Affaires et finances

Athina Onassis quitte les affaires à 41 ans, et l’empire Onassis appartient désormais à ses administrateurs

Victor Maslow

Quand la dernière des Onassis quitte une salle de conseil, l’histoire ne se résume pas à l’agenda d’une femme. Elle raconte la longue migration d’un nom, d’une famille qui était une entreprise vers une entreprise qui n’a plus besoin de la famille. Athina Onassis a passé l’essentiel de sa vie à décliner le rôle que le monde lui avait écrit. Sa dernière décision le parachève en silence.

Les médias présentent son départ d’un conseil d’administration français comme le retrait un peu plus poussé d’une personne discrète, et cette lecture n’est pas fausse. Elle est simplement étroite. Le fait majeur est structurel : c’était le dernier endroit où une personne nommée Onassis siégeait encore à une table d’entreprise par une forme de droit de naissance, et elle s’en est levée.

Ce siège se trouvait au conseil de Groupe Casino, le groupe de distribution français qu’elle avait rejoint comme investisseuse et administratrice quelques années plus tôt. La société indique seulement qu’elle est partie pour raisons personnelles, sans rien ajouter. Athina elle-même dit peu de choses depuis des années ; l’une de ses rares déclarations publiques, tirée d’une vieille interview équestre, est que la vie mondaine n’a jamais été son truc.

Ce qui rend cette sortie plus importante qu’une simple modification de CV, c’est qui elle est. Elle est la seule descendante survivante d’Aristote Onassis, l’armateur dont la fortune fit d’elle, adolescente, l’une des jeunes personnes les plus riches du monde. Pourtant, la machine qui bâtit cette fortune a cessé depuis longtemps de répondre à la lignée.

À sa majorité, ses avocats ont tenté de l’installer à la tête de la fondation créée par son grand-père. Le conseil a refusé, arguant qu’elle manquait des attaches à la culture, à la langue et à la vie professionnelle grecques que le rôle exigeait ; elle avait grandi en France et en Belgique, pas à Athènes. Ce refus a tranché une question que l’institution, en vérité, avait déjà résolue. Le nom Onassis survivrait à la famille Onassis, et ce seraient des administrateurs, non des héritiers, qui le dirigeraient.

Cette machine tourne toujours. La branche commerciale qui détient les actifs d’Aristote possède et exploite la compagnie maritime qu’il a fondée au milieu du siècle dernier, une flotte de pétroliers qui traversent encore les océans sous le nom qu’il a bâti, et reverse une large part de ses bénéfices à la fondation culturelle qui abrite le centre d’art Onassis Stegi à Athènes. Athina a hérité d’une majorité de la fortune personnelle de son grand-père, réduite depuis par un divorce et les années. Elle n’a pas hérité de l’entreprise. Elle avait déjà vendu Skorpios, l’île où reposent trois générations de la famille.

La démission se lit donc mieux comme une réconciliation que comme un repli. Depuis deux décennies, la carte montre l’empire Onassis et la dernière héritière Onassis sur des terrains séparés : l’entreprise professionnalisée sous une direction salariée, l’héritière devenue cavalière de saut d’obstacles de haut niveau puis citoyenne privée à l’étranger. Le siège au conseil était le dernier fil les reliant encore, une faible indication que la famille pourrait un jour revenir dans le monde que son nom continue de diriger. Le supprimer met fin à l’ambiguïté. La dynastie est désormais, proprement, une institution.

Les pétroliers continueront de naviguer sous le nom Onassis, et le centre d’art continuera de remplir ses salles. La seule personne qui porte ce nom par la naissance continuera d’observer à distance, ce qui, de l’avis général, est exactement là où elle entend rester.

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