Affaires et finances

L’UE autorise des pièces de drones chinoises pour l’Ukraine faute d’industrie propre

Victor Maslow

Bruxelles a approuvé une exception qui va à l’encontre de l’un de ses engagements politiques centraux : construire des alternatives européennes aux chaînes d’approvisionnement industrielles chinoises. Quand il s’agit d’armer les drones ukrainiens, les usines de l’UE ne fabriquent tout simplement pas ce dont Kyiv a besoin.

Cette décision permet à l’Ukraine d’utiliser une partie du financement de défense de l’Union européenne pour se procurer des composants de drones fabriqués en Chine — la première fois que le bloc taillait formellement une exception dans sa volonté plus large de favoriser les fournisseurs européens. La logique de l’exception en est aussi l’aveu : après des années à déclarer que l’Europe doit reconstruire sa base industrielle de défense, le bloc ne peut toujours pas fournir les pièces dont un allié de première ligne dépend pour rester en vol.

Les drones ont défini le rythme du conflit d’une manière que les guerres précédentes n’avaient jamais anticipée. L’Ukraine exploite une flotte de systèmes à vue subjective, de plates-formes de frappe à longue portée et d’unités de reconnaissance à une échelle qui exige un flux continu de composants — capteurs, contrôleurs de vol, moteurs — que les fabricants européens ont été trop lents à produire en volume suffisant. Les fournisseurs chinois fabriquent ces pièces à l’échelle commerciale depuis des années, bâtis sur le dos d’un marché des drones grand public qui a discrètement construit l’infrastructure de production désormais empruntée pour un usage militaire.

L’exception comporte un corollaire inconfortable. Les mêmes chaînes d’approvisionnement chinoises qui vont désormais réapprovisionner les stocks de drones ukrainiens alimentent également celles russes. Pékin n’a pas restreint les exportations de composants à double usage, et la pression européenne pour des sanctions ciblées sur les fournisseurs chinois de drones ne s’est pas concrétisée. La décision de l’UE concède en effet que les composants de drones chinois sont fongibles — disponibles pour les deux camps du conflit à des taux commerciaux, indifférents à l’issue.

Pour les fabricants de défense européens, cette décision est un bilan public de ce qu’ils n’ont pas encore construit. Le financement de défense de l’UE pour l’Ukraine a été décaissé sous le principe que l’argent retournerait dans la capacité industrielle européenne. Une exception qui achemine cet argent vers des fournisseurs chinois inverse la logique, aussi temporairement soit-elle.

Bruxelles a publié cette autorisation dans le cadre d’une tranche de 6 milliards d’euros provenant d’un dispositif de prêt plus large, après avoir déterminé que les alternatives domestiques n’étaient pas disponibles pour les composants en question. L’exception est présentée comme temporaire et conditionnée par l’absence persistante d’alternatives européennes viables.

La question de savoir si les fabricants européens peuvent combler cet écart avant que l’exception ne devienne un précédent est celle à laquelle Bruxelles n’a pas encore répondu — et celle qui définira le prochain débat sur qui profite de la prochaine tranche.

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