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Emma Stone, l’actrice qui a choisi l’inconfort contre la popularité

Penelope H. Fritz
Emma Stone
Emma Stone
Naissance6 novembre 1988
Scottsdale, Arizona, USA
ProfessionActeur
Connu pourPour l'amour d'Hollywood, La Couleur des sentiments, Cruella
Récompenses2 Oscar · 2 BAFTA · Golden Globe · Volpi Cup Best Actress

Il existe une présentation PowerPoint, réalisée à quinze ans avec une bande-son de Madonna, qui explique l’essentiel de la trajectoire d’Emma Stone. Elle l’avait intitulée « Projet Hollywood » et en avait fait la démonstration devant ses parents dans leur salon de Scottsdale, Arizona. L’argument était construit comme un dossier professionnel : voici pourquoi il est raisonnable que je parte à Los Angeles avec ma mère pour devenir actrice. Ses parents avaient accepté. Ce que la présentation ne mentionnait pas — ce qu’elle ne pouvait pas mentionner — c’était les années de thérapie pour un trouble anxieux sévère, et les nuits à douze ans où elle ne parvenait pas à sortir de sa chambre.

Stone a eu ses premières crises de panique à sept ans. Elle était en thérapie à huit. Ce qu’elle a trouvé au Valley Youth Theatre de Phoenix, puis dans la machinerie professionnelle d’Hollywood, n’était pas un exutoire mais un mécanisme de maîtrise : l’anxiété est la perte de contrôle sur ce qui vous entoure ; jouer la comédie est exactement son inverse. Cette logique — panique, exposition choisie, contrôle récupéré — est la structure interne de ses meilleures performances, de Easy Girl (2010) à Bugonia (2025). La comprendre, c’est comprendre pourquoi elle n’a jamais voulu rester longtemps au même endroit.

La première phase de sa carrière fut construite sur la comédie. Easy Girl lui valut une nomination aux Golden Globes et établit le patron : une jeune femme au centre d’une situation qu’elle a créée et qu’elle ne maîtrise plus tout à fait. Les deux volets de The Amazing Spider-Man en firent l’une des actrices les plus bankables du début des années 2010. Puis elle fit le choix qui distingue une carrière d’un palmarès.

Emma Stone
Emma Stone

Birdman ou (la surprenante vertu de l’ignorance), en 2014, fut la rupture. Dans le film d’Alejandro González Iñárritu, Stone interprétait Sam, une jeune femme en rémission dont la confrontation avec son père dans une loge de théâtre est la scène la plus acérée du film — pas la plus aimable, pas la plus réconfortante, mais la plus vraie. Une première nomination aux Oscars en meilleur second rôle, et un signal clair : elle était prête à ne pas être aimée. La La Land, deux ans plus tard, sembla contredire ce choix. Mais le personnage de Mia — l’aspirante actrice qui choisit son ambition contre l’amour et réussit au prix de ce qu’elle voulait — n’est pas le film romantique que la presse a voulu voir. L’Oscar de la meilleure actrice arriva. Stone devint l’actrice la mieux payée du monde cette année-là. Puis elle recommença à tout démonter.

La collaboration avec Yorgos Lanthimos est la clé de lecture de la deuxième phase. Le cinéaste grec, dont l’œuvre procède par un absurde clinique — des personnages qui obéissent à des règles que personne ne leur a expliquées, des structures sociales révélées comme arbitraires et parfois meurtrières — est devenu le partenaire qui a défini son second acte. La Favorite (2018) fut leur première œuvre commune : un drame de cour dans lequel la chambre d’Anne d’Angleterre devient un terrain de survie entre trois femmes. Stone y jouait Abigail, la cousine pauvre qui monte par une soumission calculée et réalise qu’elle ne peut plus cesser de jouer le rôle qu’elle a adopté. C’est exactement la mécanique de l’anxiété transposée en récit.

Emma Stone
Emma Stone

Pauvres créatures (2023) est l’œuvre qui a tout confirmé. Stone y interprétait Bella Baxter, une femme chirurgicalement reconstruite avec le cerveau d’un nourrisson, qui parcourt le film en apprenant à être humaine. Elle a également produit le film à travers sa société Fruit Tree, fondée avec son mari Dave McCary. Le résultat : un second Oscar de la meilleure actrice, le Lion d’or à Venise, et la démonstration que son rôle de productrice n’était pas un accessoire mais le vrai projet. Ce qui se dessine depuis, c’est la question : est-ce Stone qui cherche ces rôles, ou Lanthimos qui les écrit pour elle parce qu’elle les exécute avec une précision que nul autre n’atteint ?

Elle a ensuite tourné Kinds of Kindness (2024), une comédie noire en triptyque où elle joue trois personnages distincts dans trois histoires sans lien, et Eddington (2025), le western satirique d’Ari Aster présenté à Cannes aux côtés de Joaquin Phoenix et Pedro Pascal. Bugonia, sa cinquième collaboration avec Lanthimos, est sortie fin 2025 et lui a valu une nouvelle nomination — meilleure actrice, et meilleur film pour Fruit Tree. Elle s’est rasé la tête pour le rôle. Avec sept nominations au total, elle est la femme la plus jeune de l’histoire de l’Académie à atteindre ce chiffre.

Hors plateau, elle s’est mariée à Dave McCary en 2020 et leur fille Louise est née en 2021. Elle ne publie rien sur les réseaux sociaux. Elle a décrit l’Emma Stone publique comme un avatar — une construction créative qui absorbe ce qui écraserait autrement la personne qui répond encore au prénom d’Emily. C’est une architecture utile pour quelqu’un qui a passé toute sa carrière à jouer des femmes qui se construisent depuis zéro et qui sait précisément à quel point toute construction est fragile. Le prochain Lanthimos est déjà en préparation.

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