Affaires et finances

Kai Trump, la joueuse la plus chère du golf universitaire avant même d’être classée

Victor Maslow

Les photos montrent une mère et sa fille achetant des meubles pour un premier appartement, et l’histoire qui les accompagne est la plus tendre qui soit : un parent qui aide son enfant à entrer à l’université. Ce que le cadrage laisse discrètement de côté, c’est que la jeune femme sur les clichés est déjà l’une des athlètes les plus valorisées du sport universitaire américain — et que presque toute cette valeur n’a pas été construite sur un parcours de golf.

Kai Trump s’apprête à rejoindre l’Université de Miami pour y jouer au golf, et la couverture médiatique s’est installée dans deux ornières confortables. Il y a la version « intérêt humain », où une famille soutenante rassure une étudiante nerveuse, et la version politique, où un nom célèbre fait ce que les noms célèbres font. Les deux passent à côté de la véritable transaction. Ce qui est intéressant chez Kai Trump, ce n’est pas qui est sa famille. C’est ce que le marché a décidé que valait son nom, et à quel point cette valeur dépend peu de son jeu.

Les observateurs du secteur qui chiffrent les droits à l’image et au nom des athlètes universitaires estiment ses contrats à environ deux millions de dollars — le montant le plus élevé de toutes les golfeuses universitaires, selon Golf NIL Central, qui la classe première dans ce sport. Elle compte près de huit millions d’abonnés toutes plateformes confondues, une ligne de vêtements qu’elle a elle-même fondée, et un portfolio de sponsors — TaylorMade, Greyson, Leaf Trading Cards, EasyPost — que la plupart des golfeuses professionnelles lui envieraient. Elle est également arrivée à Miami sans figurer au Classement mondial de golf amateur ni aux classements de l’American Junior Golf Association, parce qu’elle n’avait pas participé aux tournois de qualification qui permettent d’y accéder.

Ce décalage est toute l’histoire, et ce n’est pas un scandale. C’est un signal du marché. L’économie des droits à l’image ne paie pas pour les cartes de score ; elle paie pour l’attention, et l’attention est un actif fabriqué, négociable, qu’une adolescente avec le bon nom de famille et un téléphone peut accumuler plus vite qu’aucun circuit junior ne pourrait jamais lui conférer un classement. Ses débuts sur le LPGA ont eu lieu grâce à une exemption de sponsor — une invitation, pas une qualification — et la même logique traverse tout ce qui l’entoure. La valeur est accordée d’abord et justifiée ensuite, plutôt que gagnée puis récompensée.

Tout cela ne fait pas d’elle une imposture. De l’avis général, c’est une véritable espoir : une frappeuse longue qui a continué à s’entraîner après une opération du poignet, a signé sa lettre d’intention et souhaite passer professionnelle. Miami n’a pas signé un hologramme. Mais l’université, son collectif et ses sponsors ne financent pas un swing. Ils achètent un canal de diffusion — plusieurs millions de personnes qui verront désormais un logo des Hurricanes — et le tarifent en conséquence. En ce sens, Kai Trump est l’étude de cas la plus nette que le jeune marché des droits à l’image ait produite : le moment où le sport universitaire a cessé de faire semblant que l’argent suit la performance.

C’est là que le discours méritocratique que le sport universitaire américain tient sur lui-même commence à montrer ses limites. L’argument a toujours été que le terrain est égal et que les résultats départagent tout le monde. Les droits à l’image ont été présentés comme une correction attendue depuis longtemps — des athlètes enfin payés pour la valeur qu’ils créent. Ce que Kai Trump démontre, c’est la version que personne n’a annoncée : que dans une économie de l’attention, la valeur peut précéder la performance, et qu’un nom forgé en politique et amplifié sur les réseaux sociaux se convertit en valeur commerciale à sept chiffres avant même qu’un seul tournoi universitaire ne soit joué. Les enfants de familles influentes ont toujours eu une longueur d’avance. La nouveauté, c’est que cette avance a désormais un prix public.

Quand les meubles seront enfin déballés et que la saison commencera, ses scores seront publiés comme ceux de tout le monde. Ils compteront pour ses entraîneurs et, éventuellement, pour un classement. Pour le bilan comptable qui a déjà fait d’elle une star, ils ne seront qu’un arrondi.

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