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Park Hae-il, l’acteur que le cinéma coréen n’arrête pas de rappeler

Penelope H. Fritz
Park Hae-il
Park Hae-il
Photo: Lotte Entertainment / CC BY 3.0, via Wikimedia Commons
Naissance26 janvier 1977
Seoul, South Korea
ProfessionActeur
Connu pourMemories of Murder, The Host, Decision to Leave
Récompenses2000 · 2003 · 2 2011 · 3 2022

Il y a, dans le cinéma coréen contemporain, un paradoxe que l’on nomme rarement mais qui saute aux yeux de quiconque examine la filmographie de Park Hae-il avec attention : les réalisateurs qui comptent — Bong Joon-ho, Park Chan-wook, Kim Han-min — sont ceux qui reviennent vers lui, et non l’inverse. Bong Joon-ho le choisit pour Memories of Murder en 2003, pour un rôle de troisième suspect d’une précision troublante, puis le rappelle pour The Host en 2006. Park Chan-wook lui confie le rôle du détective de Decision to Leave en 2022, son œuvre la plus formellement exigeante depuis des années. Cette fidélité répétée constitue, en elle-même, une forme de critique : ce que ces cinéastes trouvent en Park Hae-il ne se remplace pas.

Ce qu’ils trouvent, c’est un acteur capable de soutenir l’ambiguïté sans la résoudre. Dans Memories of Murder — devenu l’une des œuvres canoniques du cinéma coréen sur les premières affaires de tueur en série du pays —, Park incarne le troisième suspect : celui qui peut être coupable, peut ne l’être pas, et dont la présence maintient le film dans son inconfort fondamental. Dans Decision to Leave, il joue le détective qui tombe amoureux de la femme qu’il soupçonne d’avoir tué son mari. Il n’élucide rien ; il habite la tension.

La formation de Park Hae-il appartient entièrement au théâtre. Il s’inscrit à l’université Namseoul en littérature anglaise en 1996, mais abandonne ses études pour rejoindre les circuits théâtraux de Séoul. En 2000, la pièce Cheongchun-yechan lui vaut le Prix Baeksang du meilleur acteur de théâtre — première reconnaissance significative d’un talent qui finira par remporter deux fois chacun des deux prix cinématographiques les plus prestigieux de Corée du Sud. Ses débuts au cinéma sont discrets : rôle secondaire dans Waikiki Brothers (2001), puis rôle principal dans Jealousy Is My Middle Name (2002), qui lui vaut plusieurs prix de révélation. À vingt-cinq ans, il résiste déjà aux stratégies que les acteurs déploient lorsqu’ils cherchent à devenir des stars.

La décennie qui suit The Host est instructive précisément parce qu’elle ne suit aucune logique de carrière apparente. Il travaille avec Zhang Lu, réalisateur coréano-chinois dont les films traitent la solitude comme une géographie. Il incarne le héros de War of the Arrows (2011), film d’action historique sur un archer de la période Joseon qui doit récupérer sa sœur aux mains des envahisseurs Qing : 7,48 millions de spectateurs coréens le verront, et Park remporte son premier Grand Bell du meilleur acteur. Il enchaîne immédiatement avec A Muse (2012), soit exactement le contraire d’un succès populaire — un film formellement austère sur un vieux poète et une jeune fille de dix-sept ans, qui génère un malaise critique considérable. Il le tourne quand même.

Ce que l’on reproche parfois à cette filmographie, c’est précisément ce qui la définit : l’absence de vision centrale, de type stable, de « marque acteur ». Dans une industrie comme le cinéma coréen, où la distance entre la vedette de film et la célébrité de drama télévisé se mesure essentiellement à la taille du contrat de marketing, Park n’a jamais franchi ce seuil. Force est de constater que cette abstention n’est pas le signe d’une carrière ratée — c’est le signe d’une carrière qui refuse d’obéir à la logique industrielle habituelle.

Decision to Leave (2022) reforme le cadre d’analyse. Le film de Park Chan-wook — méticuleux, froid, séduisant — nécessitait un acteur capable d’être présent sans se révéler, de résoudre une enquête qui portait en réalité sur autre chose. La performance de Park lui vaut son deuxième Grand Bell et son deuxième Blue Dragon du meilleur acteur. Le film est sélectionné à Cannes ; Park Chan-wook remporte le Prix de la mise en scène. La même année, Park interprète l’amiral Yi Sun-sin dans Hansan: Rising Dragon, blockbuster de la trilogie historique qui génère 59,6 millions de dollars au niveau international. Deux films, deux registres radicalement opposés, la même année civile.

Il s’est marié en 2006 avec Seo Yoo-seon, dramaturge et scénariste. Ils ont deux enfants. En 2023, il est intégré comme membre de l’Académie des arts et sciences du cinéma.

Assassin(s), dont la sortie est prévue pour le Chuseok 2026 — les grandes vacances d’automne coréennes, période de pic au box-office —, est réalisé par Hur Jin-ho. Park y joue un journaliste du service des affaires sociales qui enquête sur l’attentat contre la Première Dame en 1974. C’est, sans forcer le parallèle, le portrait d’un homme qui cherche à comprendre la violence politique par l’archive documentaire — ce que Park Hae-il fait, à sa façon, depuis vingt-cinq ans.

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