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Prince of Persia : The Sands of Time Remake annulé après six ans et deux studios

Adrian Kessler

Le Prince court, saute et manipule le temps. Le développement de son remake a fait quelque chose de similaire : il n’a cessé de reculer, de redémarrer, de se figer sur place. Lorsqu’Ubisoft a annoncé en janvier 2026 l’annulation de Prince of Persia : The Sands of Time Remake aux côtés de cinq autres projets, elle a mis fin à la plus longue non-sortie de l’histoire récente d’une grande franchise — un cycle de six ans qui n’a rien produit de livrable.

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Le Prince of Persia : The Sands of Time original (2003) a gagné sa place grâce à une mécanique véritablement novatrice : le Dague du Temps, qui permettait aux joueurs de revenir sur leurs erreurs plutôt que de les subir. Le créateur Jordan Mechner — qui avait construit l’original de 1989 en utilisant des images rotoscopées de son frère — a soutenu le remake comme une chance d’amener le chapitre le plus aimé de la franchise sur le matériel actuel. Ce soutien, combiné à une profonde nostalgie pour le jeu de 2003, en a fait l’un des remakes les plus attendus du pipeline d’Ubisoft.

Le chemin de développement raconte la véritable histoire. Ubisoft a dévoilé le remake lors de son événement Forward en septembre 2020, avec Ubisoft Mumbai et Ubisoft Pune en tête de la production. La première bande-annonce a immédiatement suscité les critiques des fans : les modèles de personnages semblaient datés, les environnements trop légers. La fenêtre de lancement est passée de janvier 2021 à mars 2021, puis a glissé vers un report indéfini. En 2022, Ubisoft avait transféré l’ensemble du projet à Ubisoft Montréal — le studio à l’origine du jeu original de 2003 — recommençant effectivement de zéro.

La passation à Montréal a restauré la crédibilité. Le remake a refait surface à l’Ubisoft Forward 2024 avec une fenêtre de lancement en 2026, et une mise à jour sur les réseaux sociaux en juin 2025 a confirmé un développement actif. Puis est venu janvier 2026 : Ubisoft a annoncé l’annulation aux côtés de quatre titres non dévoilés, la fermeture des studios de Halifax et de Stockholm, et un programme de réduction à l’échelle de l’entreprise.

Le PDG Yves Guillemot a décrit la décision en termes structurels : l’industrie du AAA est devenue durablement plus sélective et compétitive, avec des coûts de développement en hausse et une difficulté croissante à construire de nouvelles marques. L’entreprise a réduit sa base de coûts fixes de 500 millions d’euros par rapport aux niveaux de 2022-2023. La déclaration de l’équipe de Prince of Persia était plus directe : le projet avait un vrai potentiel, mais atteindre le niveau de qualité que le jeu méritait aurait nécessité plus de temps et d’investissement qu’Ubisoft ne pouvait raisonnablement engager.

Les deux lectures pointent vers le même problème sous-jacent. Un remake d’un titre ancien et apprécié occupe une position commerciale inconfortable : le public qui le veut est réel mais démographiquement défini ; le coût pour l’exécuter aux normes de qualité actuelles n’est pas limité par la taille de ce public. Ubisoft Montréal a passé environ quatre ans à reconstruire de zéro ce que les studios indiens avaient assemblé en deux. À un moment donné, l’arithmétique a cessé de fonctionner.

La propriété intellectuelle survit. La restructuration d’Ubisoft place Prince of Persia au sein de Creative House 4, l’unité dédiée aux jeux de fantasy et narratifs — aux côtés de Beyond Good & Evil. Cette classification compte : la marque a un foyer institutionnel même sans projet en cours. Ce que CH4 commandera pour Prince of Persia ensuite, sous quelles contraintes budgétaires et quel périmètre, reste à annoncer.

Ce que le remake des Sables du Temps laisse derrière lui, c’est le record de combien de temps un projet problématique peut être porté avant que les coûts irrécupérables ne forcent la décision. Six ans, deux studios, et au moins une refonte complète — et le jeu n’était toujours pas prêt. Le Prince pourrait revenir sous une forme ou une autre. La leçon inscrite dans cette chronologie particulière est que le redémarrage et la passation séquentiels ne résolvent pas les problèmes fondamentaux de périmètre ; ils les reportent jusqu’à ce que la facture dépasse ce que quiconque est prêt à payer.

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