Acteurs

Guillaume Canet, le cavalier tombé à 18 ans qui n’a jamais cessé de remonter en selle

Penelope H. Fritz
Ajoutez-nous sur Google
Guillaume Canet
Guillaume Canet
Photo: Gilzetbase / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Naissance10 avril 1973
Boulogne-Billancourt, Hauts-de-Seine, France
ProfessionActeur, réalisateur et scénariste
Connu pourLa Plage, Love Me If You Dare, Ne le dis à personne
RécompensesPrix Jean Gabin · César · Lumière Award for Best Film · Prix Jacques-Deray · Best Actor, Rome Film Festival · Best Actor, Saint-Jean-de-Luz International Young Directors Film Festival · Knight of the Ordre des Arts et des Lettres · Knight of the Légion d'honneur

Tout cavalier sérieux apprend très tôt la même leçon : quand le cheval vous désarçonne, il faut remonter en selle avant que la peur ait le temps de s’installer. Guillaume Canet l’a apprise au sens propre, adolescent sur les circuits français de saut d’obstacles pour juniors, puis a passé le reste de sa vie à l’appliquer à un métier qu’il n’avait jamais envisagé. Sa carrière d’acteur et de réalisateur ressemble à une succession de chutes et de retours en selle. Une percée à l’étranger, suivie d’un désastre commercial en France. Un triomphe derrière la caméra, puis un film américain qui l’a laissé épuisé. Un blockbuster éreinté par la critique, puis un thriller en streaming vu par des dizaines de millions de personnes.

Ce qui mérite qu’on s’intéresse de plus près à lui, ce n’est pas tant sa résilience, assez courante dans le cinéma, que sa façon d’en faire matière. Il a filmé ses amis, sa compagne et sa propre vanité. Il a incarné un agriculteur écrasé par les dettes, un roi dans l’attente de l’échafaud et un tueur en série portant l’uniforme d’un gendarme. Passé la cinquantaine, alors qu’un thriller présenté à Cannes s’apprête à sortir et qu’une franchise Netflix est en production, il se prépare à revêtir le masque le plus célèbre de la fiction populaire française.

Une enfance au milieu des chevaux

Guillaume Arthur Jean-Louis Canet a grandi avec les chevaux avant de grandir avec les films. Né le 10 avril 1973 à Boulogne-Billancourt, dans la proche banlieue ouest de Paris, il est le fils de Philippe Canet et de Marie-Antoinette Cano, éleveurs de chevaux à la tête d’un haras près de Rambouillet. La voie à suivre pour leur fils était toute tracée, et il la partageait : il voulait devenir cavalier de saut d’obstacles et avait le niveau pour intégrer l’équipe de France junior.

Tout s’est arrêté à ses dix-huit ans. Lors d’une compétition, il s’est présenté devant un oxer après avoir calculé ses foulées ; le cheval a décollé une foulée trop tôt et tous deux sont tombés. En se relevant, l’animal a atterri sur son cavalier. Canet a renoncé à la compétition et s’est inscrit au Cours Florent, l’école de théâtre parisienne où s’est formée une grande partie des acteurs français. En 1994, il était sur la scène du Théâtre Hébertot dans La Ville dont le prince est un enfant d’Henry de Montherlant, aux côtés de Christophe Malavoy. Les années suivantes, il a enchaîné publicités, téléfilms et petits rôles dans des sitcoms, avant sa première apparition à l’écran dans le court métrage Fils unique.

De Barracuda à The Beach

La première véritable occasion s’est présentée avec Barracuda, un thriller de Philippe Haïm où il tenait la comparaison face à Jean Rochefort ; ce rôle lui a valu le prix d’interprétation au festival de Saint-Jean-de-Luz, consacré aux jeunes réalisateurs. En plein cœur de Pierre Jolivet, adapté de Georges Simenon, lui a valu une nomination au César du meilleur espoir masculin. Puis Danny Boyle l’a choisi aux côtés de Leonardo DiCaprio et Virginie Ledoyen dans The Beach : en 2000, un jeune acteur français s’est retrouvé soudain connu du public dans le monde entier.

