Cinéma

Top Gun : Maverick, la suite spectaculaire qui réhabilite le grand écran

Joseph Kosinski (2022) filme de vrais avions et transforme un récit attendu en sommet du cinéma d'action physique.
Martha O'Hara
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Le film s’ouvre sur une désobéissance. À bord du Darkstar, l’avion hypersonique expérimental, Maverick a déjà atteint la vitesse qu’on lui demandait, et il ne peut pourtant pas s’empêcher de dépasser Mach 10. Le prototype est détruit. Il n’en faut pas plus pour cerner Pete Mitchell : plus de trente ans de service, un dossier d’insubordination qui lui a barré l’accès au grade d’amiral, aucune envie de changer. Top Gun : Maverick n’éprouve pas le besoin de le présenter davantage, puis tient ce qu’il promet, d’un souffle inégal.

Joseph Kosinski réalise cette suite de Top Gun (1986) sur un scénario signé Ehren Kruger, Eric Warren Singer et Christopher McQuarrie. Grâce à Tom « Iceman » Kazansky, son vieil ami et ancien rival, Maverick se retrouve affecté à l’école Top Gun de North Island, où il doit entraîner de jeunes diplômés en vue d’une mission précise : détruire une usine clandestine d’enrichissement d’uranium, enfouie dans un bunker au fond d’un canyon et protégée par des missiles sol-air, des brouilleurs GPS, des Su-57 et des F-14. Parmi les pilotes figure Bradley « Rooster » Bradshaw (Miles Teller), le fils de son meilleur ami, aujourd’hui disparu. Sur le papier, c’est une mission de jeu vidéo : entrer, bombarder, repartir. Le film ne prétend pas le contraire.

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C’est dans les airs que Maverick s’impose. Le tournage a été réalisé avec des caméras certifiées IMAX en 6K plein format, et les séquences de vol ont une lisibilité que le genre atteint rarement : on comprend où se trouve chaque appareil, où il va, combien de marge il lui reste. La tension naît d’un problème technique précis plutôt que du simple volume sonore. Le brouillage GPS écarte le F-35 ; Maverick échafaude donc un plan avec deux paires de F/A-18E/F Super Hornet armés de bombes guidées par laser, et l’attaque du canyon devient une affaire de géométrie et de nerfs.

Les acteurs passent après les machines, mais tiennent leur rang. Cruise reste le pilote charismatique et têtu que l’on connaît, le visage un peu plus usé. Teller donne de la consistance à Rooster, lié à Maverick par une histoire commune. Jennifer Connelly, dans le rôle de Penny Benjamin, offre au héros un contrepoint hors de la base, même si leur relation paraît plus dictée par le scénario que construite. Jon Hamm, en amiral Cyclone, et Charles Parnell, en Warlock, incarnent la dureté du commandement. Glen Powell, Monica Barbaro et Lewis Pullman, parmi les jeunes pilotes, disposent de moins d’espace qu’ils ne le mériteraient ; Ed Harris complète la distribution. Val Kilmer revient pour ce qui fut son dernier film, et cette seule circonstance donne à son apparition un poids que l’écriture n’aurait pas eu seule.

Le film a ses faiblesses. Le parcours de Maverick, rebelle forcé d’apprendre à guider les autres, se devine dès le premier entraînement, et la mise en scène semble parfois plus soucieuse de faire briller les avions que de donner du relief aux jeunes pilotes. L’écriture ne prend aucun risque.

La musique de Harold Faltermeyer et de Hans Zimmer reprend les thèmes de l’original avec un son plus ample, et Hold My Hand, de Lady Gaga, est le titre qui déborde le plus de la salle. Il fonctionne parce qu’il ne gêne jamais les scènes de vol.

Le chemin vers l’écran a été long. Paramount annonce une suite en 2010 et sollicite Cruise, le producteur Jerry Bruckheimer et le réalisateur Tony Scott. Peter Craig écrit un premier jet en 2012, mais le projet s’arrête net quand Scott meurt la même année ; le film lui sera dédié. Il redémarre en 2017 avec Kosinski aux commandes, et le tournage s’étend de mai 2018 à avril 2019, en Californie, dans l’État de Washington et dans le Maryland. La sortie, d’abord fixée au 12 juillet 2019, est repoussée par la complexité des scènes d’action, puis par la pandémie. Entre-temps, plusieurs plateformes tentent d’acheter les droits de diffusion en streaming. Cruise exige une sortie exclusivement en salles, et Paramount refuse toutes les offres.

Le film est présenté au CinemaCon le 28 avril 2022 et sort aux États-Unis le 27 mai. Il rapporte 1,5 milliard de dollars dans le monde, ce qui en fait le deuxième plus gros succès de 2022 et le plus gros de la carrière de Cruise. La presse l’accueille très bien, et plusieurs critiques le placent au-dessus du film de 1986. Il figure parmi les meilleurs films de l’année pour le National Board of Review et l’American Film Institute, et décroche six nominations à la 95e cérémonie des Oscars, dont celle du meilleur film. Il y remporte le prix du meilleur son.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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