Affaires et finances

La Chine croît de 4,5 % grâce aux puces pour l’IA, mais ses ménages dépensent à peine

Victor Maslow
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L’économie chinoise a progressé plus vite que prévu par les économistes au dernier trimestre, et les ménages chinois n’y sont pour presque rien. Le moteur se trouvait à l’étranger : dans les puces, les serveurs et les composants électroniques que la Chine expédie vers les centres de données construits pour l’intelligence artificielle. Dans le pays, les caisses des magasins n’ont presque pas bougé.

Ce déséquilibre a des conséquences bien au-delà de la Chine. Lorsqu’une économie de cette taille produit beaucoup plus qu’elle n’achète, son excédent doit bien aller quelque part : il se traduit par des produits électroniques, des voitures et des machines moins chers en Europe, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, et par une concurrence plus rude pour les usines de ces régions. Pour les travailleurs chinois, cela signifie que les revenus augmentent plus vite que les familles ne sont prêtes à dépenser, dans une économie qui compte désormais sur les budgets consacrés à l’IA par d’autres pays pour atteindre son objectif de croissance.

Les usines tournent à plein régime, les magasins piétinent

Le produit intérieur brut a progressé de 4,5 % sur un an, a annoncé le Bureau national des statistiques. C’est plus que les 4,4 % prévus par les économistes interrogés par Reuters et davantage que les 4,3 % du trimestre précédent, qui marquaient le rythme le plus lent depuis plus de trois ans. La production manufacturière de haute technologie a augmenté de 14,3 % au cours des neuf premiers mois de l’année. La production de robots industriels a bondi de 29,1 %, celle de batteries lithium-ion de 39,5 %.

Le commerce extérieur a fait l’essentiel du travail, notamment par les ports à conteneurs comme celui de Shanghai. Les données des douanes montrent que les exportations ont bondi de 36,3 % en valeur, exprimée en dollars, en septembre, alors que les prévisions tablaient sur environ 25,5 %. Les exportations de semi-conducteurs ont, elles, plus que doublé au cours des neuf premiers mois. L’excédent commercial sur la période a atteint quelque 938 milliards de dollars, se rapprochant du record de 1 190 milliards affiché par la Chine sur l’ensemble de l’année dernière.

Les chiffres intérieurs racontent une tout autre histoire. Les ventes au détail de biens de consommation n’ont progressé que de 1,1 % au cours des neuf premiers mois, tandis que le revenu disponible par habitant a augmenté de 5,3 %. Les investissements en actifs fixes ont reculé de 7,2 %, les investissements privés de 10,4 % et les dépenses consacrées au développement immobilier ont plongé de 20,6 %. Reuters a décrit une économie à deux vitesses, où les usines et les exportations masquent la faiblesse de la consommation et de l’investissement privé.

Ce que le chiffre de la croissance ne dit pas

« Le principal enseignement macroéconomique, c’est que l’économie chinoise reste tirée par l’offre et la production », a déclaré Yuhan Zhang, économiste en chef au China Center de The Conference Board. Selon elle, une consommation plus soutenue des ménages rendrait la reprise « plus équilibrée et plus durable ». Mao Shengyong, directeur adjoint du Bureau national des statistiques, a indiqué que Pékin allait intensifier ses efforts pour stimuler la demande intérieure, sans annoncer de nouvelles mesures. Le moteur des exportations dépend également d’un essor que la Chine ne maîtrise pas : si les dépenses consacrées aux centres de données à l’étranger ralentissent, les commandes de puces ralentiront elles aussi.

Les acheteurs étrangers ont, eux aussi, des raisons de suivre la situation de près. Les prix à la sortie des usines chinoises ont augmenté de 5,0 % en septembre, leur hausse la plus rapide depuis plus de quatre ans : les intrants bon marché qui permettaient à de nombreux fabricants européens et asiatiques de rester compétitifs deviennent donc plus coûteux. L’Europe cherche également à freiner les volumes. Bruxelles et Pékin se sont entendus au début du mois pour limiter les livraisons de voitures hybrides chinoises, et Nguyen Hoang Nam, de Capital Economics, a estimé qu’un excédent croissant avec l’Europe pourrait entraîner des restrictions plus larges. L’excédent de la Chine avec l’Union européenne a atteint 34,8 milliards de dollars pour le seul mois de septembre, et celui avec les États-Unis, 34,01 milliards de dollars, son niveau le plus élevé en 20 mois.

Les données ont été publiées le lundi 19 octobre. Avec une croissance de 4,6 % sur les neuf premiers mois, la Chine reste dans la fourchette visée par Pékin pour 2026, de 4,5 % à 5 %. Comme l’a relevé Reuters, cela réduit la pression sur les responsables politiques pour qu’ils déploient de nouvelles mesures de relance plus vigoureuses avant la fin de l’année. Le Bureau national des statistiques publiera les chiffres annuels complets en janvier.

L’objectif de croissance de la Chine est en bonne voie pour l’année, mais les puces qui la financent finissent dans les centres de données d’autres pays, et non dans ses propres magasins.

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