanimes est la bande originale de Floex, le compositeur qui a également signé les musiques de Machinarium et Samorost 3. Son travail ici est construit à partir de cordes, de cuivres et de sons industriels trouvés qui s’adaptent précisément au cadre constructiviste — une musique de chambre qui évoque à la fois une usine et une salle de concert.

Phonopolis est sorti le 20 mai 2026 sur PC et macOS via Steam, au prix de 21,99 €, avec une édition collector qui comprend la bande originale complète et un livre d’art. Metacritic note le jeu à 84 sur la base de l’agrégat actuel des critiques ; Steam affiche 92 % d’avis positifs parmi plus de 1 300 avis de joueurs. Une démo est disponible pour ceux qui veulent essayer le monde en papier découpé avant d’acheter. Amanita Design n’a pas annoncé de portage console, bien que les titres précédents du studio aient généralement atteint d’autres plateformes dans un délai d’un à deux ans après la sortie initiale sur PC.

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