Cinéma

Assassin : un thriller de possession déroutant mais captivant

Martin Cid
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La première fois que l’on voit Valmora (Bruce Willis) prendre le contrôle du corps d’un autre dans Assassin, c’est comme assister à un bug de la matrice – une hésitation numérique, un flottement entre l’esprit et la chair. Le réalisateur Jesse Atlas exploite ce moment pour ancrer le concept central du film : une organisation militaire privée a développé des puces permettant aux agents d’occuper temporairement le corps d’autrui pour des missions secrètes. L’effet est déstabilisant, mais aussi intrigant, promettant une nouvelle approche du genre de la possession corporelle.

Assassin explore avant tout le deuil et la vengeance. Lorsque Valmora est tué lors d’une opération clandestine, sa femme Alexa (Nomzamo Mbatha) prend sa place, déterminée à abattre l’homme responsable. Le cœur émotionnel du film repose sur la performance de Mbatha, qui donne une profondeur nécessaire au récit par ailleurs chaotique. Elle incarne avec intensité ce personnage en quête de vengeance, particulièrement dans les scènes où son héroïne lutte contre la désorientation liée à l’occupation d’un corps étranger. On retient notamment une séquence dans un marché bondé où la vision empruntée d’Alexa se trouble et déforme, son nouveau corps réagissant de manière imprévisible aux stimuli – Atlas filme cette scène en caméra tremblante et gros plans serrés, accentuant le sentiment de dépersonnalisation.

Les seconds rôles enrichissent la trame science-fictionnelle par ailleurs mécanique. Mustafa Shakir se distingue dans le rôle de Sebastian, un scientifique tiraillé entre sa loyauté envers son employeur et sa sympathie pour la mission d’Alexa. Son conflit moral discret offre quelques-uns des moments les plus percutants du film, notamment lorsqu’il s’interroge sur l’éthique de la technologie qu’ils ont créée.

Néanmoins, Assassin trébuche en voulant tout faire à la fois. Les scènes d’action, bien que techniquement correctes, manquent de l’audace visuelle nécessaire pour se démarquer des autres thrillers science-fictionnels. La réalisation d’Atlas est efficace mais sans originalité, s’appuyant sur des procédés éculés comme la caméra tremblante et les coupures rapides pour créer du suspense. Le sous-plot romantique entre Mbatha et Shakir semble ajouté à la dernière minute, perturbant le flux narratif par ailleurs bien rythmé.

Le plus gros défaut du film réside dans son rythme. Atlas consacre tant de temps à l’exposition technologique et à la construction de l’univers que l’intrigue d’assassinat proprement dite en pâtit. Lorsque le climax arrive, la quête de vengeance d’Alexa semble expédiée et mal développée. La confrontation finale manque de la charge émotionnelle qu’elle devrait porter, laissant le spectateur sur une impression de potentiel inachevé.

Cela dit, Assassin n’est pas dénué de qualités. Atlas excelle dans la création d’une tension immersive, particulièrement lors des séquences où Alexa navigue dans des corps inconnus. La performance de Mbatha sauve le film, apportant une honnêteté émotionnelle brute qui élève la matière. Les seconds rôles, notamment Shakir et Dominic Purcell dans le rôle énigmatique d’Adrien, ajoutent des couches de complexité à un récit par ailleurs linéaire.

Les thèmes abordés – deuil, identité et dilemmes éthiques des technologies avancées – sont d’actualité et stimulants. Assassin pose des questions difficiles sur la nature de l’identité personnelle et les implications morales du transfert corporel, même s’il ne fournit pas toujours des réponses satisfaisantes. Les dialogues atteignent leur apogée lorsqu’ils explorent ces questionnements philosophiques, laissant entrevoir un film plus introspectif sous la surface.

Comparé à d’autres thrillers science-fictionnels récents comme The Killer, Assassin semble moins abouti mais tout aussi ambitieux. Là où le film de Fincher brille par son esthétique minimaliste et son rythme implacable, la réalisation d’Atlas est plus directe, s’appuyant sur des codes familiers pour créer du suspense. Les scènes d’action, bien que correctement exécutées, manquent du panache visuel de l’œuvre de Fincher, faisant d’Assassin une occasion manquée.

Le public cible est clairement les amateurs de thrillers d’action teintés de science-fiction. Les spectateurs appréciant les récits de possession corporelle et les dilemmes éthiques trouveront beaucoup à aimer dans Assassin, même si l’exécution laisse parfois à désirer. En revanche, ceux qui recherchent des images révolutionnaires ou une narration innovante pourraient être déçus.

En définitive, Assassin est un film d’instants plutôt qu’une œuvre cohérente. Il brille dans ses scènes plus calmes, où la performance de Mbatha et le conflit moral de Shakir prennent le devant de la scène. Les séquences d’action sont correctes mais sans originalité, et les problèmes de rythme laissent l’émotion centrale paraître précipitée.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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