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Mélanie Laurent, la réalisatrice que Tarantino a failli nous cacher

Penelope H. Fritz
Mélanie Laurent
Mélanie Laurent
Photo via The Movie Database (TMDB)
Naissance21 février 1983
Paris, France
ProfessionActrice, réalisatrice, chanteuse
Connu pourLe commando des bâtards, Insaisissables, Ennemi
Récompenses2 César · Prix Romy Schneider (2007) · Emmy · Austin Film Critics Association · Online Film Critics Society

Shosanna Dreyfus attend assise face à un officier nazi dans un café parisien, et fait ce qu’aucune héroïne de cinéma n’est censée faire : elle tient. Mélanie Laurent a donné à cette scène douze minutes et en a fait l’équivalent d’une heure, avec une fureur contenue que Quentin Tarantino avait identifiée avant que quiconque ne connaisse son nom. Inglourious Basterds a fait d’elle un visage reconnaissable dans chaque marché anglophone. Il lui a aussi offert une réputation qu’elle passe depuis quinze ans à dépasser discrètement.

Laurent a grandi dans une famille où la création n’était pas une vocation mais un décor : son père Pierre prêtant sa voix à Ned Flanders pour la version française des Simpsons, sa mère Annick enseignant le ballet à Paris. Elle avait seize ans sur un tournage quand Gérard Depardieu la repéra et lui proposa un rôle plutôt qu’un cours. Elle retint le conseil implicite : pas de conservatoire, apprendre par l’expérience. Des petits rôles dans le début des années 2000 mèneront à Ça va passer (2006), de Philippe Lioret, où elle jouait une adolescente sombre qui deuille un jumeau disparu. Le César du Meilleur Espoir Féminin arriva en même temps que le Prix Romy Schneider, signalant que le cinéma français avait trouvé quelqu’un qu’il entendait garder.

Tarantino avait d’autres projets. Inglourious Basterds (2009) fut son introduction à Hollywood, et Laurent y joua Shosanna avec une retenue que le reste du film refusait de partager. Les critiques américains et britanniques la découvrirent comme une révélation. La Austin Film Critics Association et l’Online Film Critics Society lui remirent leurs prix de la Meilleure Actrice — des distinctions qui traçaient la voie d’une carrière classique de star.

Elle n’a pas suivi cette voie. Tandis que le monde digérait encore Shosanna, Laurent tournait son premier court métrage. En 2011, elle avait déjà réalisé son premier long, Les Adoptés, et en 2014 Respire — un récit tendu et sec sur la violence particulière de l’amitié adolescente féminine — était présenté à la Semaine de la Critique de Cannes. Avec Cyril Dion, elle a coréalisé Demain (2015), le documentaire qui remporterait le César du Meilleur Documentaire : un plaidoyer méthodique pour les solutions écologiques qui existent déjà et n’attendent que d’être mises en œuvre.

Mélanie Laurent
Mélanie Laurent. Photo via The Movie Database (TMDB)

La version honnête de sa carrière, c’est que Laurent est depuis plus d’une décennie l’une des réalisatrices françaises les plus intéressantes, travaillant dans des genres qu’elle n’a aucune obligation de répéter : drame adolescent, noir américain (Galveston, 2018), thriller psychologique en costume, comédie d’action. Le bal des folles (2021), son adaptation du roman de Victoria Mas sur un asile psychiatrique du XIXe siècle, est allé directement sur Amazon Prime et a remporté l’Emmy International. Voleuses (2023), qu’elle a réalisé et dans lequel elle jouait aux côtés d’Adèle Exarchopoulos pour Netflix, a touché un public mondial que le circuit traditionnel ne garantit plus.

Les critiques ne l’ont pas toujours suivie. Voleuses a divisé : certains y ont trouvé une précision narrative insuffisante là où le style dominait. Laurent a accordé des entretiens dans lesquels elle suggère, sans le formuler explicitement, qu’elle fait les films qui l’intéressent quand ils l’intéressent — ce qui n’est pas une stratégie optimisée pour la crédibilité critique continue.

Ce qu’elle a fait, en revanche, c’est Libre (2024), un roman policier romantique autour du braqueur Bruno Sulak, sorti sur Amazon Prime en novembre 2024, et deux rôles d’actrice dans des films présentés à Cannes 2025 : The Wonderers et Qui brille au combat, ce dernier réalisé par Joséphine Japy — dont Laurent avait contribué à lancer la carrière en la dirigeant dans Respire dix ans auparavant.

Viendront ensuite un biopic de Rosa Bonheur — la peintre du XIXe siècle qui se déguisait en homme pour étudier les chevaux et devint l’artiste française la plus célébrée de son époque — et un thriller berlinois de 1938 (Kristallnacht, de Stefan Ruzowitzky) avec Clive Owen. L’actrice qui a rendu le cinéma de Tarantino humain est, au fond, la réalisatrice qui ne cesse de choisir des personnages qui regardaient dans la mauvaise direction.

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