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Isabella Rossellini, l’actrice qui a survécu à son propre mythe de beauté

Penelope H. Fritz
Isabella Rossellini
Photo: Kevin Payravi / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Naissance18 juin 1952
Rome, Italy
ProfessionActrice, réalisatrice, mannequin
Connu pourLes Indestructibles 2, Blue Velvet, Ennemi
RécompensesOscar · Independent Spirit · Saturn Award, Best Supporting Actress, Death Becomes Her (1993) · SAG · Golden Camera Award, Best International Actress, Fearless (1993) · European Film Academy Lifetime Achievement Award (2024) · Locarno Film Festival Excellence Award (2026)

Il y a un silence particulier qui s’installe quand Isabella Rossellini entre dans un plan. Dans Conclave d’Edward Berger, elle incarne Sœur Agnes pendant moins de huit minutes — une fraction de la durée du film — et pourtant cette performance lui a valu sa première nomination aux Oscars, à un âge où la plupart des actrices ont déjà passé une décennie à se faire évincer de la conversation.

Elle est née à Rome de deux personnes qui, au moment de sa naissance, comptaient parmi les plus discutées au monde : l’actrice suédoise Ingrid Bergman et le réalisateur néoréaliste italien Roberto Rossellini. Leur liaison avait provoqué un scandale au Congrès américain avant même qu’elle ne pousse son premier cri ; sa sœur jumelle Isotta, ses demi-frères et sœurs des deux côtés de l’Atlantique, et une pression héritée qu’elle a passée le plus clair de cinq décennies à démanteler en silence.

Ses premiers choix furent discrètement anticonformistes. Elle a travaillé comme traductrice, puis comme journaliste télé pour la RAI, où elle a interviewé un Martin Scorsese encore inconnu, qui deviendrait plus tard son mari. Ses débuts d’actrice, dans A Matter of Time de Vincente Minnelli, la placent face à sa mère dans un rôle où le poids générationnel est immédiatement visible. Mais la direction que prit ensuite sa carrière fut plus contre-intuitive : elle devint mannequin, et non actrice.

De 1982 à 1996, Rossellini fut le visage international de Lancôme — quatorze années durant lesquelles elle devint l’une des femmes les plus photographiées de la planète, immortalisée par Richard Avedon et Annie Leibovitz, gagnant ce qu’un reportage de 1983 décrivait comme 9 000 dollars par jour, et participant en 1990 à la création du parfum Trésor. Ce rôle était aussi un piège idéologique. En 1996, à quarante-trois ans, son contrat fut résilié au motif explicite que la publicité pour les cosmétiques exige le rêve de la jeunesse, et qu’elle n’était plus assez jeune pour le porter. Ce licenciement, énoncé sans euphémisme, est devenu l’un des cas les plus documentés d’âgisme dans l’industrie.

Isabella Rossellini
Isabella Rossellini

Ce que Lancôme avait fait — la transformer en surface — David Lynch l’a brièvement inversé. Son Blue Velvet la campe en Dorothy Vallens, une chanteuse de cabaret prise au piège d’un cauchemar sadomasochiste qui a profondément dérangé le public et les test-screeneurs. Son agence l’a laissée tomber en voyant les images. Le film lui a valu un Independent Spirit Award de la meilleure actrice, et la relation avec Lynch qui s’ensuivit — la plus significative de sa vie, de son propre aveu — l’a soutenue pendant une décennie de travail hollywoodien expérimental. Wild at Heart et Death Becomes Her ont suivi, puis Fearless, puis une période plus calme.

Voici ce que le récit conventionnel de sa carrière comprend mal : il traite la décennie de mannequinat comme une interruption de sa vie artistique plutôt que comme son chapitre le plus révélateur. L’hypothèse qu’une actrice sérieuse ne pouvait pas aussi être un symbole de l’industrie de la beauté ignore ce que Blue Velvet lui-même faisait — utiliser cette même surface comme véhicule de quelque chose de violent et d’étrange. Le licenciement de Lancôme fut une crise, mais ce fut aussi un point de données que Rossellini a traité comme une scientifique : elle a tourné son attention vers l’étude du comportement plutôt que la performance de la désirabilité, et les résultats furent plus intéressants que tout ce que son industrie avait imaginé pour elle.

La série Green Porno, qu’elle a conçue, écrite, réalisée et interprétée à partir de 2008, explorait le comportement reproductif animal à l’aide de constructions en carton et de comédie physique. Elle a généré plus de quatre millions de vues sur YouTube et un monologue théâtral qui a tourné dans plus de cinquante villes. À soixante-six ans, elle a obtenu un master en comportement animal et conservation au Hunter College de New York. Le travail qui en a émergé — Green Porno, Mammas, le documentaire Unanimal — opère dans un registre qui existe en dehors des catégories standard du cinéma ou de la performance. C’est plus proche de la philosophie naturelle rendue visible.

La réhabilitation de son chapitre dans l’industrie de la beauté est arrivée, non sans ironie, en 2016 : Lancôme l’a réembauchée à soixante-trois ans, avec une PDG qui a inversé la décision de 1996 et a fait d’elle une ambassadrice mondiale de la marque. Mais le revirement le plus significatif est venu des films. Conclave lui a offert un rôle à la hauteur de son registre — et la nomination aux Oscars qui a suivi a confirmé ce qui était clair pour les coins les plus attentifs de l’industrie depuis un certain temps : que sa fin de carrière n’était pas un dernier chapitre gracieux mais une période créative active. Elle a reçu le Prix d’excellence du Festival du film de Locarno lors de la soirée d’ouverture du festival en août 2026, quelques jours avant de commencer le tournage de Three Incestuous Sisters d’Alice Rohrwacher aux côtés de Dakota Johnson et Saoirse Ronan.

Rossellini cultive des produits biologiques à Long Island, détient des doctorats honorifiques de plusieurs universités et dirige la Fondation Howard Gilman. Elle a parlé de ses mariages — avec Scorsese, avec Jon Wiedemann, et du lien significatif avec Lynch — avec la même franchise empirique qu’elle applique à tout le reste. Elle porte le poids de trois langues et de trois continents avec légèreté.

En mars 2026, elle a présenté un nouveau one-woman show mêlant récit personnel et questions sur la nature et l’identité. Elle se décrit, ces jours-ci, plus comme une cinéaste expérimentale qu’une actrice. Au festival de Locarno — la même plateforme où le néoréalisme de son père a jadis façonné ce que le cinéma italien pouvait signifier — on l’honore non pas pour avoir survécu à ses origines mais pour les avoir enfin, complètement, dépassées.

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