Affaires et finances

La BCE relève ses taux à 2,50% face à l’inflation énergétique iranienne

Victor Maslow

La Banque centrale européenne s’apprête à relever son taux de dépôt à 2,50 %, les marchés intégrant cette décision avec une quasi-certitude après un été d’accélération de l’inflation dans la zone euro. Cette hausse serait la deuxième en trois mois — un rythme qui reflète à la fois l’urgence des chiffres et les tensions croissantes au sein du conseil des gouverneurs sur la question de savoir si l’instrument utilisé correspond au problème à résoudre.

Cette inflation n’est quasiment pas due à la demande — le type d’inflation que les hausses de taux des banques centrales sont censées combattre. Les prix de l’énergie dans la zone euro ont augmenté de 14,3 % sur un an lors de la dernière lecture mensuelle, principal moteur d’un taux d’inflation global qui a atteint 3,3 % — son plus haut niveau depuis l’automne 2023. L’inflation sous-jacente, hors alimentation et énergie, est en réalité en train de s’atténuer. Ce qui augmente, c’est le coût du pétrole et du gaz, et la cause est le conflit en cours au Moyen-Orient.

Depuis l’intensification des hostilités impliquant l’Iran plus tôt cette année, les prix du brut ont fortement grimpé en raison des craintes de perturbations de l’offre, l’AIE décrivant la situation comme l’une des plus importantes perturbations de l’offre de l’histoire récente. La facture énergétique libellée en euros a été encore amplifiée par la sous-performance de la monnaie face au dollar — conséquence de l’écart de taux d’intérêt entre le maintien prolongé de la Réserve fédérale et l’hésitation relative de la BCE. Lorsque les prix du pétrole augmentent en dollars et que l’euro s’affaiblit simultanément, l’inflation énergétique de la zone euro est en quelque sorte multipliée.

Le paradoxe auquel le conseil des gouverneurs est désormais confronté n’échappe pas aux économistes. Relever le taux de dépôt à 2,50 % augmentera les coûts d’emprunt pour les ménages de la zone euro détenteurs de prêts immobiliers à taux variable, haussera les taux des prêts aux entreprises et freinera les dépenses de consommation. Tout cela réduit la demande. Rien de tout cela n’ajoute un seul baril de pétrole au marché européen. Les critiques de la décision attendue estiment que la BCE inflige des souffrances économiques aux familles et aux petites entreprises pour lutter contre un problème de prix qui trouve son origine dans des décisions géopolitiques totalement hors de portée de la politique monétaire.

Au sein du conseil, la fracture est réelle. Le camp des faucons — mené par les membres nord-européens toujours soucieux de crédibilité après l’épisode inflationniste de 2022 — soutient que la banque doit agir sur le chiffre global qu’elle voit, et non sur le chiffre sous-jacent qu’elle espère modérer. Si elle reste les bras croisés avec une inflation à 3,3 %, elle risque le type de dérapage des anticipations qui a rendu la position de la Fed si difficile en 2022 et 2023. Les colombes rétorquent qu’une hausse maintenant risquerait de faire basculer une économie de la zone euro en ralentissement dans la contraction, au moment précis où les ménages sont mis sous pression par les coûts énergétiques des deux côtés.

Pour les emprunteurs européens, la décision tombe à un moment difficile. Les détenteurs de prêts à taux variable — les plus courants en Europe du Sud — font face à une augmentation immédiate des coûts. Les entreprises qui dépendent du crédit renouvelable verront leurs coûts de financement augmenter. Les consommateurs qui commençaient à revenir vers les dépenses discrétionnaires subissent une nouvelle pression sur leur revenu disponible venant de deux directions simultanément : les factures d’énergie et les remboursements de prêts.

Christine Lagarde devrait expliquer le raisonnement du conseil des gouverneurs lors de la conférence de presse de jeudi, notamment si elle signale de nouvelles hausses ou introduit une pause conditionnelle pour octobre. L’attention des investisseurs se tournera ensuite presque immédiatement vers la décision de la Réserve fédérale la semaine suivante, où les marchés attribuent une probabilité d’environ 56 % à une hausse de 25 points de base — un chiffre qui a augmenté à chaque escalade des tensions au Moyen-Orient.

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