Il n’a pas emprunté la voie toute tracée vers Hollywood. Andrzej Żuławski l’a associé à Sophie Marceau dans La Fidélité, Jerry Schatzberg l’a dirigé dans The Day the Ponies Come Back, puis il a rejoint Gérard Depardieu dans le film fantastique numérique de Pitof, Vidocq. Ce dernier a marqué la première chute de sa carrière d’adulte. L’échec commercial l’a laissé sans propositions pendant un temps, et il a profité de ces mois creux pour écrire.

Le réalisateur entre en scène

De cette période est né Mon Idole, sorti en 2002, une comédie noire sur un jeune assistant de télévision ambitieux qui accepte l’invitation de son tout-puissant patron à passer un week-end chez lui. Canet l’a réalisé, coécrit et interprété le rôle principal. Il y a également offert son premier rôle au cinéma à Diane Kruger, mannequin allemande qu’il avait épousée en 2001 et dont il divorcera en 2006. Le film a dépassé le demi-million d’entrées en France, de quoi prouver que l’acteur savait aussi tenir les rênes d’un tournage.

Les années suivantes, il a été très présent devant la caméra. Jeux d’enfants, sorti à l’étranger sous le titre Love Me If You Dare, l’a associé à Marion Cotillard dans une romance fiévreuse construite autour d’un jeu de défis commencé dans l’enfance ; le film est devenu un succès surprise. Joyeux Noël de Christian Carion, consacré à la trêve de Noël de 1914, a été nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Il a également tourné avec Danis Tanović dans L’Enfer, puis avec Gilles Lellouche et Tristan Aurouet dans Narco, point de départ d’une amitié avec Lellouche qui irriguerait une grande partie de ses films ultérieurs.

Est ensuite arrivé le film qui a changé son statut. Ne le dis à personne, connu à l’international sous le titre Tell No One, a adapté le best-seller de Harlan Coben en thriller français : un médecin reçoit un message qui semble venir de sa femme, assassinée huit ans plus tôt. Porté par François Cluzet, avec Marie-Josée Croze dans le rôle de son épouse, le film de 2006 a compté parmi les plus grands succès français de l’année. Il a remporté quatre César, dont celui du meilleur acteur pour Cluzet, et valu à Canet le César du meilleur réalisateur en 2007, à trente-trois ans. Le film a aussi connu à l’étranger une carrière rare pour un thriller français et reste le titre que les producteurs citent en premier pour le présenter.

Amis, famille et prix de l’ambition

Canet a répondu au succès en réalisant un film personnel. Les Petits Mouchoirs, sorti à l’étranger sous le titre Little White Lies, suit un groupe d’amis qui maintient ses vacances au bord de la mer alors que l’un d’eux est hospitalisé après un accident. Le casting ressemblait à un annuaire de son cercle proche : François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel, Gilles Lellouche et Jean Dujardin. Près de 5,5 millions de spectateurs l’ont vu dans les salles françaises en 2010, ce qui en a fait le deuxième film de l’année au box-office français, même si la critique s’est vivement divisée sur sa longueur et son sentimentalisme. Neuf ans plus tard, il a réuni la même bande pour Nous finirons ensemble.

Entre-temps, il est parti tenter sa chance en Amérique, et la chute a été plus rude. Coécrit avec James Gray, Blood Ties reprenait Les Liens du sang, un polar français dans lequel Canet avait lui-même joué, pour rendre hommage aux films policiers américains des années 1970. Le film réunissait Clive Owen, Billy Crudup, Mila Kunis, Zoe Saldana et Cotillard. Présenté hors compétition à Cannes en 2013, il a ensuite déçu presque partout, avec moins de 250 000 entrées en France et un accueil critique réservé. Canet a raconté par la suite que cet échec, à la fois financier et personnel, l’avait conduit à l’épuisement, et qu’il ne voulait plus jamais retrouver les conditions de travail d’un tournage américain.

