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John Travolta et la Palme d’or qui «dépasse l’Oscar» : le bilan d’une vie

Penelope H. Fritz

Il existe dans le cinéma américain une poignée de carrières qui se lisent comme des victoires accumulées. La carrière de John Travolta ne fait pas partie de celles-là. Elle se lit comme une série d’extinctions et de retours — deux extinctions, deux retours, chacun plus improbable que le précédent. Le même Hollywood qui l’avait construit l’avait enterré deux fois. Les deux fois, il avait tort.

Né le 18 février 1954 à Englewood, dans le New Jersey, cadet d’une famille de six enfants où le spectacle était simplement ce que l’on faisait — sa mère était professeure d’art dramatique —, il a quitté le lycée à seize ans pour rejoindre New York. Il cherchait quelque chose qu’il ne savait pas encore nommer. Il l’a trouvé dans la télévision : Welcome Back, Kotter (1975-1979) lui a offert le personnage de Vinnie Barbarino — délinquant au visage doux, présence naturelle inexplicable — et en a fait ce que l’industrie ne savait pas catégoriser : un phénomène adolescent qui savait en outre jouer la comédie.

Ce qui a suivi, en 1977 puis en 1978, était d’une autre dimension. La Fièvre du samedi soir lui a donné Tony Manero — un garçon de Brooklyn qui trouvait chaque samedi soir sa seule forme de grâce sur une piste de danse éclairée par en dessous — et lui a valu la première de ses deux nominations aux Oscars. À vingt-quatre ans, il était parmi les plus jeunes comédiens à avoir concouru dans cette catégorie. Brillantine est arrivée l’année suivante, transformant encore la nature de sa présence : institution culturelle, icône du musical cinématographique. Les deux films circulent encore aujourd’hui dans le monde entier.

Puis le silence. Les années 1980 ont appartenu à d’autres. Une succession de films qui n’ont pas fonctionné l’a éloigné du premier rang. Au début des années 1990, sa carrière semblait définitivement close.

L’histoire de Pulp Fiction a été racontée si souvent qu’elle est devenue une légende, ce qui est la meilleure façon de la mal comprendre. La version habituelle — celle qui fait de Quentin Tarantino un sauveur — occulte le fait le plus intéressant : que Travolta a choisi ce rôle au moment où personne ne pariait sur lui, qu’il a fait de Vincent Vega la performance la plus commentée de 1994, et que personne ne l’a sauvé. Il a simplement pris la bonne décision quand l’industrie avait cessé de lui en proposer. Sa deuxième nomination aux Oscars, pour ce rôle, lui a coûté davantage que la première — et la première avait déjà coûté quelque chose.

Ce qui a suivi avait une vraie dynamique : Get Shorty, Broken Arrow, Phenomenon, Face/Off. La seconde moitié des années 1990 lui appartenait à nouveau. La décennie suivante a été plus inégale. Battlefield Earth (2000), produit avec le soutien de l’Église de Scientologie à laquelle il appartient depuis les années 1970, a constitué l’un des naufrages les plus commentés de l’industrie.

Ce que la filmographie ne consigne pas, ce sont les deuils. Son fils Jett est mort en janvier 2009, à seize ans, d’une crise convulsive survenue pendant des vacances aux Bahamas. En juillet 2020, son épouse de près de trente ans, l’actrice Kelly Preston, est décédée d’un cancer du sein qu’elle avait traité discrètement pendant deux ans. Travolta en a rarement parlé. Il a continué à travailler.

John Travolta in Saturday Night Fever (1977)

Au printemps de cette année, il a monté les marches du Palais des Festivals à Cannes pour présenter son premier film en tant que réalisateur, Propeller One-Way Night Coach — adapté du livre pour enfants qu’il avait publié en 1997, consacré à la passion d’un jeune garçon pour l’aviation. Travolta est pilote breveté et a possédé plusieurs avions au fil des décennies ; le film est, entre autres choses, une déclaration d’amour au vol. Sa fille Ella Bleu y tient un rôle. Thierry Frémaux lui a remis par surprise une Palme d’or honorifique. Travolta l’a tenue à deux mains, sur une scène pour laquelle il ne pouvait s’être préparé, et a dit que c’était « au-delà de l’Oscar ». L’ovation a duré plusieurs minutes.

Propeller One-Way Night Coach est disponible sur Apple TV+ depuis le 29 mai 2026. C’est le premier film qu’il réalise, après cinquante ans de carrière, où il dit aux autres ce qu’il faut faire. Hollywood a écrit sa propre version de l’histoire de John Travolta à plusieurs reprises. Celle qu’il vient de livrer à Cannes laisse entendre qu’elle n’est pas encore terminée.

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