Cinéma

Dicks: The Musical : une virée hilarante et déjantée, d’une vulgarité explosive

Molly Se-kyung
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Le numéro d’ouverture de Dicks: The Musical déboule dans la salle comme un train lancé à toute vitesse : Josh Sharp et Aaron Jackson y incarnent Craig et Trevor, deux hommes d’affaires égocentriques qui entonnent à pleins poumons leurs hymnes misogynes. Réalisé par Larry Charles, ce film A24 est une attaque frontale et sans complexe contre la comédie musicale. Il adapte le spectacle off-Broadway Fucking Identical Twins en lui insufflant toute la verve salace et l’énergie chaotique que son titre promet. D’emblée, le ton est donné : ce film n’est pas là pour ménager son public, mais pour le choquer, le provoquer et, avec un peu de chance, le faire rire au point de se tenir les côtes.

Le point de départ est absurde en soi : deux jumeaux identiques, séparés à la naissance, se retrouvent à l’âge adulte et entreprennent de réunir leurs parents divorcés, aussi excentriques l’un que l’autre. Là où un film moins audacieux pourrait s’écrouler sous le poids d’un concept aussi extravagant, Dicks: The Musical l’embrasse avec enthousiasme. Sa force tient à son engagement total dans sa propre folie. Larry Charles, connu pour son travail sur Curb Your Enthusiasm et Borat, apporte à l’ensemble sa patte caractéristique de comédie du malaise et signe un film aussi gênant qu’hilarant.

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Le casting est l’un des principaux atouts du film. Sharp et Jackson ont une alchimie indéniable, et leur relation passe sans effort de la rivalité à la complicité fraternelle. Leurs scènes communes sont électrisantes, portées par des échanges vifs et une comédie physique qui entretiennent un rythme soutenu. Megan Mullally, dans le rôle d’Evelyn, la mère excentrique des garçons dont le vagin désolidarisé de son corps devient un gag récurrent, vole la vedette. Sa prestation est un modèle de sens du timing comique : elle débite ses répliques avec un sérieux imperturbable, ce qui rend l’absurdité encore plus drôle. Nathan Lane incarne Harris, le père gay qui vient de faire son coming out, et apporte au rôle son charme habituel, dosant humour et émotion avec une justesse qui donne à son personnage une étonnante épaisseur.

La narration divine de Bowen Yang ajoute une dimension méta qui empêche le récit de s’effondrer sous son propre poids. Son ton impassible ancre cette absurdité dans quelque chose d’étrangement profond et fait surgir de véritables moments de réflexion au milieu du chaos. L’apparition de Megan Thee Stallion dans le rôle de Gloria, la patronne licenciée, est un temps fort : sa présence décuple l’énergie du film, même si son rôle est bref. Tom Kenny et Frank Todaro, qui incarnent les Sewer Boys, ajoutent une touche de surréalisme qui maintient le public en alerte.

Les numéros musicaux regorgent d’airs entêtants qui vous trottent dans la tête bien après le générique. Les chansons vont des hymnes salaces aux ballades émouvantes, chacune contribuant à faire avancer le récit. Elles ne fonctionnent toutefois pas toutes aussi bien. Certaines semblent précipitées ou insuffisamment développées et peinent à trouver leur place dans le rythme effréné du film.

Mais Dicks: The Musical n’est pas exempt de faux pas. L’intrigue s’égare parfois et peine à concilier son humour graveleux avec de véritables élans émotionnels. L’intrigue secondaire des Sewer Boys manque de développement et son dénouement arrive trop vite, laissant sans réponse certains des éléments les plus étranges du film. Le rythme flanche dans le troisième acte, tandis que les retrouvailles familiales paraissent à la fois prévisibles et artificielles. Le film a le mérite d’aborder les thèmes de la famille, de l’identité et de l’acceptation, mais ceux-ci semblent souvent plaqués sur le récit plutôt qu’intégrés à sa trame.

L’originalité est le principal point fort du film : il est rare de voir une comédie musicale aussi ouvertement vulgaire et politiquement incorrecte. Le film n’hésite pas à repousser les limites, que ce soit par son humour salace ou par son exploration de sujets tabous comme l’inceste et le mariage gay. Son équilibre entre les genres est toutefois plus fragile : malgré de véritables moments d’hilarité, l’ensemble donne souvent une impression de désordre tonal, comme s’il ne parvenait pas à choisir entre la comédie graveleuse et le drame familial émouvant.

Au bout du compte, Dicks: The Musical est une virée débridée, aussi chaotique que divertissante. Le film ne fait pas toujours mouche, mais quand il y parvient, l’effet est saisissant. Il fera rire le public, le mettra mal à l’aise et suscitera tout ce qui se trouve entre les deux. Il ne s’adresse ni aux âmes sensibles ni à ceux qui recherchent une expérience musicale traditionnelle.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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