Cinéma

François Truffaut, du critique le plus redouté au cinéaste de la tendresse

Penelope H. Fritz
François Truffaut
François Truffaut
Photo via The Movie Database (TMDB)
Naissance6 février 1932
Paris, France
Décès21 octobre 1984 (52)
ProfessionRéalisateur
Connu pourThe 400 Blows, Jules and Jim, Day for Night
RécompensesPrix de la mise en scène, Cannes Film Festival · Oscar · 2 BAFTA · 2 César

Lorsqu’il a confié à Jean-Pierre Léaud le rôle du garçon que personne ne veut dans Les 400 coups, François Truffaut n’a pas construit une figure de style. Il a reconnu une enfance qui avait été la sienne. L’enfant coincé entre une école qui ne le voit pas et une famille qui préférerait ne pas l’avoir : c’était lui, vingt ans plus tôt.

Né à Paris le 6 février 1932, Truffaut était le fils illégitime d’une mère célibataire et d’un père biologique dont il ne découvrit l’identité qu’à l’âge adulte. Sa grand-mère l’éleva jusqu’à sa mort ; il avait huit ans quand sa mère et son beau-père Roland Truffaut le recueillirent sans enthousiasme. À quatorze ans, il quittait l’école. À quinze, il fondait un ciné-club avec Robert Lachenay et passait chaque heure libre dans les salles de cinéma — le seul endroit qui ne lui demandait rien.

Les 400 coups (1959)

André Bazin, le théoricien du cinéma qui allait devenir le mentor le plus important de la Nouvelle Vague, trouva Truffaut après une arrestation mineure et reconnut l’intelligence derrière l’obsession. Il l’introduisit aux Cahiers du Cinéma. Ce que Truffaut y produisit n’était pas de la critique : c’était un acte de guerre. Son article de 1954, « Une certaine tendance du cinéma français », attaqua le cinéma de la « tradition de la qualité » et défendit le réalisateur comme seul véritable auteur de ses films.

Les 400 coups arriva à Cannes en 1959 et remporta le Prix de la mise en scène. Ce qui surprit, c’est à quel point le film ressemblait peu à un manifeste. Il était hésitant, attentif, ému par l’enfant en son centre de la façon dont un parent inquiet traverse une maison dans l’obscurité. Truffaut passa les deux décennies suivantes à suivre ce garçon — Léaud en Antoine Doinel dans cinq films — de l’adolescence jusqu’aux déceptions quotidiennes de l’amour adulte.

Jules et Jim (1962)

Entre ces films, Truffaut élargit considérablement son registre. Jules et Jim (1962) emmêla deux amitiés masculines et une femme — Jeanne Moreau au centre, portant le danger du film — dans une structure aussi instable que les relations elles-mêmes. Fahrenheit 451 (1966) l’emmena en Angleterre pour son seul film en anglais. L’Enfant sauvage (1970) lui permit d’interpréter lui-même un médecin du XVIIIe siècle. La Nuit américaine (1973) remporta l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Fahrenheit 451 (1966)

La question critique sur Truffaut est de savoir si la chaleur était une concession ou l’objectif depuis le début. Jean-Luc Godard, son plus proche collaborateur aux Cahiers, devint le visage public du radicalisme politique et formel du cinéma européen. Force est de constater, avec le recul, que c’était le choix le plus exigeant : faire des films sur les raisons pour lesquelles les gens se déçoivent mutuellement sans abandonner la conviction que la connexion vaut la peine d’être cherchée.

François Truffaut

Le Dernier Métro (1980) réunit dix Césars, dont celui du meilleur film, de la meilleure réalisation, de la meilleure actrice pour Catherine Deneuve et du meilleur acteur pour Gérard Depardieu — un record à l’époque. Situé dans le Paris de l’Occupation nazie, il met en scène une troupe de théâtre cachant un metteur en scène juif dans les caves pendant que sa femme dirige la compagnie en surface.

Le Dernier Métro (1980)

Une tumeur cérébrale fut diagnostiquée au printemps 1983. Il mourut le 21 octobre 1984 à Neuilly-sur-Seine, à l’âge de 52 ans. Fanny Ardant — actrice, dernière compagne, mère de sa fille Joséphine — était à ses côtés. Son dernier film, Vivement dimanche! (1983), mettait en vedette Ardant dans une comédie noire tournée en noir et blanc. Sa société de production, Les Films du Carrosse — baptisée d’après Le Carrosse d’or de Renoir — continue d’administrer son œuvre.

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Baisers volés (1968)

Les rétrospectives se poursuivent — à la BFI, à la Cinémathèque française, dans les cinémathèques du monde entier. Les films du cycle Doinel continuent de trouver de nouveaux spectateurs. La Nuit américaine est encore projeté partout où le cinéma se prend assez au sérieux pour examiner ses propres mécanismes. Et le recueil d’entretiens avec Alfred Hitchcock, publié en 1967, demeure l’un des textes essentiels sur le septième art.

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