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Brendan Fraser, l’acteur qu’Hollywood a effacé et que l’Oscar a retrouvé

Penelope H. Fritz
Brendan Fraser
Brendan Fraser
Photo via The Movie Database (TMDB)
Naissance3 décembre 1968
Indianapolis, Indiana, USA
ProfessionActeur
Connu pourLa baleine, La Momie, La note américaine
RécompensesOscar · SAG

Il y a dans The Whale une ironie que le cinéma américain n’avait pas inscrite dans son scénario. Le personnage que Darren Aronofsky confia à Brendan Fraser en 2022 est cloué dans un fauteuil — un homme dont le corps ne lui permet plus ni de se lever ni de fuir. Pour un acteur qui avait passé près d’une décennie dans une forme d’immobilité professionnelle imposée par les mécanismes de pouvoir d’une industrie, le choix de ce rôle relevait d’une cohérence presque trop évidente. Et pourtant, le film a fonctionné précisément parce que Fraser a su transformer cette contrainte en cœur de performance.

Il est né à Indianapolis de parents canadiens. Son père, fonctionnaire du service diplomatique, entraînait la famille à travers Ottawa, Detroit et Seattle au gré de ses affectations. Cette enfance nomade forme une certaine aptitude à l’adaptation rapide — exactement ce dont un acteur a besoin. Fraser fit ses études au Cornish College of the Arts de Seattle, obtint son bachelor en arts du théâtre en 1990 et arriva à Los Angeles avec une présence physique rare : presque un mètre quatre-vingt-dix, une mobilité comique naturelle, et la capacité à laisser son visage exprimer la surprise avec une sincérité désarmante.

Les premières années dans l’industrie révélèrent l’étendue de son registre. Dans School Ties (1992), il joue un étudiant juif de milieu modeste qui dissimule son identité dans une école préparatoire huppée. La prestation portait une charge morale que le film ne méritait pas toujours. Encino Man, la même année, méritait son interprète. En 1997, il portait à bout de bras George de la jungle, en jouant avec suffisamment de second degré pour que le gag tienne.

Ce qui suivit fut une carrière plurielle, en partie injustement méconnue. Gods and Monsters (1998) le plaçait aux côtés d’Ian McKellen sans qu’il soit écrasé par la comparaison. La Momie (1999) était une machine à franchise qui aurait calé sans quelqu’un capable de rendre l’action ludique. Le Silencieux Américain (2002) reste son œuvre la plus sous-estimée d’avant la disparition. Quand Collision (Crash) remporta l’Oscar du meilleur film en 2006, la courte et intense scène de Fraser était précisément du type qui retient l’attention parce que personne ne l’avait annoncée.

Puis le téléphone s’est tu. C’est ainsi qu’il l’a formulé dans un entretien accordé à GQ en 2018, avec une précision calculée dans le choix des mots — passifs, obliques, sans l’accusation directe que les faits auraient justifiée. Philip Berk, alors président de la Hollywood Foreign Press Association, l’avait agressé lors d’un déjeuner en 2003. Fraser déposa une plainte. La HFPA mena une enquête interne qui confirma les faits et conclut que le geste « avait l’intention d’être une plaisanterie ». Berk reconnut l’incident dans ses mémoires comme une « farce ». Ce qui s’ensuivit, selon Fraser : dépression, retrait progressif, et la conscience aiguë que s’être exprimé contre le président d’une organisation influente n’avait pas exactement contribué à maintenir son standing. Force est de constater que l’industrie n’a pas dysfonctionné. Elle a fonctionné exactement comme elle était conçue pour traiter quelqu’un qui avait porté plainte.

La décennie ne fut pas un vide. Il y eut des séries télévisées — The Affair, Trust, Doom Patrol — et un passage à Broadway. Des problèmes de santé s’accumulèrent. Son mariage avec l’actrice Afton Smith prit fin en 2009. La carrière principale s’était de fait interrompue.

Brendan Fraser
Brendan Fraser. Photo: Greg2600 / CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons (source)

Le retour commença discrètement. Steven Soderbergh le fit entrer dans No Sudden Move (2021). Puis Aronofsky lui proposa The Whale : un professeur d’anglais de cent quatre-vingt kilos en Idaho, qui tente, dans les derniers jours de sa vie, de renouer avec la fille adolescente qu’il avait abandonnée. Il remporta l’Oscar du meilleur acteur en mars 2023, devenant le premier Canadien à recevoir cette distinction.

En 2026, le rythme a changé. Pressure, un film Focus Features sur les soixante-douze heures précédant le débarquement de Normandie, sort le 29 mai avec Fraser dans le rôle du général Eisenhower, face à Andrew Scott. Il a été présent au Festival de Cannes en mai 2026 pour Diamond de Andy Garcia. The Mummy 4 démarre en production en août 2026, pour une sortie prévue en octobre 2027. Et Starman, un thriller de science-fiction dans lequel Fraser interprète un technologue à la tête de la première expédition habitée vers Mars, vient d’être annoncé ce mois-ci.

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Des photos de préparation circulaient dès le début 2026, le montrant portant le coiffe-chef de La Momie. Il lui allait bien — et pas seulement parce qu’il était à sa taille.

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