Cinéma

The Covenant : un thriller de guerre qui trouve sa profondeur dans les moments calmes

Martin Cid
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La scène d’ouverture de Guy Ritchie’s The Covenant est une embuscade brutale en Afghanistan—toute en rudesse et urgence, où Jake Gyllenhaal, dans le rôle du maître-sergent John Kinley, est laissé pour mort par ses assaillants talibans. Ce moment, cru et implacable, pose les bases d’une alliance improbable entre Kinley et Ahmed (Dar Salim), son interprète afghan. Le film ne repose pas seulement sur l’action, mais aussi sur le dilemme moral qui s’ensuit : un soldat américain redevable envers un homme qu’il connaît à peine, lié par quelque chose de plus profond que le devoir.

Ritchie est connu pour ses films de crime stylisés et rapides comme Lock, Stock and Two Smoking Barrels et Snatch, mais The Covenant est différent. C’est un thriller de guerre aux profondeurs dramatiques inattendues, et une grande partie du film montre une retenue impressionnante. La première moitié se concentre sur la convalescence de Kinley et le passé d’Ahmed—sa défection des talibans après qu’ils aient assassiné son fils, son mépris pour l’unité de Kinley, et son acte héroïque sauvant Kinley d’une mort certaine. C’est ici que le film brille : dans les moments calmes entre Gyllenhaal et Salim, où le scénario (co-écrit par Ritchie, Marn Davies et Ivan Atkinson) permet une véritable charge émotionnelle.

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Gyllenhaal livre une performance ancrée dans une intensité discrète. Son Kinley n’est pas le héros d’action typique ; c’est un homme hanté par la culpabilité de survivre, luttant contre l’insomnie et les cauchemars chez lui à Santa Clarita, en Californie. Gyllenhaal vend ce conflit interne avec des changements subtils de posture et d’expression—en particulier dans les scènes où Kinley fixe son lit vide ou arpente son salon, incapable de dormir. Salim apporte également de la profondeur à Ahmed, équilibrant vulnérabilité et résolution farouche. Leur dynamique est le cœur du film, une rareté où le dialogue caractéristique de Ritchie passe au second plan pour quelque chose de plus profond.

Pourtant, le film trébuche lorsqu’il tente d’équilibrer ses moments dramatiques avec la verve typique de Ritchie. La seconde moitié, qui se déroule à nouveau en Afghanistan, sombre dans des clichés de films d’action : le retour de Kinley est présenté comme une mission de sauvetage en solo, complétée par un contrat militaire privé douteux (joué par Alexander Ludwig) et une course contre la montre. La tension qui rendait la première moitié captivante s’évapore au profit de scènes prévisibles—des fusillades à des points de contrôle, des poursuites dans des ruelles étroites, et une finale survoltée où Kinley affronte seul un entire complexe taliban.

La tentative de Ritchie de déconstruire l’idée d’une « alliance »—comme quelque chose de plus profond qu’un simple contrat—est louable, mais son exécution semble inégale. Le noyau émotionnel, en particulier la culpabilité et la détermination de Kinley, est captivant, mais le film peine à maintenir sa retenue initiale une fois de retour en Afghanistan. Les scènes qui devraient être tendues reposent trop sur les fioritures stylistiques familières de Ritchie : des coupes rapides, des dialogues cinglants et une violence excessive.

Ce qui sauve The Covenant d’être un simple thriller de guerre oublié, ce sont ses performances et la sincérité de son idée centrale. Gyllenhaal et Salim partagent une alchimie authentique, et leurs scènes ensemble ancrent le film dans quelque chose de significatif. Le design sonore—en particulier le silence hantant lors de l’évasion de Kinley—rehausse les moments plus calmes, tandis que la bande originale s’amplifie juste assez pour souligner les enjeux émotionnels.

Le film bénéficie également de sa distribution secondaire, notamment Emily Beecham dans le rôle de Caroline Kinley, l’épouse de John, qui apporte une présence rassurante au milieu du chaos. La chimie entre Gyllenhaal et Beecham ajoute une autre couche d’authenticité à la lutte de Kinley—son désir de retourner en Afghanistan n’est pas seulement une question de dette ; c’est aussi une quête de réconciliation avec son propre sens du devoir.

Cependant, The Covenant n’est pas sans défauts. Le rythme traîne parfois dans la seconde moitié, et certaines séquences d’action semblent trop familières. La tentative de Ritchie d’injecter une complexité morale est admirable, mais elle se perd parfois dans le tumulte des scènes explosives et des répliques percutantes.

Au final, The Covenant est un thriller de guerre imparfait mais captivant, porté par des performances solides et un dilemme moral engageant.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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