Cinéma

My name is Vendetta : un thriller de vengeance sans surprise, porté par son duo père-fille

Le polar italien de Cosimo Gomez (2022), avec Alessandro Gassmann et Ginevra Francesconi.
Martha O'Hara
Ajoutez-nous sur Google

La prémisse de My name is Vendetta tient en une phrase, et on la connaît avant même que le film commence : d’anciens ennemis tuent la famille d’un ancien exécuteur de la mafia, qui s’enfuit à Milan avec sa fille pour se cacher et préparer sa revanche. Santo (Alessandro Gassmann) et Sofia (Ginevra Francesconi) n’ont plus que cela, une cavale et une promesse de sang.

Cosimo Gomez raconte cette histoire sans détour. Le rythme est soutenu, les temps morts sont rares et les scènes d’action s’enchaînent avec efficacité. Giorgio Giampà et Marta Lucchesini signent une musique qui épouse la tension sans prendre le devant de la scène. Elle reste au second plan, et le film n’en demande pas davantage.

YouTube video

Ce qui fonctionne le mieux, c’est le lien entre le père et la fille. Sofia est d’abord une adolescente discrète, partagée entre ses matchs de hockey et ses leçons de conduite hors route. On lui a toujours caché la vérité, et la fuite l’oblige à regarder son père autrement : elle découvre peu à peu son passé dans la ‘Ndrangheta. Le thriller devient par moments un récit d’apprentissage, ce que souligne aussi la critique de Decider, qui trouve intrigante la Sofia de la nouvelle venue Ginevra Francesconi. Les meilleures scènes sont celles où la jeune fille comprend qu’elle ne connaît pas vraiment l’homme qui l’accompagne, et qu’il lui faudra choisir entre le suivre et lui tenir tête. Francesconi y est juste. On aurait aimé que le scénario lui donne ailleurs autant de matière.

Gassmann dispose de moins de marge. Santo est un homme marqué par le deuil, dur et silencieux, auquel l’acteur prête une vraie présence physique, mais le personnage avance sur un rail dont on devine le tracé après quelques minutes. Quiconque a déjà vu un film de vengeance sait où il va. Un spectateur d’IMDb parle d’un sujet vu dix millions de fois, mais qui plaira aux amateurs d’action. Difficile de le contredire, avec une réserve : le film ne prétend pas être autre chose.

La violence est frontale, sanglante, jamais atténuée. Des spectateurs d’IMDb préviennent d’ailleurs que ce n’est pas un film pour les âmes sensibles. Cela convient à une histoire où les liens du sang pèsent plus que tout le reste. Le risque, c’est l’usure : quand chaque scène monte le volume, l’acte de violence isolé perd son poids, et les moments plus calmes entre le père et la fille paraissent presque fragiles en comparaison. Une pause de plus n’aurait pas nui.

La fuite mène à Milan, où les deux personnages se cachent en préparant leur riposte. Cette parenthèse place le père et la fille face à face, sans personne d’autre à qui parler, et c’est là que le film laisse le plus de place aux silences. Ces moments d’attente comptent parmi les plus justes du récit.

Autour des deux fugitifs, le camp adverse est bien garni. Remo Girone joue Angelo Lo Bianco, Alessio Praticò Michele Lo Bianco, Francesco Villano Rudi Crisarà, et la distribution compte aussi Gabriele Falsetta, Marcello Mazzarella et Mauro Lamanna. Ces personnages servent pourtant surtout d’obstacle à Santo et à Sofia, et ils ont peu d’existence propre. Girone donne malgré tout au conflit une gravité que le scénario ne lui accorde pas à lui seul. On aurait aimé passer plus de temps du côté des ennemis, comprendre ce qui les lie à Santo au-delà d’une dette de sang que le film se contente d’énoncer.

Sofia, elle, hérite d’un passé qu’elle n’a pas choisi. Elle ignorait tout de ce que Santo avait été, et la voilà qui en subit les conséquences à ses côtés, entraînée dans une vengeance dont personne ne lui a demandé l’avis. L’idée est bonne, et le film la pose clairement. Il ne la creuse pas assez. Le récit d’apprentissage reste en surface : Sofia sert plus la vengeance de Santo qu’elle ne devient un personnage dont on suivrait vraiment l’évolution, et l’alliance avec le thriller criminel demeure à moitié développée.

L’accueil en ligne est partagé, sans hostilité. Sur Rotten Tomatoes, un spectateur s’étonne que le film n’ait pas une meilleure note : il n’est pas étiré, écrit-il, et ne lasse jamais. Sur ce point, il a raison. Gomez va droit au but et ne garde que ce dont son histoire a besoin, ce qui n’est pas si courant dans un genre qui aime s’étirer.

Le producteur Iginio Straffi a indiqué en 2023 qu’il préparait une suite. Reste à voir si Sofia y aura plus à faire que dans ce premier volet.

My name is Vendetta est un thriller de vengeance sans grande surprise, mais direct et mené tambour battant. Il vaut surtout par sa jeune héroïne et par ce duo père-fille qui méritait un scénario plus généreux. Les habitués du genre n’y verront rien de neuf ; ceux qui veulent une soirée d’action violente, sans détour, n’y seront pas dépaysés.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

Étiquettes: , , , , ,

Ajoutez-nous sur Google

Discussion

Il y a 0 commentaire.