Cinéma

Hypnotique: Rodriguez fait mentir la caméra jusqu’au dernier plan

Martha O'Hara

La première image à laquelle Robert Rodriguez s’engage dans Hypnotique n’est ni une poursuite ni une explosion. C’est un homme debout devant un guichet de banque, recevant une instruction à travers une vitre, son visage se réorganisant en quelque chose qui n’est plus tout à fait le sien. Le corps est immobile. Les yeux sont ailleurs. Ce plan — portrait d’une personne temporairement absente d’elle-même — est la thèse du film, et Rodriguez y revient sous différentes formes pendant quatre-vingt-treize minutes.

Hypnotique suit Danny Rourke (Ben Affleck), un détective qui n’est pas encore sorti de la disparition de sa fille Minnie, et qui enquête sur une série de braquages impossibles. Les témoins décrivent avoir vu des choses qui n’existaient pas ; les auteurs semblent traverser la perception des gens comme des rideaux. Derrière ces crimes, Lev Dellrayne (William Fichtner), qui n’est pas un criminel ordinaire mais un opérateur d’un programme gouvernemental classifié — Domino — capable de réécrire en temps réel ce qu’une personne voit, entend et croit.

La forme choisie par Rodriguez pour rendre visible l’invisible est celle qui intéresse le plus. Les séquences où les hypnotiques altèrent la perception de leurs cibles ne recourent pas aux effets numériques habituels du genre, mais à une désorientation plus éditoriale : angles légèrement faux, raccords qui substituent ce que regardait le personnage par ce qu’il croit maintenant voir. Une station-service se remplit de voitures fantômes. La façade d’un immeuble change au milieu d’une conversation. La technique est autant montage que photographie — et c’est un choix plus intéressant que le spectacle pur.

Ben Affleck construit ici une performance fondée sur la retenue plutôt que sur la révélation. Alors que la réalité autour de Rourke se déforme, Affleck maintient un ancrage physique qui permet au spectateur de garder ses repères précisément au moment où Rodriguez les lui retire. Alice Braga, dans le rôle de Diana Cruz — dont le passé est lié au programme Domino —, offre l’interprétation la plus nuancée du casting, navigant entre alliée et énigme avec une précision que le film mérite à peine.

Là où Hypnotique perd pied, c’est dans son dernier acte. La nécessité de dénouer ses propres mécanismes supplante l’intelligence visuelle des deux premiers tiers : la caméra, qui portait jusqu’alors le récit par l’image et l’angle, se soumet au dialogue explicatif. Pour un film dont l’argument central est que la perception est malléable et que l’image ment, ce repli vers l’exposition verbale ressemble à une contradiction structurelle.

Cette concession ne défait pas ce que Hypnotique réussit dans ses meilleurs passages : démontrer qu’un thriller peut utiliser la grammaire de la perception elle-même comme dispositif dramatique, et que la question de ce que le cadre montre vraiment peut être aussi tendue qu’une course-poursuite. Le film n’est pas Hitchcock — il ne prétend pas l’être. Il est quelque chose de plus modeste et de plus honnête : un exercice de genre qui fait de ses contraintes des ressources, et qui traite l’image comme la première preuve du crime.

Réalisation

Robert Rodriguez
Photo via The Movie Database (TMDB)

Robert Rodriguez

Photos : The Movie Database (TMDB)

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

  • Hala Finley — Minnie (10 yo)

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