Affaires et finances

‘Roll the Calls’ : Ari Emanuel se confie sur tout, sauf sur la façon dont se concluent les deals

Victor Maslow
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Ari Emanuel a bâti sa carrière sur une asymétrie. Il savait ce que vous ignoriez, et il décidait quoi en faire — quel appel rappeler, lequel laisser sonner, quel secret garder en poche et lequel dépenser. Alors, un mémoire signé de l’agent qui tient le standard d’Hollywood arrive avec une contradiction intrinsèque. Le métier qui l’a fait est l’inverse de vous expliquer comment ça marche.

« Roll the Calls » vend l’impression inverse. Son éditeur promet un livre percutant, télégraphique, d’une humilité et d’une franchise désarmantes, et, à sa manière, il tient cette promesse. Voici l’enfant dyslexique du South Side de Chicago qui savait à peine lire un script. Voici la salle du courrier. Voici le magnat qui, des décennies plus tard, est toujours fait des combats qu’il menait enfant. La confession est réelle. Ce qu’elle retient, c’est la machine.

La scène que tout le monde citera arrive tôt. Dans un extrait publié par son éditeur, Emanuel traverse une rue de Los Angeles un été, venant de quitter un restaurant, quand un pick-up noir le percute au coin de Doheny et Wilshire. Il bascule sur le capot et atterrit sur la chaussée avec ce qu’il appelle un « bruit sourd ». Sa première pensée, même en l’air, va aux appels qu’il n’a pas terminés. Sa seconde, sur le trottoir, est un jugement sur lui-même : « J’ai gâché ma précieuse vie. » C’est vivant, bien raconté, et totalement sans risque. Cela vous révèle un homme sans que cela coûte quoi que ce soit à un seul client ou à un seul accord.

C’est là que le bât blesse. Le mémoire d’un faiseur de rois peut s’ouvrir toutes les veines sauf celle qui compte. Le levier d’Emanuel — ce qui a fait de lui un sujet digne d’écrire — repose entièrement sur la discrétion : garder chaque acheteur à la table, chaque grief hors du registre officiel, chaque menace démentie. Dès l’instant où il vous montre comment un accord précis a vraiment été conclu, qui il a pressé et à quel prix, le levier disparaît. Alors le livre nomme les clients — Martin Scorsese, Quentin Tarantino, Denzel Washington, Oprah Winfrey, Billie Eilish, Larry David — et laisse les accords derrière eux dans l’ombre.

Le lecteur le plus perspicace du livre a déjà fait la remarque. Dans Air Mail, Sam Wasson observe qu’Hollywood est devenue plus difficile à comprendre, pas plus facile, depuis que les agences ont pris le pouvoir au milieu des années 1970, et qu’un agent est lié par son propre code à ne jamais tout révéler. Wasson décèle, sous la bravade, « un enfant terriblement négligé, et la rage qu’il ne veut ni perdre ni garder ». C’est peut-être la phrase la plus juste jamais écrite sur ce projet. La rage n’est pas un défaut qu’Emanuel avoue. C’est l’instrument. C’est ce qu’il vend.

Il faut se rappeler ce que cet homme fait d’autre avec une page imprimée. Cet été, avant le mémoire, Emanuel a utilisé une tribune dans un journal pour défendre l’idée que Paramount devrait pouvoir avaler Warner Bros. Discovery — l’agent qui a fait fortune en gardant les acheteurs à la table, plaidant désormais, en public, pour qu’ils soient moins nombreux. Un mémoire est le même outil dirigé vers son propre héritage. Ce n’est pas une pause dans le travail. C’est le travail, pointé vers l’intérieur.

Le titre est un indice. Rouler les appels, c’est ce qu’il fait chaque matin : travailler au téléphone, rappeler les messages, garder tout le tableau allumé. C’est le bon nom pour le livre, car les appels eux-mêmes — qui il a menacé, qui il a sauvé, ce qui a réellement été dit une fois la porte fermée — sont précisément ce qui n’atteint jamais la page. Vous avez la sonnerie. Vous n’avez jamais la conversation.

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