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Tommy Lee Jones, le rancher de Harvard que Cannes a reconnu avant que Hollywood le comprenne

Penelope H. Fritz
Tommy Lee Jones
Tommy Lee Jones
Photo via The Movie Database (TMDB)
Naissance15 septembre 1946
San Saba, Texas, USA
ProfessionActeur, Réalisateur
Connu pourNon, ce pays n'est pas pour le vieil homme, Captain America : First Avenger, Hommes en noir
RécompensesOscar · Emmy · Cannes Film Festival Best Actor

Il y a un paradoxe apparent dans la trajectoire de Tommy Lee Jones qu’aucun profil ne parvient tout à fait à réduire. L’homme qui a écrit, produit, réalisé et interprété Trois Enterrements, qui lui a valu le prix d’interprétation masculine à Cannes en 2005, est le même qui avait gagné son Oscar pour avoir incarné un marshal américain impitoyable dans Le Fugitif douze ans plus tôt. Ces deux versions de Jones — l’auteur de Cannes et l’icône du cinéma d’action hollywoodien — coexistent dans l’œuvre sans qu’il ait jamais jugé utile de les réconcilier publiquement.

Jones est né en septembre 1946 à San Saba, Texas, d’une famille enracinée depuis huit générations dans le même comté. Il arrive à Harvard en 1965. Al Gore, futur Vice-Président des États-Unis, est son voisin de couloir avant de devenir son colocataire à Dunster House. Jones obtient sa licence en littérature anglaise cum laude en 1969 ; sa thèse examine les mécanismes du catholicisme dans l’œuvre de Flannery O’Connor. Ce choix de sujet — une écrivaine sudiste dont la violence narrative sert à représenter la grâce — éclaire rétrospectivement une filmographie où la brutalité n’est jamais gratuite.

De Harvard, Jones va à New York plutôt qu’à la fac de droit. Il travaille au théâtre, puis passe plusieurs années à incarner le Dr Mark Toland dans le soap opera One Life to Live sur ABC, tout en poursuivant une carrière scénique en parallèle. Son Emmy Award pour The Executioner’s Song en 1982 — l’adaptation télévisée du récit de Norman Mailer sur le meurtrier condamné Gary Gilmore — lui confère une première reconnaissance sérieuse. La mini-série Lonesome Dove, en 1989, avec Robert Duvall, fait le reste : neuf heures de western télévisé, dix-huit nominations aux Emmy, et une interprétation du capitaine Woodrow F. Call qui demeure l’une des performances les plus abouties de la télévision américaine.

Oliver Stone le choisit pour incarner Clay Shaw dans JFK — le seul individu poursuivi en justice pour l’assassinat de Kennedy — ce qui lui vaut sa première nomination aux Oscars. Puis vient 1993 et Le Fugitif : son Marshal Samuel Gerard, implacable et ironique, lui rapporte l’Oscar du meilleur second rôle. La performance est célèbre pour son économie. Lorsque Harrison Ford insiste sur son innocence, la réponse de Gerard — « Ça m’est égal » — dit tout du personnage en trois mots.

La décennie suivante voit Jones naviguer entre productions commerciales — Hombres de negro, Batman Forever en Double-Face, Tueurs-nés — et des choix plus ambitieux. Le tournant décisif survient en 2005. Trois Enterrements, réalisé, écrit, produit et interprété par Jones, est tourné près de son ranch au Texas, sur la frontière avec le Mexique. L’histoire d’un ranch hand qui s’obstine à donner une sépulture digne à son employé mexicain décédé, contre l’indifférence bureaucratique et la violence de ceux qui portent l’uniforme, a peu à voir avec le cinéma de divertissement. Cannes lui reconnaît ce qu’Hollywood avait préféré ne pas mentionner.

La réputation de Jones dans l’industrie est celle d’un homme difficile avec la presse et peu patient envers les collaborateurs dont il juge le travail insuffisant. Jim Carrey a affirmé que Jones lui aurait dit directement, sur le tournage de Batman Forever, qu’il ne pouvait pas cautionner son jeu. Jones n’a jamais confirmé ce propos. Ce qui est documenté, c’est son refus systématique des campagnes de saison des prix, des tournées promotionnelles et de la sympathie médiatique cultivée.

Tommy Lee Jones

Les frères Coen lui confient le shérif Ed Tom Bell dans No Country for Old Men — Kein Land für alte Männer traduit en allemand, mais en français le titre reste en anglais — un officier de l’Ouest texan qui voit la violence des cartels traverser son comté dans les années quatre-vingt et comprend que ses repères moraux sont obsolètes. Quatre Oscars pour le film. Steven Spielberg lui offre le rôle du républicain radical Thaddeus Stevens dans Lincoln — quatrième nomination à l’Académie. Il réalise également The Sunset Limited pour HBO en 2011 et The Homesman en 2014, un western du Nebraska qui pousse le genre vers une ambiguïté morale qu’il fréquente rarement.

À près de quatre-vingts ans, Jones travaille encore. Finestkind est sorti sur Paramount+ en 2023. The Comeback Trail, tourné en 2020 et retardé, est arrivé en salles en février 2025 avec Robert De Niro et Morgan Freeman. Pour 2026, il est rattaché à Outside Man avec Ice Cube et à la deuxième saison de The Lowdown sur FX avec Ethan Hawke — sa première série télévisée depuis Lonesome Dove en 1989.

Sa fille Victoria, née en 1991, est décédée à San Francisco le 1er janvier 2026, à trente-quatre ans. Jones n’a fait aucune déclaration publique.

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Son ranch de San Saba County, trois mille acres de terres texanes, reste sa résidence principale. Sa thèse de Harvard — sur la grâce qui arrive par la violence chez O’Connor, sur les personnages qui ne reconnaissent pas la transformation quand elle se produit — s’avère être une préparation cohérente pour cinquante ans de portraits d’hommes qui croient en l’ordre sans tout à fait croire en la miséricorde.

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