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Paul Rudd, l’acteur que Hollywood n’a jamais su comment nommer

Penelope H. Fritz

De 2004 à 2021, chaque fois que Paul Rudd venait promouvoir un film sur le plateau de Conan O’Brien, il diffusait un extrait de Mac and Me — le navet de 1988 avec Ronald McDonald — comme s’il s’agissait de son dernier travail. Dix-sept ans de suite, sans que personne ne le lui demande. Quand on lui posait la question, il répondait que la promotion directe lui semblait «insincère». C’est une blague construite sur deux décennies, un acte de subversion parfaitement calibré réalisé avec le visage le plus affable de Hollywood — et c’est aussi, si on y réfléchit, un résumé assez précis de sa méthode.

Paul Stephen Rudd est né le 6 avril 1969 à Passaic, dans le New Jersey, dans une famille juive anglophone dont les grands-parents avaient émigré de communautés ashkénazes d’Europe de l’Est pour s’établir à Londres avant de traverser l’Atlantique. Il grandit à Lenexa, Kansas, où il arrive à dix ans, devient président du conseil étudiant de son lycée et se classe cinquième aux championnats nationaux de rhétorique forensique. Il étudie le théâtre à l’Université du Kansas, passe par l’American Academy of Dramatic Arts et par la British American Drama Academy d’Oxford, où il s’imprègne du drame jacobéen. Entre ces étapes, il glaçait des jambons dans une usine d’Overland Park.

La révélation vient avec Clueless (1995), l’adaptation d’Emma par Amy Heckerling, dans laquelle Rudd joue Josh — le beau-frère raisonnable, la conscience morale de Beverly Hills. Il avait vingt-cinq ans et le rôle lui demandait d’être la personne la plus décente d’un film rempli de personnages qui ne cessaient de se mettre en scène eux-mêmes. C’est un type de jeu qui exige de savoir exactement quand ne pas surjouer — ce que la plupart des acteurs n’apprennent jamais.

L’ère Apatow transforme les termes de sa carrière. Virgen a los 40, Knocked Up, I Love You, Man, This Is 40 — Judd Apatow construit un univers comique fondé sur la vulnérabilité masculine, et Rudd s’avère être l’instrument de précision qu’il lui faut. Dans I Love You, Man, il porte un film entier sur la prémisse qu’un adulte a peur de se faire un ami, et en fait quelque chose à la fois drôle et étrangement juste. Apatow a compris avant l’industrie que Rudd faisait quelque chose de spécifique, pas simplement quelque chose d’agréable.

Les années Marvel compliquent l’analyse. Officiellement intégré à l’univers cinématographique Marvel fin 2013 sous les traits de Scott Lang — le voleur qui rétrécit à la taille d’une fourmi —, Rudd apparaît dans cinq films de la franchise et en coécrit deux. Ant-Man and the Wasp: Quantumania (2023) révèle cependant la limite du dispositif: placé au centre d’un récit épique que le personnage n’était pas conçu pour porter, le film reçoit les pires critiques de sa période Marvel. Rudd ne commente pas. Cette absence de commentaire est elle-même une forme de réponse. Il revient dans Avengers: Doomsday, prévu pour décembre 2026.

La télévision lui ouvre un autre territoire. Living with Yourself (2019), série Netflix qu’il développe et produit, lui donne un double rôle — l’homme déprimé dont le clone enthousiaste prend la place — et lui vaut une nomination aux Golden Globes. Dans Only Murders in the Building, il joue le personnage assassiné Ben Glenroy sur deux saisons (2023-2024) et reçoit sa première nomination aux Emmy Awards pour une performance fonctionnant presque exclusivement en flashback. La deuxième nomination, la même année, concerne la narration de Secrets of the Octopus sur National Geographic — ce qui fait de Rudd l’acteur comique le plus improbable à avoir collecté du matériel récompensable dans les documentaires animaliers.

Power Ballad, présenté à SXSW en 2026, reçoit des critiques qui la désignent comme le meilleur film de John Carney depuis Once — une comédie musicale sur un chanteur de mariage en déclin qui découvre qu’une ancienne star de boy band lui a volé sa chanson. Le film sort aux États-Unis le 5 juin 2026. Tom McCarthy — dont Spotlight a remporté l’Oscar du Meilleur Film — le dirige par ailleurs dans The Statement, drame historique sur une conférence climatique réelle de 1980 en Floride, aux côtés de Paul Giamatti, Evan Peters et Tatiana Maslany.

Il est marié depuis 2003 à Julie Yaeger, scénariste et productrice, avec qui il vit à Rhinebeck (New York). Il codirige une confiserie dans la même ville avec Jeffrey Dean Morgan, rachetée en 2014 pour éviter sa fermeture. Le magazine People l’a sacré «l’homme le plus sexy» en 2021, à cinquante-deux ans. Il a reçu le titre avec la même bienveillance légèrement déconcertée qu’il apporte à la plupart de ses rôles. Le Festival de Tribeca 2026 lui consacre une rétrospective: à cinquante-sept ans, cela ressemble soit à un hommage prématuré, soit au moment précis où l’industrie commence à voir ce qui était là depuis le début.

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