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Olivia Colman en Miss Havisham : une interprétation saisissante et résolument nouvelle

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Dès la première apparition de Miss Havisham, incarnée par Olivia Colman, dans l’adaptation de Great Expectations réalisée par Steven Knight en 2023, l’écran crépite d’une tension à la fois inédite et fidèle à l’œuvre. Vêtue de sa robe de mariée en lambeaux, habitée par une folie palpable, Colman livre une leçon de férocité maîtrisée, bien loin des interprétations plus retenues des adaptations précédentes, comme celle de Gillian Anderson en 2011 ou celle de Helena Bonham Carter en 2012. Il ne s’agit pas d’une simple nouvelle adaptation, mais d’une relecture audacieuse qui assume le grotesque et le viscéral, à la manière du classique en noir et blanc de David Lean, sorti en 1946, mais avec une sensibilité contemporaine.

La version de Great Expectations signée Knight n’élude pas les aspects les plus sombres du roman : elle les accentue. La série plonge à corps perdu dans les thèmes de l’ambition, de la classe sociale et de la découverte de soi, mais le fait avec une sensibilité moderne qui entre parfois en conflit avec les intentions initiales de Dickens. Pip, interprété par Fionn Whitehead, est un protagoniste captivant, même si son évolution émotionnelle manque parfois de régularité. Whitehead est particulièrement convaincant lorsqu’il navigue dans les eaux troubles de la société du 19e siècle, mais certaines de ses scènes plus introspectives manquent de profondeur pour toucher pleinement le spectateur. Il n’a pas la même présence que Jeremy Irvine, par exemple, dans l’adaptation de 2012, mais apporte une forme de rudesse qui sonne juste.

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C’est avec ses seconds rôles que cette adaptation révèle tout son éclat. Ashley Thomas, dans le rôle de Mr. Jaggers, impose une présence inflexible qui ancre la série dans ses intrigues judiciaires et sociales. Son interprétation nuancée donne plusieurs niveaux de complexité à un personnage souvent réduit à un simple rouage de l’intrigue. Johnny Harris campe un Magwitch à la fois âpre et nuancé, donnant de l’épaisseur à un rôle dont les interprétations ont été plus ou moins convaincantes au fil des ans. Hayley Squires, en Sara, offre de beaux moments de force tranquille, même si son personnage est quelque peu sous-exploité. Owen McDonnell apporte à Joe Gargery une présence rassurante, en contraste marqué avec les personnages plus flamboyants qui l’entourent.

Sur le plan visuel, la série est un régal. Les décors reconstituent avec minutie l’Angleterre crasseuse et opulente de Dickens, en accordant une attention particulière au manoir délabré de Miss Havisham. La photographie joue souvent sur les contrastes tranchés — ombre et lumière, richesse et pauvreté — pour souligner les inégalités sociales. Certaines scènes particulièrement choquantes, censées provoquer le spectateur, paraissent toutefois gratuites et détournent l’attention du récit au lieu de le servir. La démarche tranche avec le style visuel plus sobre d’adaptations antérieures, comme la série de la BBC de 1989, qui privilégiait une narration plus subtile.

Le rythme est un autre point faible de la série. Les premiers épisodes installent efficacement la tension, mais les parties centrales s’étirent, alourdies par un excès d’exposition et quelques faux pas dans la caractérisation des personnages. En modernisant certains aspects de l’histoire, la série provoque parfois des ruptures de ton qui rendent difficile l’investissement dans les enjeux émotionnels. Le contraste est net avec l’adaptation de 1998 réalisée par Alfonso Cuarón, qui conservait un ton homogène du début à la fin.

Les derniers épisodes compensent néanmoins certaines de ces faiblesses grâce à des interprétations fortes et à une conclusion satisfaisante, fidèle à l’esprit de Dickens. La Miss Havisham de Colman reste une révélation ; son interprétation hante la série bien après le générique de fin. La distribution d’ensemble est également un atout, avec notamment Trystan Gravelle dans le rôle de Compeyson et Matt Berry dans celui de Mr. Pumblechuck, qui donnent profondeur et complexité à leurs personnages respectifs.

L’ambition et le désir de s’élever sont au cœur de Great Expectations, et cette adaptation n’hésite pas à explorer ces idées. Le récit s’attarde sur les relations de Pip, les épreuves qu’il traverse et son évolution personnelle dans l’Angleterre du 19e siècle, tout en mettant en lumière les questions de classe sociale et de découverte de soi. La série peine toutefois parfois à concilier cette exploration thématique avec ses éléments plus sensationnalistes. Elle s’éloigne ainsi d’adaptations antérieures comme la version télévisée de 1974, davantage centrée sur le cœur émotionnel de l’histoire.

Au final, Great Expectations (2023) est une œuvre en demi-teinte : une adaptation ambitieuse et visuellement somptueuse, mais dont l’exécution trébuche. Elle connaît de vrais moments de grâce, sans parvenir à maintenir une cohérence de ton et de rythme. Sans atteindre les sommets du classique de David Lean de 1946 ni ceux du film d’Alfonso Cuarón de 1998, elle propose un regard neuf sur le récit intemporel de Dickens.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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