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Jennifer Connelly : l’actrice vue par les Oscars avant d’être vue par Hollywood

Penelope H. Fritz
Jennifer Connelly
Jennifer Connelly
Photo via The Movie Database (TMDB)
Naissance12 décembre 1970
Round Top, New York, United States
ProfessionActrice
Connu pourTop Gun : Maverick, Retour à Brooklyn, Spider-Man : Homecoming
RécompensesOscar · Golden Globe · BAFTA

La question que la carrière de Jennifer Connelly pose depuis vingt ans n’est pas celle de ses capacités. Elle y a répondu en 2000 avec Requiem for a Dream, dans lequel Darren Aronofsky lui a imposé l’une des performances les plus physiquement et émotionnellement implacables du cinéma américain de l’époque. La vraie question est de savoir pourquoi Hollywood a attendu deux décennies supplémentaires pour lui offrir systématiquement des rôles à la hauteur de ce qu’elle avait déjà prouvé.

Née dans les monts Catskill et élevée à Brooklyn Heights, elle commence à travailler comme mannequin à dix ans auprès de l’agence Ford, et fait ses débuts au cinéma à douze ans dans Il était une fois en Amérique (1984) de Sergio Leone. La trajectoire semble tracée d’avance : belle jeune fille dans des films de genre. Labyrinthe (1986) de Jim Henson, où elle campe Sarah face à David Bowie, lui apporte sa première reconnaissance populaire, mais les films qui suivent la cantonnent au registre de la présence visuelle.

Le tournant s’opère discrètement. Dark City (1998) d’Alex Proyas est le premier film à placer sa qualité de présence intérieure au centre du récit plutôt qu’en périphérie. Puis vient Requiem for a Dream, où cette présence s’enfonce dans quelque chose de plus sombre : en Marion Silver, femme détruite par l’héroïne, Connelly délivre une performance que tous les grands prix du circuit reconnaissent, sauf les Oscars.

L’Oscar arrive avec le film suivant. Dans A Beautiful Mind (Un homme d’exception, 2001) de Ron Howard, elle incarne Alicia Nash, épouse du mathématicien et prix Nobel John Nash joué par Russell Crowe. Howard avait besoin d’une actrice capable de porter des décennies de vie conjugale à l’écran — la joie, la peur, l’épuisement particulier d’aimer un génie en perdition — sans jamais en faire une démonstration. Connelly rafle tout : Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle lors de la 74e cérémonie, Golden Globe, BAFTA. Elle a trente et un ans.

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Jennifer Connelly
Jennifer Connelly lors de la 74e cérémonie des Oscars, 2002. Photo : Robert Hepler / Depositphotos.

Ce qui suit est la partie la plus difficile à raconter. La maison de sable et de brouillard (2003) avec Ben Kingsley lui offre un matériau aussi sérieux que n’importe quoi qu’elle ait fait. Blood Diamond (2006) avec Leonardo DiCaprio prouve qu’elle peut tenir son rang dans une grande production de studio. Mais la décennie qui suit Un homme d’exception est aussi parsemée de films qui ne savent quoi faire d’une lauréate de l’Académie si ce n’est l’engager. Connelly évite le dispositif médiatique de la célébrité avec une cohérence peu commune : peu d’interviews, une présence promotionnelle minimale, absente du circuit mondain que d’autres actrices de son profil arpentent constamment.

Il faut noter que le problème structurel de sa biographie n’est pas l’Oscar — c’est la tendance persistante du système à traiter sa beauté et son talent comme des atouts concurrents plutôt que comme une seule et même chose. Elle est d’abord choisie pour son visage dans des films destinés aux adolescents, puis célébrée comme actrice capable d’un travail intérieur d’une rare profondeur, et Hollywood ne résout jamais vraiment cette contradiction. Top Gun: Maverick (2022) est le film le plus lucratif de sa carrière, avec plus de 718 millions de dollars de recettes mondiales. Son rôle de Penny Benjamin n’est pas le plus exigeant qu’elle ait jamais tenu. Mais il l’a réintroduite auprès d’une génération qui ne la connaissait que de nom.

Ce que la télévision lui a apporté est plus précis. Dark Matter, l’adaptation par Apple TV+ du roman de Blake Crouch, lui offre le type de rôle sérialisé que le cinéma a presque cessé de proposer aux actrices de plus de cinquante ans. En Daniela, elle n’est pas le soutien d’un homme brillant — elle est le centre émotionnel et moral autour duquel les éléments les plus spectaculaires de l’intrigue doivent faire sens. La deuxième saison arrive sur Apple TV+ le 28 août 2026, avec un épisode hebdomadaire jusqu’en octobre. Parallèlement, elle est en négociations pour co-vedetter Safe Houses, un thriller d’espionnage en huit épisodes aux côtés d’Ana de Armas, adapté du roman de Dan Fesperman et se déroulant à Madrid.

Elle et l’acteur Paul Bettany — ils se rencontrent sur le tournage d’Un homme d’exception et se marient le 1er janvier 2003 — mènent une vie familiale inhabituellement discrète pour des personnes de leur notoriété. Trois enfants : Kai, son fils d’une précédente relation avec le photographe David Dugan ; puis Stellan et Agnes, ses enfants avec Bettany. Louis Vuitton, dont elle est l’égérie des campagnes féminines depuis 2014, fidèle à Nicolas Ghesquière depuis ses débuts, est le seul lien qu’elle entretient avec la visibilité publique organisée.

Ce que révèle le moment présent n’est pas un retour — elle n’est jamais vraiment partie — mais un règlement de comptes. L’actrice qui a passé deux décennies à naviguer dans l’idée que Hollywood se faisait d’elle a trouvé, à l’ère du streaming, les conditions qui correspondent à ce qu’elle est réellement : précise, retenue, capable de rendre inévitable l’expérience d’une femme enfermée dans une situation impossible. À cinquante-cinq ans, elle figure simultanément dans deux productions Apple TV+. Les Oscars l’avaient vue juste en 2002. Tout le reste a mis plus de temps.

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