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Little Brother: le réalisateur d’Ingrid Goes West lâche Eric André dans la vie réglée de John Cena sur Netflix

Liv Altman

Rudd a passé des années à chasser le désordre de son existence. Il vend des maisons, ce qui revient à faire en sorte que les pièces aient l’air inhabitées: cuisines de magazine, coussins au cordeau, une coupe de citrons que personne ne touchera. Chez lui, même principe, avec une épouse qui connaît la chorégraphie et un agenda sans le moindre interstice. Puis la sonnette retentit, et le garçon auquel il avait été jadis associé dans un programme de parrainage se tient sur le perron, devenu adulte, fauché, incapable de tenir en place.

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Ce garçon, c’est Marcus, et la distribution énonce toute la mécanique du film avant le premier mot. John Cena joue Rudd comme un homme qui retient son souffle; Eric André incarne Marcus comme l’expiration que personne n’a réclamée. C’est le plus vieux moteur de la comédie — enchaîner un maniaque du contrôle à une force de la nature et regarder le contrôle céder — mais la nuance est plus tranchante que ne le laissent croire les chutes. Les deux ne sont pas frères de sang. Ils ont été appariés, des années plus tôt, par un programme de type «grand frère»: une institution a décidé qu’un adulte stable et un enfant en manque se devaient l’un à l’autre.

Ce détail travaille en silence sous le burlesque. Un frère de sang, on peut le renier; un colocataire, on peut l’expulser; mais celui qu’on s’est proposé d’encadrer quand il était enfant constitue une dette munie de papiers et d’une histoire. Le retour de Marcus tombe sur Rudd moins comme une gêne que comme un verdict sur la vie qu’il a bâtie précisément pour tenir ce genre de pagaille à distance. La blague n’est pas que Marcus soit chaotique, mais l’ampleur de l’architecture qu’il a fallu à Rudd pour feindre de ne pas l’être.

Cena est la raison pour laquelle l’inversion fonctionne. Sur sa période récente — Peacemaker, Ricky Stanicky — il a perfectionné un tour précis: faire de l’homme le plus imposant du cadre le plus anxieux de la pièce. À côté du frêle et fébrile André, le pouvoir circule dans le mauvais sens, et c’est voulu. André, dans le registre d’anti-comédie qu’il a affûté des années durant dans sa propre émission, est l’un des rares à rendre la panique de Cena parfaitement raisonnable.

La filiation saute aux yeux pour qui a vu assez de cinéma. Un ticket pour deux attachait un publicitaire guindé à un représentant impossible; American Trip enfermait deux grands enfants sous le même toit; Le Complexe du castor, ou plutôt What About Bob?, envoyait un dépendant inarrêtable coloniser le calme d’un professionnel jusqu’à le faire craquer. Little Brother hérite de toute cette tradition et lui retire la seule chose sur laquelle ces films s’appuyaient — le sang, le mariage, le bail — pour la remplacer par un lien institutionnel.

Derrière la caméra, le pedigree complique la lecture grand public. Matt Spicer a réalisé Ingrid Goes West, l’une des comédies du malaise les plus acérées de la dernière décennie, et le malaise n’est pas le même instrument que la pantalonnade. La question que laisse la bande-annonce est de savoir si le film conserve le tranchant de Spicer ou s’il l’émousse pour le public familial. Les scénaristes Jarrad Paul et Andrew Mogel creusent un sillon comparable; le producteur Ruben Fleischer, de Zombieland, apporte l’échelle.

"A man stands beside a hospital bed looking surprised while another person lies in bed with medical headgear, in a hospital room setting with numbered beds and medical equipment visible."
Little Brother. (L to R) John Cena as Rudd, Eric Andre as Marcus in Little Brother. Cr. Clifton Prescod/Netflix © 2026

Autour des têtes d’affiche, la distribution regorge d’acteurs capables d’emporter une scène: Michelle Monaghan en Deirdre, l’épouse coincée entre son mari et l’étranger qu’il lui doit; Christopher Meloni et Ego Nwodim pour le lest; Sherry Cola et Caleb Hearon dans les marges. C’est le banc que Netflix réunit quand il veut qu’une comédie voyage.

Little Brother arrive sur Netflix le 26 juin, un long métrage en anglais tourné dans le New Jersey sous le titre provisoire Untitled Roommates Project. Cena a avoué peiner à garder son sérieux face à André, ce qui est un avertissement ou une recommandation, selon le plaisir que l’on prend à voir l’homme le plus maîtrisé de la pièce finir par lâcher prise.

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