Cinéma

Strays : une tendre histoire de chiens sur l’abandon et la découverte de soi

Molly Se-kyung
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Lorsque Reggie, doublé par Will Ferrell, se retrouve seul dans les rues crasseuses de la ville, sa laisse pendant inutilement à son collier, Strays touche d’emblée, avec une étonnante justesse, à son cœur émotionnel. Réalisée par Josh Greenbaum, cette comédie d’aventure mêlant prises de vues réelles et animation n’est pas une énième escapade avec des animaux qui parlent : elle détourne avec malice le cliché du « meilleur ami de l’homme » pour explorer, à travers le regard de nos compagnons canins, l’abandon, l’estime de soi et les relations toxiques. Porté par les voix de Will Ferrell, Jamie Foxx, Isla Fisher et Randall Park, Strays entend proposer davantage qu’une simple partie de rigolade : le film se veut aussi un voyage.

Le point de départ du film paraît d’une simplicité trompeuse : Reggie, chien de compagnie naïf et affectueux, est abandonné par son minable propriétaire, Doug (Will Forte). Après avoir sympathisé avec Bug (Jamie Foxx), un chien errant à la langue bien pendue, grossier et épris de liberté, Reggie commence à voir Doug — et toute sa vie d’avant — tels qu’ils sont vraiment. L’idée de départ fonctionne bien, et Greenbaum exploite le décalage entre Reggie et Bug, tirant parti de leurs visions du monde opposées pour faire naître l’humour. Dans le rôle de Reggie, Ferrell est le cœur du film : sa voix passe de l’émerveillement enfantin à une détermination endurcie pour exprimer le désarroi initial du personnage, puis son émancipation. Foxx, quant à lui, donne à Bug un charme rugueux qui en fait à la fois un mentor et une force de la nature imprévisible.

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C’est dans l’animation des chiens que Strays donne véritablement le meilleur de lui-même. Les personnages sont expressifs et soignés dans les moindres détails, du pelage hirsute de Bug à la lueur pleine d’espoir dans les yeux de Reggie. Les rues de la ville composent un décor vivant, où se côtoient dangers — comme Rolf, doublé par Rob Riggle — et belles rencontres, à l’image de Maggie, doublée par Isla Fisher. Les seconds rôles étoffent cet univers : Hunter, auquel prête sa voix Randall Park, fait figure de boussole morale, tandis que Willy, interprété par Brett Gelman, apporte une touche de menace. Les scènes en prises de vues réelles, même si la transition avec l’animation n’est pas toujours parfaitement fluide, contribuent à ancrer le film dans le réel.

Strays n’est toutefois pas exempt de faux pas. Certaines blagues versent dans l’excès et s’éternisent, surtout dans le deuxième acte. Les gags visuels, souvent drôles, peuvent parfois sembler gratuits plutôt que servir le récit. Ainsi, le film mise beaucoup sur les fonctions corporelles — excréments, urine et gore —, ce qui peut amuser, mais donne aussi l’impression de chercher le rire à bon compte, sans approfondir les personnages ni l’intrigue.

Les interprétations sont dans l’ensemble convaincantes, Ferrell et Foxx menant la danse. Fisher et Park livrent eux aussi de solides prestations dans des rôles secondaires, mais certains personnages humains, comme Doug, manquent de relief et tiennent davantage de la caricature que de personnages pleinement incarnés. Doug, sous les traits de Forte, relève de la comédie à grands traits, sans la nuance nécessaire pour apparaître comme une personne réelle plutôt que comme un simple ressort comique.

Côté originalité, Strays renouvelle le récit classique de la vie de chien en adoptant le point de vue des animaux et en s’intéressant à leurs relations. Le film aborde la liberté, l’estime de soi et les relations de dépendance toxiques d’une manière qui paraît à la fois actuelle et universelle. Il ne révolutionne toutefois pas toujours les codes du récit ni les thèmes qu’il explore.

Sur le plan du genre, Strays trouve un équilibre réussi entre comédie et aventure. L’humour et les moments plus touchants s’y répondent harmonieusement, pour un film agréable à regarder aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Les passages d’aventure — notamment le périple de Reggie et Bug à travers la ville — sont bien menés, et la structure, limpide, fait avancer l’histoire sans temps mort.

Strays touchera surtout les spectateurs qui aiment les comédies pleines de cœur, relevées d’une pointe d’irrévérence. Le film ne bouleverse pas le cinéma, mais son charme, son esprit et sa profondeur émotionnelle suffisent à en faire un divertissement qui mérite le détour.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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