L’acteur que les autres réalisateurs s’arrachaient

Dans les années 2010, il a livré certains de ses rôles les plus variés. Le drame social Une vie meilleure de Cédric Kahn, où il donne la réplique à Leïla Bekhti, lui a valu le prix du meilleur acteur au Festival du film de Rome en 2011. En 2012, il a présidé la cérémonie des César. Il a incarné le cavalier olympique Pierre Durand dans Jappeloup, dont il a réécrit le scénario, et retrouvé la selle à tous les sens du terme : après le tournage, il a repris la compétition. Entre 2012 et 2017, il a participé à 623 épreuves de saut d’obstacles, en a remporté 33 et gagné environ 67 000 euros de prix, avec des victoires à Chantilly et au Paris Eiffel Jumping. À l’écran, il a incarné Maurice Agnelet pour André Téchiné dans L’homme qu’on aimait trop, un tueur en série dans La prochaine fois je viserai le cœur de Cédric Anger, le médecin du dopage Michele Ferrari dans The Program de Stephen Frears et Émile Zola dans Cézanne et moi.

En 2017, il a braqué la caméra sur lui-même. Dans Rock’n Roll, Canet joue Guillaume Canet, un acteur d’une quarantaine d’années à qui une jeune partenaire de jeu annonce qu’il n’a rien de rock ’n’ roll. Il entreprend alors, avec des résultats désastreux, de refaire son image ; Cotillard y interprète une version d’elle-même. C’est sans doute son film le plus révélateur : une comédie sur la vanité signée par un homme qui savait parfaitement comment on le percevait. Deux ans plus tard, il a produit et interprété le rôle principal d’Au nom de la terre d’Édouard Bergeon, celui d’un agriculteur poussé au désespoir par les dettes, un choix qu’il a qualifié de militant. Le film a dépassé le million d’entrées en trois semaines, attirant surtout des spectateurs des campagnes plutôt que des grandes villes.

La chute gauloise

Le fil rouge de la carrière de Canet, c’est que ses paris les plus ambitieux n’ont pas toujours été ses choix les plus judicieux. Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu, qu’il a réalisé, coécrit et porté dans le rôle d’Astérix, avec Gilles Lellouche en Obélix, devait relancer la franchise avec une approche plus jeune et plus spectaculaire. C’était aussi le premier film en prises de vues réelles sans Gérard Depardieu. La pandémie a interrompu le tournage, la production a été déplacée de Chine en France, et le film est finalement sorti le 1er février 2023, avec un budget d’environ 72 millions de dollars. Les critiques ont été sévères et ses quelque 46 millions de dollars de recettes mondiales sont restés très loin du coût de production. Le scénario de Vidocq et de Blood Ties s’est répété : une grosse machine ambitieuse qui a laissé le public froid. La même année, il a parlé ouvertement de son addiction au cannabis, qui avait aggravé le trouble obsessionnel-compulsif avec lequel il vivait depuis l’enfance, une confidence rare chez une vedette française de son envergure.

On peut estimer que cette fascination pour les projets d’envergure a parfois masqué sa véritable force, qui réside dans les films intimistes centrés sur les personnages, ceux qui ont donné leur vitalité à Ne le dis à personne et Rock’n Roll. Sa filmographie de réalisateur oscille entre ces deux élans, et les résultats commerciaux n’ont pas toujours récompensé le plus coûteux.

