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Will Arnett, le clown à la voix rocailleuse qui laisse enfin tomber le masque

Penelope H. Fritz
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Will Arnett
Will Arnett
Photo: Bryan Berlin / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Naissance4 mai 1970
Toronto, Ontario, Canada
ProfessionActeur
Connu pourRatatouille, Moi, moche et méchant, La Grande Aventure LEGO
RécompensesAnnie Award for Outstanding Achievement for Voice Acting in an Animated Television Production · Prix Canadian Screen

Peu de voix dans la comédie américaine sont reconnaissables aussi vite que celle de Will Arnett : une basse grave et rocailleuse qui peut donner à la pire des idées des airs de plan d’affaires. Il l’a prêtée à un magicien sans aucun talent pour la magie, à un dirigeant de chaîne qui complote contre Alec Baldwin, à un Batman qui compose lui-même sa musique lugubre et à un cheval de sitcom has-been qui boit à travers Los Angeles. Presque tous ces personnages jouent les hommes sûrs d’eux alors qu’ils ne le sont pas. Ce qui a changé ces derniers temps, c’est qu’Arnett ne joue plus cette fanfaronnade uniquement pour faire rire : à l’écran comme, avec une franchise inhabituelle, en dehors, il laisse désormais apparaître la panique qui se cache dessous.

Il est issu d’une famille aisée de Toronto qui avait imaginé pour lui un tout autre avenir. Son père, Jim Arnett, était avocat d’affaires avant de prendre la tête de Molson Breweries comme président-directeur général. Son fils a dû quitter la Lakefield College School après un seul semestre, a terminé ses études à la Leaside High School et n’a tenu qu’un semestre à l’Université Concordia, à Montréal. À vingt ans, il est parti pour New York afin d’étudier au Lee Strasberg Theatre and Film Institute. La décennie suivante, il l’a passée à décrocher de petits rôles sur scène et à enregistrer des voix pour des publicités : sa basse lui permettait de payer son loyer bien avant que le public ne connaisse son visage.

La porte s’est ouverte avec Arrested Development, en 2003, alors qu’Arnett, né le 4 mai 1970, avait trente-trois ans. Dans le rôle de George Oscar Bluth II, connu de tous sous le nom de Gob, il incarnait le fils aîné d’une famille de promoteurs immobiliers déchue du comté d’Orange, un illusionniste à l’ego démesuré et aux tours de magie rarement au point. La série de Mitchell Hurwitz a peiné à trouver son public sur Fox et a été annulée après trois saisons, mais elle a valu à Arnett sa première nomination aux Emmy Awards en 2006 et donné naissance à un culte qui a permis à Netflix de la relancer pour de nouvelles saisons en 2013, puis de 2018 à 2019. La démarche conquérante de Gob et son accablant « J’ai fait une énorme erreur » sont devenus le modèle auquel les directeurs de casting n’ont cessé de revenir pendant la décennie suivante.

Hollywood l’a employé précisément de cette façon. Il était le patineur rival et prétentieux dans Les Rois du patin, la comédie de Will Ferrell qui a rapporté environ 118 millions de dollars en Amérique du Nord, puis a enchaîné avec Let’s Go to Prison, Hot Rod et Semi-Pro. Dans 30 Rock, il jouait Devon Banks, un ambitieux qui cherchait à évincer Jack Donaghy, le personnage d’Alec Baldwin ; ce rôle récurrent lui a valu quatre nominations aux Emmy Awards dans la catégorie du meilleur acteur invité, entre 2008 et 2012. Son mariage avec Amy Poehler, qu’il a épousée en 2003, a fait d’eux l’un des couples emblématiques de la comédie télévisée américaine de l’époque.

Sa voix s’est révélée être une seconde carrière. En 2014, La Grande Aventure Lego lui a confié le rôle d’un Batman si vaniteux qu’il raconte lui-même ses états d’âme, et le personnage a eu droit à son propre film, Lego Batman, le film, trois ans plus tard. Mais c’est dans BoJack Horseman, diffusée de 2014 à 2020, que cette voix a trouvé son emploi le plus riche : Arnett y prêtait la sienne au personnage-titre, une ancienne star de sitcom qui se trouve être un cheval, et en était également producteur délégué. La série animée de Raphael Bob-Waksberg a fait du dégoût de soi d’une célébrité sur le déclin l’un des portraits les plus sérieux de la dépression et de l’addiction à la télévision. L’interprétation d’Arnett, dont le charme virait à l’apitoiement d’une réplique à l’autre, lui a valu un Annie Award en 2019.

