Cinéma

Coupe Volpi : quand la mise en scène sert l’actrice, Alicia Vikander mène

Jun Satō

Il existe une tradition, très française dans sa lecture, qui veut que le grand prix d’interprétation revienne moins à une performance qu’à une rencontre : celle d’un corps d’actrice et d’une mise en scène qui l’épouse. La Coupe Volpi de la meilleure actrice, sans box-office ni saison de précurseurs, se prête à cette lecture d’auteur mieux qu’aucun autre prix. Venise 83 aligne trois rôles taillés pour porter le film entier — Alicia Vikander chez Pallaoro, Penélope Cruz chez Zeller, Jeon Do-yeon chez Lee Chang-dong — et aucun plan n’a encore été vu. Le pronostic se joue donc sur la méthode.

Or c’est précisément sur la méthode que Vikander l’emporte, dans The Echo Chamber. Pallaoro appartient à cette famille de cinéastes pour qui la mise en scène est au service de l’actrice, et non l’inverse : cadres tenus, refus du montage cut, plan-séquence de l’émotion où la caméra reste sur le visage jusqu’à ce que l’interprétation devienne le film. Ce n’est pas une hypothèse — c’est un fait de palmarès. En 2017, cette même écriture a valu la Coupe Volpi à Charlotte Rampling pour Hannah, deux heures suspendues à un visage qui digère l’irréparable. Confier cette grammaire à Vikander, oscarisée, capable depuis dix ans de tenir l’immobilité et l’effondrement intérieur sans réplique, c’est reconstituer l’équation de 2017 avec une comédienne au sommet. La politique des auteurs le dit à sa manière : ici l’actrice n’est pas juxtaposée au film, elle en est le principe formel, le point d’où part toute la construction du plan. Le prix récompense l’exposition — l’interprète qui n’a nulle part où se cacher — et la mise en scène de Pallaoro est précisément conçue pour retirer les cachettes une à une. Avec Susan Sarandon en second rôle et une prémisse taillée pour isoler une seule conscience, la filiation fait presque tout le travail : si le film atteint ne serait-ce que les deux tiers de Hannah, la conversation sur l’actrice commence et s’arrête là.

La menace la plus nette est Penélope Cruz dans Bunker. Zeller pousse ses interprètes vers des sommets théâtraux — il a offert l’Oscar à Anthony Hopkins avec The Father — et confronte Cruz à Javier Bardem dans un huis clos sous pression, aux côtés de Stephen Graham, Paul Dano et Patrick Schwarzenegger. Un face-à-face Cruz-Bardem à ce régime est le genre de prestation à haute intensité qu’un jury retient le dernier soir. Mais le péril est son propre attrait : un ensemble choral et brillant peut disperser le cadre, et les jurys de la Volpi ont historiquement couronné celle qui porte seule le récit plutôt que celle qui le partage.

L’inconnue vient d’une autre tradition : Jeon Do-yeon dans Possible Love, premier film de Lee Chang-dong depuis Burning. « Reine de Cannes », prix d’interprétation sur la Croisette en 2007 pour Secret Sunshine, Jeon incarne un cinéma de la lente pression morale accumulée qui parle exactement au jury attentif que préside Maggie Gyllenhaal. Le retour d’un maître coréen de ce calibre porte une gravité que peu de titres de la sélection égalent, ce qui en fait une candidate partout où elle concourt.

Voici ce que le pari Vikander choisit d’ignorer. La Coupe Volpi se décide dans une négociation, et les jurys répartissent. Si Possible Love s’impose comme film de Lion d’or, Jeon peut être écartée précisément parce que son film est honoré ailleurs — le prix d’interprétation console souvent celle qui a manqué le sommet, et celui de Lee pourrait ne pas le manquer, paradoxe qui affaiblit sa candidature d’actrice plutôt qu’il ne la renforce. Et Vikander reste exposée au plus vieux piège : une performance non vue n’est qu’une hypothèse, non un résultat, et l’austérité de Pallaoro divise les salles autant qu’elle les conquiert. La retenue même qui valut le prix à Rampling en 2017 peut, dans une autre alchimie, passer pour de la froideur. À trente jours, la seule certitude est que nous ne savons rien.

La Coupe Volpi sera décernée lors de la cérémonie de clôture, le 12 septembre 2026, sur le Lido de Venise. MCM suivra chaque projection, la température critique quotidienne et l’arithmétique probable du jury, et actualisera ce pronostic dès les premières réactions.

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