Acteurs

Leonardo DiCaprio ou l’art de refuser la facilité hollywoodienne

Penelope H. Fritz

Il y avait une version prévisible de la carrière de Leonardo DiCaprio : les suites, les franchises, le déclin maîtrisé du sex-symbol vers le nom en haut de l’affiche. Titanic la garantissait. Il avait 22 ans, il était partout, et chaque studio tenait prêt un contrat sur mesure. Il a refusé.

DiCaprio a grandi à Echo Park, quartier de Los Angeles que les années soixante-dix et quatre-vingt définissaient par la pauvreté, la petite délinquance et une bohème de nécessité. Son père George était artiste de bandes dessinées underground ; sa mère Irmelin, allemande de naissance, l’a élevé seule après la séparation du couple alors qu’il avait un an. Il a été prénommé Leonardo par référence à da Vinci : sa mère l’a senti bouger pendant qu’elle contemplait un tableau aux Offices de Florence. Ce détail d’origine — vérifiable, presque trop beau — fixe un cadre : ses ambitions ont toujours été calibrées contre l’art, non contre le marché.

Sa véritable révélation ne fut pas Titanic mais Gilbert Grape, où à dix-neuf ans il interpréta Arnie, un garçon atteint d’un handicap intellectuel, avec une précision physique qui dérouta un public venu chercher du charme. Il reçut sa première nomination aux Oscars à cet âge. Le réalisateur Lasse Hallström a raconté que DiCaprio refusait les indications et habitait simplement le personnage : une qualité qui allait devenir sa signature professionnelle.

Après l’omniprésence planétaire de Titanic, DiCaprio se retira — non pas vers un autre studio, mais vers une autre conception de ce que le cinéma pouvait lui demander. Il appela Martin Scorsese. Ensemble, ils firent Gangs of New York, Aviator, Les Infiltrés, Le Loup de Wall Street : quatre films avec le même réalisateur sur douze ans qui tracent l’ambition américaine du tribal brutal au financier décadent. Dans Les Infiltrés, il joua un policier si profondément infiltré qu’il en oublie quelle vie est réelle. Dans Le Loup de Wall Street, il incarna Jordan Belfort, un escroc si convaincu de son impunité que le film requiert trois heures pour documenter intégralement la comédie de sa chute. Il trouva aussi Christopher Nolan (Inception), Quentin Tarantino (Django Unchained) et Alejandro González Iñárritu, dont The Revenant finit par produire l’Oscar du meilleur acteur que cinq nominations avaient différé pendant vingt-deux ans.

La critique qui suit DiCaprio depuis le plus longtemps ne porte pas sur son jeu mais sur l’écart entre son engagement environnemental et sa vie réelle. Son militantisme — la désignation de messager de la paix par l’ONU, les documentaires qu’il a produits et narrés, les cent millions de dollars distribués par sa fondation — coexiste avec les jets privés et les méga-yachts que la presse traque depuis des années. Il n’a jamais répondu directement à cette contradiction. L’homme qui a réalisé Before the Flood, documentaire sur la catastrophe climatique, se déplace en aviation privée sur ses tournages aux quatre coins du monde. Si cela disqualifie l’activisme ou le complique simplement est une question que l’activisme lui-même laisse sans réponse.

Le chapitre le plus récent est le plus éclairant. One Battle After Another, l’adaptation par Paul Thomas Anderson du roman Vineland de Thomas Pynchon, a donné à DiCaprio le rôle de Bob Ferguson — révolutionnaire épuisé vivant clandestinement, élevant la fille que ses vieux ennemis viennent de retrouver. Anderson a remporté l’Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario adapté lors de la 98e cérémonie. DiCaprio a reçu sa sixième nomination pour le meilleur acteur. Il n’a pas gagné. Il s’est présenté à la cérémonie, pour la première fois en trente ans de vie publique, accompagné d’une partenaire : Vittoria Ceretti, le mannequin italien avec qui il est en couple depuis environ deux ans.

Il tourne actuellement en Europe What Happens at Night, adaptation de Scorsese en horreur psychologique gothique du roman de Peter Cameron, aux côtés de Jennifer Lawrence et Mads Mikkelsen, pour Apple Original Films. Ensuite : Midnight Vendetta, toujours avec Scorsese, sur l’arrivée de la mafia sicilienne à La Nouvelle-Orléans en 1890, écrit par Eric Roth, avec un début de tournage prévu en décembre 2026. Deux films de plus avec le réalisateur qui l’a refait. Deux arguments de plus sur l’Amérique, par un acteur qui a passé sa carrière à refuser d’en être le porte-parole.

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