Les années qui ont entouré ce triomphe ont été bien moins sereines. Arnett et Poehler se sont séparés en 2012, et leur divorce a été prononcé en 2016. Cette même année, Netflix a lancé Flaked, série qu’il a créée et dans laquelle il jouait un alcoolique en rétablissement à Venice, en Californie, un personnage en partie inspiré de son propre rapport à l’alcool. La critique s’est montrée dans l’ensemble peu tendre et la série s’est arrêtée après sa deuxième saison. Arnett a rechuté pendant le tournage, après environ quinze ans de sobriété, ce qui donne à cet échec une dimension plus douloureuse qu’une simple mauvaise critique : le projet le plus personnel de sa carrière a été réalisé alors qu’il perdait pied face au problème même dont il parlait. Pendant des années, l’industrie l’avait payé pour faire de l’arrogance une plaisanterie ; lorsqu’il a tenté d’écrire l’homme qui se cachait dessous, le public n’était pas prêt à l’écouter.

Son entreprise la plus lucrative est venue d’un tout autre horizon. En juillet 2020, dans les premiers mois de la pandémie, il a lancé SmartLess avec Jason Bateman, son partenaire dans Arrested Development, et Sean Hayes. Le podcast est devenu l’un des plus écoutés des États-Unis ; Amazon en a acheté les droits exclusifs en 2021 et, en janvier 2024, SiriusXM a signé avec le trio un contrat de trois ans, évalué selon les informations publiées à 100 millions de dollars. À la télévision, Arnett a animé LEGO Masters sur Fox de 2020 à 2025 et joué dans la comédie Netflix Murderville le rôle de Terry Seattle, un inspecteur principal dont les partenaires célèbres doivent résoudre chaque affaire sans jamais avoir vu de scénario.

Le tournant qui le définit aujourd’hui a commencé par une conversation. Le comédien anglais John Bishop a raconté à Arnett comment il s’était lancé dans le stand-up alors que son mariage traversait une période difficile ; Arnett a ensuite rapporté cette histoire à Bradley Cooper. De là est né Is This Thing On?, réalisé par Cooper à partir d’un scénario qu’il a écrit avec Arnett et Mark Chappell, l’histoire étant créditée à Bishop. Arnett incarne Alex Novak, un homme qui traverse un divorce à l’amiable et découvre qu’une scène ouverte à New York est le seul endroit où il peut dire la vérité. Laura Dern joue son épouse. Le film a clôturé le New York Film Festival en octobre 2025, avant de sortir sous la bannière de Searchlight Pictures en décembre, accueilli par des critiques largement favorables. Il n’a rapporté qu’un modeste montant de 10 millions de dollars et n’a pas été retenu parmi les nominations aux Golden Globes, mais il a redéfini Arnett en homme de premier plan capable de porter une douleur silencieuse sans chute comique.

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Depuis, ses rôles ont suivi cette voie. En janvier 2026, Tony Gilroy l’a choisi dans Behemoth! pour remplacer David Harbour dans le rôle d’Andy, le frère rocker égocentrique du violoncelliste incarné par Pedro Pascal. Après deux décennies sur les routes, Andy rentre à Los Angeles alors que leur mère approche de la fin de sa vie. Le film a été présenté en avant-première mondiale au New York Film Festival le 2 octobre 2026, où les premières critiques ont notamment salué la scène finale d’Arnett avec Pascal ; Searchlight le sortira dans les salles américaines le 4 décembre. Cette année, il a également joué un thérapeute de Manhattan dans The Madison de Taylor Sheridan et remporté en mai un Canadian Screen Award pour avoir prêté sa voix à Breakaway dans le film d’animation Super Team Canada.

Arnett, qui possède les nationalités canadienne et américaine, a deux fils avec Poehler et un troisième, né en 2020, de sa relation avec Alessandra Brawn. Prochain rendez-vous : The Challenger, une série limitée de Prime Video consacrée aux événements qui ont conduit à la catastrophe de la navette spatiale de 1986. Il y joue George Abbey, directeur des opérations des équipages de vol de la NASA, qui avait affecté Sally Ride, incarnée par Kristen Stewart, à son premier équipage de navette. C’est un nouveau rôle sans la moindre plaisanterie, et le signe le plus clair à ce jour de la direction qu’il entend donner à cette voix.

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