Cinéma

The Blackening : une satire mordante des clichés raciaux du cinéma d’horreur

Molly Se-kyung
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Le tueur masqué abat une planche sur la table et exige des sept amis piégés qu’ils classent leur « degré de noirceur ». La scène résume à elle seule l’audace mordante de The Blackening* : un mélange de film d’horreur et de comédie, qui éreinte avec une redoutable intelligence les clichés raciaux du cinéma. Réalisée par Tim Story, sur un scénario de Tracy Oliver et Dewayne Perkins, cette comédie horrifique de 2023 s’attaque aux stéréotypes qui, depuis des décennies, pèsent sur la représentation des personnes noires dans les films slasher.

Le point de départ est simple : sept amis noirs se retrouvent dans une cabane isolée pour fêter Juneteenth, mais se retrouvent bientôt traqués par un tueur masqué qui leur en veut. Le film mêle avec malice le commentaire social de Get Out à l’énergie parodique de Scary Movie. Il s’appuie sur une distribution chorale : Grace Byers, Antoinette Robertson, Jermaine Fowler, Melvin Gregg, Dewayne Perkins, X Mayo, Sinqua Walls et Jay Pharoah livrent des interprétations comiques incisives, qui ancrent l’horreur dans une forme d’authenticité. Leur complicité semble vécue, et leurs échanges pétillent d’humour tandis que la tension monte.

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La mise en scène de Story maintient un équilibre entre les registres : les rires ne font jamais retomber la tension, pas plus que l’inverse. Les passages les plus réussis sont ceux où le film assume pleinement sa satire, comme lorsque le groupe cherche à déterminer dans quels clichés du cinéma d’horreur il est tombé, ou lorsque le tueur réclame, dans une scène absurde, un classement de leur « noirceur ». Ces séquences révèlent l’intelligence et l’esprit du film, qui dépasse la simple parodie : il interroge la représentation et les attentes imposées aux personnages noirs dans l’horreur. Coécrit par Perkins, qui incarne aussi Dewayne, le scénario regorge de références aux classiques du slasher, comme Saw et Friday the 13th, sans jamais donner l’impression de recycler leurs recettes. Le film s’empare plutôt de ces codes pour approfondir sa réflexion sur l’identité raciale et la représentation dans les médias.

La distribution chorale est l’un des grands atouts du film. Connue pour son rôle dans Empire, Byers insuffle une intensité très concrète à Allison, la cheffe de fait du groupe. Robertson brille dans le rôle de Lisa et livre certaines des répliques les plus drôles du film avec un flegme imparable. Fowler et Gregg forment un excellent duo en Clifton et King, avec un sens du timing comique qui ne faiblit pas, même lorsque les enjeux sont élevés. Perkins se distingue en Dewayne, où il trouve sans effort l’équilibre entre humour et émotion. Les seconds rôles, notamment Mayo, Walls et Pharoah, apportent chacun une énergie singulière et donnent aux dynamiques du groupe un naturel captivant.

La satire ne se limite pas aux clichés raciaux : elle vise aussi la tendance du genre à privilégier l’effet choc au détriment du fond. Les exigences du tueur — notamment l’inoubliable scène où il leur demande de « classer leur noirceur » — sont absurdes en apparence, mais remplissent une fonction. Elles obligent les personnages, et le public avec eux, à se confronter à des questions inconfortables sur l’identité et la représentation. C’est cette conscience de soi qui distingue The Blackening des autres comédies horrifiques. Le film ne se contente pas de se moquer du genre : il se sert de l’humour pour lancer une véritable discussion.

The Blackening n’est toutefois pas exempt de défauts. Le scénario est astucieux, mais certaines plaisanteries tournent en rond et le rythme s’essouffle au troisième acte, lorsque la satire cède la place à des scènes de slasher plus conventionnelles. Le mobile du tueur, intéressant sur le plan thématique, aurait mérité d’être davantage développé, d’autant que le film peine parfois à maîtriser ses brusques changements de ton. De plus, certains effets gore et certaines scènes de sursaut semblent plaqués, comme si le film voulait trop prouver qu’il appartient bien au genre horrifique. Ces passages brisent le rythme du récit et émoussent sa verve satirique.

Son classement R, motivé par un langage omniprésent, la violence et la consommation de drogues, pourrait rebuter certains spectateurs. Il faut toutefois souligner que ces éléments sont employés avec une intention claire. La violence n’est pas gratuite : elle met en relief les thèmes de l’injustice raciale et de l’oppression systémique. De même, le langage et la consommation de drogues font partie des voix authentiques et sans filtre des personnages, ce qui contribue au réalisme du film.

The Blackening sait précisément où il va et n’a pas peur de prendre des risques, même si tous ne sont pas payants. Cette comédie horrifique, intelligente, drôle et stimulante, invite le public à réfléchir à l’histoire du genre tout en lui offrant son lot de frissons et de rires. C’est un film idéal à voir avec une bande d’amis, surtout si l’on aime décortiquer les films et discuter de ce qu’ils racontent en profondeur.

Au bout du compte, The Blackening échappe aux étiquettes faciles. Film d’horreur, comédie, satire et commentaire social, il réunit tout cela à la fois. Il n’est pas parfait, mais ses qualités l’emportent largement sur ses faiblesses.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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