Cinéma

Simulant : une histoire d’amour entre androïdes, d’un réalisme glaçant

Martin Cid
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Le premier plan de Simulant s’attarde sur les yeux étrangement vivants de Robbie Amell. Ce gros plan soulève aussitôt une question : comment distinguer un simulant d’un être humain ? Réalisé par April Mullen, ce thriller de science-fiction met en scène Amell dans le rôle d’Evan, un androïde conçu pour remplacer le mari de Faye, incarnée par Jordana Brewster, récemment décédé. Le point de départ est familier — une veuve en deuil, une réplique synthétique et le dilemme éthique que posent l’amour et la conscience —, mais le film de Mullen se démarque par son élégance visuelle et sa durée resserrée, qui lui évite de trop expliquer l’univers qu’il met en place.

La grande réussite de Simulant, c’est son atmosphère. La direction artistique, en particulier dans l’appartement épuré mais impersonnel de Faye, souligne la distance émotionnelle qui la sépare de SIM Evan. La lumière projette souvent de longues ombres ou baigne les scènes de teintes bleutées et froides, accentuant le sentiment d’isolement, même lorsque les personnages sont physiquement proches. Amell compose un personnage à la frontière de l’imitation et de l’originalité, sans jamais forcer les manières de l’androïde. Lorsqu’il fixe Faye avec une intensité légèrement décalée, le malaise vient précisément du fait qu’il n’a rien d’ouvertement robotique.

Le rythme du film joue également en sa faveur. Contrairement à nombre de thrillers de science-fiction qui s’enlisent dans les explications, Simulant fait confiance au public, à qui il revient de comprendre les règles de cet univers à travers l’action et les dialogues. Les scènes de poursuite, notamment celle qui se déroule dans une station de métro éclairée au néon, sont nerveuses et viscérales. L’agent gouvernemental Kessler, interprété par Sam Worthington, fait un antagoniste convaincant. Worthington apporte au rôle une intensité bourrue qui empêche Kessler de n’être qu’un exécutant sans visage. La traque de SIM Evan donne un sentiment d’urgence au récit et ancre ses interrogations existentielles dans des enjeux bien concrets.

Malgré ses qualités, Simulant trébuche dès qu’il cherche à approfondir ses thèmes. Le deuil de Faye manque de consistance et sa relation avec SIM Evan ne convainc jamais tout à fait. Brewster livre une interprétation tout en retenue, mais le scénario ne lui laisse pas assez de latitude pour explorer les nuances du chagrin ou le dilemme éthique que représente le remplacement d’un être cher. Son personnage reste à distance, ce qui rend difficile toute implication dans son parcours émotionnel.

Casey, le simulant en fuite incarné par Simu Liu, apporte quant à lui une dimension intéressante à l’intrigue. Liu donne au personnage du charisme et de la vulnérabilité, faisant de Casey une figure marquante qui bouscule la vision binaire des simulants proposée par le film, tour à tour considérés comme des menaces ou des outils. Son histoire semble toutefois plaquée sur le récit plutôt que véritablement intégrée à son fil principal. L’intrigue secondaire consacrée aux simulants conscients qui résistent au contrôle est déjà familière et fait écho à des thèmes explorés dans des films comme Blade Runner et I, Robot. Sans plagier ouvertement ces œuvres, Simulant ne parvient pas à apporter un point de vue neuf.

Le principal faux pas du film tient à sa dépendance aux conventions du genre. L’idée de simulants conscients qui deviennent une menace a déjà été exploitée dans d’innombrables films, et Simulant ne renouvelle pas le sujet. Visuellement saisissant, le climax privilégie l’action au détriment de l’introspection et laisse sans réponse les questions philosophiques qu’il soulève.

Les seconds rôles, parmi lesquels Alicia Sanz dans celui d’Esmé, Masa Lizdek dans celui de Lisa, Christine L. Nguyen dans celui de Ying Hong et Emmanuel Kabongo dans celui de Joshua, contribuent à donner de l’épaisseur à l’univers de Simulant. Leurs interprétations, discrètes mais efficaces, ancrent les éléments spéculatifs du film dans une certaine impression de réalisme. Leurs rôles restent toutefois souvent sous-exploités, et nombre de leurs personnages servent davantage les besoins de l’intrigue qu’ils ne s’imposent comme des individus pleinement construits.

Les comparaisons avec d’autres films du genre sont inévitables. Simulant emprunte beaucoup à Blade Runner, Surrogates et I, Robot, sans retrouver la profondeur des personnages ni la complexité thématique qui ont fait la singularité de ces œuvres. La réalisation de Mullen est maîtrisée, mais ne dépasse jamais les sentiers connus. Quant à l’esthétique du film, aussi soignée soit-elle, elle n’a rien de révolutionnaire.

Les dialogues comptent parmi les meilleurs atouts de Simulant. Là où beaucoup de films de science-fiction s’appuient sur des explications lourdes et appuyées, Simulant fait confiance au public, qui peut tirer lui-même le sens des échanges entre les personnages. Les conversations entre SIM Evan et Faye sont particulièrement réussies : elles révèlent la tension croissante entre leur relation et le caractère artificiel de son existence.

Le rythme s’essouffle toutefois dans le deuxième acte. L’arrivée de l’intrigue de Casey brise l’élan créé par le conflit initial entre Faye et SIM Evan. Le passage d’un drame centré sur les personnages à un thriller riche en action paraît abrupt, et le dénouement des différentes intrigues laisse insatisfait. La fin, malgré son impact visuel, laisse trop de questions en suspens.

Au final, Simulant est un film bien fabriqué, mais qui rejoint la longue liste des thrillers de science-fiction vite oubliés. Il soigne la forme et le rythme, mais peine à donner de la substance à son propos. Les interprétations sont solides, notamment celle, nuancée, d’Amell en SIM Evan, mais le scénario ne leur offre pas assez d’espace pour véritablement briller.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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