Un second souffle à l’écran et en streaming

La suite ressemble au cavalier qui remonte en selle. Il a tenu le premier rôle dans Hors-saison de Stéphane Brizé, aux côtés d’Alba Rohrwacher, et joué dans le thriller écologique Acide de Just Philippot. En juin 2023, il a été nommé président du jury du Festival du cinéma américain de Deauville, dont il avait été membre du jury pour la première fois en 2000. Dans Le Déluge de Gianluca Jodice, présenté à Locarno en 2024, il a incarné Louis XVI pendant l’emprisonnement de la famille royale dans la tour du Temple, face à Mélanie Laurent dans le rôle de Marie-Antoinette. En mars 2024, il a annoncé qu’il ne participerait pas à la promotion de Belle de Benoît Jacquot, dans lequel il joue, compte tenu des accusations visant le réalisateur.

Le streaming lui a ensuite offert le plus vaste public de sa carrière. Thriller d’action réalisé par Rodolphe Lauga et coécrit par Canet, qui l’a aussi produit avec Jean Cottin au sein de Cabanes Productions, Ad Vitam a été mis en ligne sur Netflix le 10 janvier 2025. Il y joue Franck Lazareff, un ancien membre du GIGN dont la femme enceinte est enlevée. La critique s’est montrée dans l’ensemble peu convaincue, mais le film a dépassé les 50 millions de vues. En août 2026, Netflix a lancé la production d’une suite sous le titre de travail Ad Vitam Eternam, réalisée par Ludovic Colbeau-Justin, avec Sophie Marceau et Mathieu Amalric aux côtés de Canet et de Stéphane Caillard.

Karma et la fin d’une histoire à deux

Le 27 juin 2025, Canet et Marion Cotillard, en couple depuis 2007 et parents de deux enfants, ont annoncé leur séparation dans un communiqué commun transmis à l’Agence France-Presse. Ils ont expliqué avoir pris cette décision d’un commun accord après dix-huit ans de vie commune et avoir choisi de la rendre publique pour éviter les spéculations. Ils avaient alors déjà achevé leur neuvième collaboration. Écrit par Canet avec Simon Jacquet et tourné entre février et mai 2025 en Catalogne et dans le Sud-Ouest de la France, Karma met en scène Cotillard dans le rôle de Jeanne, une femme qui tente de reconstruire sa vie dans un village du nord de l’Espagne, où disparaît son filleul de six ans. Soupçonnée par la police, elle s’enfuit vers la communauté religieuse française où elle est née et qu’elle avait autrefois quittée. Avec Leonardo Sbaraglia, Denis Ménochet et Luis Zahera, le thriller psychologique a été présenté hors compétition au Festival de Cannes le 15 mai 2026. La critique a notamment salué la performance de Cotillard, et Pathé le sortira dans les salles françaises le 21 octobre 2026.

Masqué

Vient ensuite un rôle qui pourrait définir sa cinquantaine. Dans Fantômas de Frédéric Tellier, un film d’action sombre qui revisite le personnage dans le Paris de 1914 et que soutient SND, Canet incarne le maître du crime créé par Pierre Souvestre et Marcel Allain, tandis que Romain Duris joue l’inspecteur Juve. Le tournage a débuté à Paris en janvier 2026 ; les premières images dévoilent Canet derrière le masque et la sortie est prévue pour début 2027. Le personnage traîne une longue histoire, des serials muets de Louis Feuillade aux comédies des années 1960 avec Jean Marais et Louis de Funès. Les cinéastes ont annoncé vouloir lui rendre son pouvoir d’effrayer plutôt que de faire rire.

Canet vit à Paris. Il a été fait chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2009, puis chevalier de la Légion d’honneur en 2025. Trois décennies après la chute qui a mis fin à une carrière et en a lancé une autre, il travaille toujours comme un cavalier s’entraîne : Karma sort en octobre, la suite d’Ad Vitam est en tournage et Fantômas l’attend pour février. Les obstacles sont toujours plus hauts, et il continue de les choisir.

YouTube video

Films notables

Étiquettes: , , , , ,

À la une — Guillaume Canet

Voir tout →

Ajoutez-nous sur Google

Discussion

Il y a 0 commentaire.