Cinéma

L’Abysse : un film catastrophe noyé dans le drame familial

Alice Lange
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Le plan d’ouverture de L’Abysse offre une vue à couper le souffle sur Kiruna, en Suède, lentement engloutie par la terre — un spectacle qui devrait être captivant mais qui semble étrangement inanimé. Le dernier drame catastrophe du réalisateur Richard Holm a de l’ambition, mais pèche dans son exécution, livrant un film plus banal que monumental.

Au cœur de L’Abysse, on suit Frigga Vibenius (Tuva Novotny), la chef de la sécurité de la plus grande mine souterraine au monde, alors qu’elle affronte à la fois un gouffre littéral et métaphorique. Le scénario — une ville qui s’enfonce dans le sol — regorge de potentiel pour du suspense et des scènes spectaculaires. Malheureusement, Holm gâche une grande partie de ce potentiel en privilégiant les conflits familiaux de Frigga au détriment de la catastrophe elle-même. Les séquences de désastre géologique sont entrecoupées d’altercations familiales fastidieuses, diluant la tension qui devrait monter.

Novotny livre une performance remarquable en incarnant Frigga, mêlant professionnalisme et tourment personnel avec subtilité. Son interprétation est ancrée dans le réel et accessible, faisant d’elle l’ancrage émotionnel du film. La capacité de Novotny à traduire les conflits internes de Frigga — prise entre son devoir professionnel et ses responsabilités familiales — est l’un des rares points forts du film. Peter Franzén est tout aussi convaincant dans le rôle de Tage Vibenius, apportant de la profondeur à leur relation tendue. Leur alchimie est palpable, ajoutant une couche d’authenticité aux conflits familiaux qui structurent une grande partie du récit.

La distribution secondaire, incluant Kardo Razzazi dans le rôle de Dabir Ayobi et Angela Kovács en Erika Svalin, enrichit l’histoire de nuances. La performance de Razzazi est particulièrement remarquable, insufflant un sentiment d’urgence et de compétence à son personnage, membre clé de l’équipe de Frigga. Ses interactions avec Novotny comptent parmi les moments les plus captivants du film, illustrant une dynamique à la fois professionnelle et personnelle.

Cependant, le rythme du film pose problème. Holm consacre trop de temps aux dynamiques familiales de Frigga, reléguant la catastrophe au second plan. Les séquences souterraines, qui devraient être le clou du spectacle, sont sous-exploitées et manquent de l’immersion angoissante que l’on retrouve dans des films similaires comme San Andreas ou 2012. La bande-son signée Lasse Enersen est atmosphérique mais ne parvient pas à sublimer les moments les plus banals du film.

L’une des rares scènes marquantes est celle où la mine commence à s’effondrer, mettant en lumière le talent de Holm pour créer du suspense. Cependant, ces instants sont trop rares et souvent éclipsés par le rythme lent du film. Les éléments catastrophiques semblent ajoutés après coup plutôt qu’intégrés au récit, rendant difficile l’investissement émotionnel dans les enjeux.

Sur le plan thématique, L’Abysse explore la tension entre responsabilité personnelle et devoir professionnel. Le combat de Frigga pour concilier son rôle de mère avec ses obligations en tant que chef de la sécurité est un fil narratif captivant. Cependant, ces thèmes sont souvent éclipsés par les problèmes structurels du film, les laissant sous-développés.

En termes d’adéquation avec le genre, L’Abysse aspire à être un drame catastrophe mais échoue finalement. Bien qu’il emprunte des éléments aux classiques du genre comme The Towering Inferno et Deep Impact, il lui manque le rythme et l’ampleur nécessaires pour vraiment briller. Le focus sur les dynamiques familiales le distingue des films catastrophes traditionnels, mais ce changement d’accentuation affaiblit son impact.

La réalisation de Holm est compétente mais sans inspiration. Il échoue à créer un sentiment d’urgence ou d’immédiateté crucial pour un drame catastrophe. Les images sont souvent plates, manquant des compositions dynamiques et du flair cinématographique que l’on retrouve dans d’autres films du genre. Ce manque d’excitation visuelle nuit davantage à la capacité du film à captiver son public.

L’Abysse est une occasion manquée — un drame catastrophe qui privilégie le mélodrame familial au spectacle haletant. Si Novotny et Franzén offrent des performances solides, les problèmes de rythme et structure empêchent le film d’atteindre son plein potentiel. La focalisation sur les dynamiques familiales est louable mais détourne finalement l’attention des éléments catastrophiques qui devraient être au premier plan.

Pour les amateurs de drames catastrophe en quête d’une expérience plus traditionnelle, L’Abysse risque de décevoir. Cependant, ceux qui s’intéressent aux récits centrés sur les personnages, avec une touche de suspense, pourront trouver un certain intérêt dans l’exploration par le film des relations familiales et des responsabilités professionnelles.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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