Cinéma

Toy Story 5 oppose Woody et Buzz à l’écran qui a remplacé le jeu

Liv Altman

Depuis trois décennies, les films Toy Story tournent autour d’un seul moteur, aussi simple que dévastateur : la peur d’être laissé de côté. Woody et la bande ont survécu au carton du grenier, à la prison de la garderie et à un passage de relais tout en douceur vers une nouvelle enfant, perdant toujours du terrain face au temps. Le cinquième film change d’adversaire. Cette fois, les jouets ne sont pas remplacés par d’autres jouets. Ils sont remplacés par un écran.

Le rival s’appelle Lilypad, une tablette en forme de grenouille qui débarque dans la chambre de Bonnie et se met à réorganiser son attention sans bruit. C’est la chose la plus aiguisée que la saga ait jamais faite de sa propre prémisse. Une franchise née du premier long métrage entièrement animé par ordinateur met en scène des objets animés qui perdent une enfant au profit d’un appareil lumineux : les jouets faits de code, dressés contre l’écran que ce même code alimente. La bande-annonce le joue presque comme une scène d’horreur, Woody et Jessie de dos, le regard levé vers la chose qui leur a pris leur enfant.

YouTube video

Toy Story 5

La distribution dit quel genre de menace le film veut faire de Lilypad. Greta Lee, qui vient du type de drame adulte et tenu qui ne s’aventure pas d’ordinaire dans une cabine de doublage Pixar, prête sa voix à la tablette. Le signal est délibéré. L’appareil n’est pas conçu comme un méchant de dessin animé qui ricane, mais comme quelque chose de calme, de raisonnable et de légèrement séduisant, la voix qui a toujours une chose de plus à vous montrer. Tom Hanks et Tim Allen reviennent en Woody et Buzz, leur duo portant désormais le poids d’une amitié que le public a vue vieillir, et la Jessie de Joan Cusack passe au premier rang du combat.

Andrew Stanton réalise, avec McKenna Harris à la coréalisation, et le choix est en soi un argument. Stanton est le cinéaste de Pixar qui a déjà signé le film de référence du studio sur les écrans qui avalent l’attention humaine : une ouverture presque muette sur une machine solitaire, suivie d’un vaisseau rempli de gens trop branchés pour se regarder. Lui confier un Toy Story sur une tablette n’a rien de subtil. Cela remet le sceptique des écrans le plus explicite de la franchise dans le fauteuil, sur le sujet exact qu’il a déjà tourné autour, après une longue absence de la réalisation d’animation. Il l’a passée dans la prise de vues réelles et la production, et son retour sonne moins comme un tour d’honneur que comme un scénariste qui revient clore un argument resté ouvert.

Ce qui rend le dispositif plus riche qu’un sermon jouets-bons-technologie-mauvaise, c’est que la saga a toujours compris l’obsolescence de l’intérieur. Buzz lui-même a débuté comme le gadget neuf qui rendait Woody dispensable. Les films savent que le nouveau venu rutilant n’est pas d’office l’ennemi ; parfois c’est juste la prochaine chose que l’enfant aime. La question que pose Lilypad est de savoir si un écran peut s’inscrire dans cette même logique comme l’a fait jadis un ranger de l’espace, ou s’il représente une perte d’une autre nature : une attention qui part là où les jouets ne peuvent pas suivre.

Il y a derrière tout cela une tradition plus longue. Les récits de jouets qui attendent d’être aimés vont du Lapin de velours à Pinocchio, et ils ont toujours reposé sur la terreur d’être mis de côté. Ce qu’a fait le premier Toy Story, c’est déplacer cette vieille angoisse dans l’âge des machines et la raconter dans le médium même qui était en train de supplanter l’animation dessinée à la main. Un cinquième chapitre qui désigne l’écran comme antagoniste, c’est en un sens la franchise qui interroge sa propre origine : les jouets nés d’une technologie de rupture, désormais dans le rôle de ceux qu’on disrupte.

Le risque est tout aussi net. Toy Story 3 a offert à la saga une fin aussi complète que l’animation américaine en a produit, et le quatrième volet jouait déjà comme un épilogue d’épilogue. Un cinquième film doit répondre au soupçon que l’histoire est maintenue en vie parce que la marque est trop précieuse pour être mise à la retraite. Il y a aussi quelque chose de commode à voir un blockbuster Disney, lui-même destiné à une appli de streaming sur une tablette, mettre les enfants en garde contre les tablettes. L’antagoniste à tête de grenouille de la bande-annonce paraît un peu gros, et le gros trait est le registre où cette franchise a déjà trébuché. Reste à savoir si Stanton parvient à faire de l’écran un véritable adversaire plutôt qu’une leçon.

Le casting vocal autour des têtes d’affiche est dense. Conan O’Brien, le Forky de Tony Hale, Craig Robinson et Ernie Hudson rejoignent les nouveaux habitants de la salle de jeux, tandis que le banc historique tient le monde d’avant : Annie Potts en Bo Peep, le Rex de Wallace Shawn, le Hamm de John Ratzenberger, la Trixie de Kristen Schaal et Keanu Reeves de retour en Duke Caboom. Taylor Swift signe une chanson originale, « I Knew It, I Knew You », pour la bande originale. Le film dure 102 minutes et est produit par Pixar Animation Studios pour Walt Disney Pictures.

Toy Story 5 sort dans les salles françaises le 17 juin, dans la même semaine que la plupart des marchés internationaux. Pour une saga qui a passé toute sa vie à mettre en scène ce qui arrive quand un enfant grandit et passe à autre chose, faire du rival l’appareil même qui opère ce passage est soit l’idée la plus aiguisée de la franchise depuis des années, soit le moment où elle finit par se répéter. La lignée lui accorde le bénéfice du doute. L’écran tranchera le reste.

Distribution

  • Scarlett Spears — Bonnie (voice)

Étiquettes: , , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.