Cinéma

Beau Is Afraid : une plongée à vif dans le cauchemar de la paranoïa

Martin Cid
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Le premier plan de Beau Is Afraid s’attarde sur le front de Joaquin Phoenix, luisant de sueur, tandis que sa respiration saccadée bat comme un métronome réglé sur la panique. Ari Aster signe ici une nouvelle plongée dans l’horreur-comédie surréaliste, un film qui affiche son anxiété aussi ouvertement que Beau Wassermann.

Connu pour Hereditary et Midsommar, Aster façonne un récit qui se déploie comme un rêve fiévreux. Phoenix incarne Beau, un homme dont la paranoïa et la névrose sont si marquées qu’elles finissent par déformer la réalité elle-même. Le point de départ — un fils qui rentre chez lui après la mort de sa mère — est simple, mais Aster le transforme en une aventure grotesque et fantastique. La séquence la plus marquante est celle où Beau se retrouve aux prises avec le couple marié formé par Grace (Amy Ryan) et Roger (Nathan Lane) : dans un intérieur domestique, la situation dégénère en chaos et culmine avec le suicide de Toni (Kylie Rogers), provoqué par la peinture. Cette scène illustre parfaitement l’art d’Aster pour faire monter la tension et transformer des objets ordinaires — une boîte de peinture, par exemple — en signes annonciateurs du pire.

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Dans ce film de 2023, Phoenix livre une interprétation aussi éprouvante physiquement que sur le plan émotionnel. Il donne corps à l’anxiété de Beau, des tics nerveux aux crises de panique les plus violentes. Les seconds rôles, et tout particulièrement Patti LuPone en Mona et Parker Posey, dans une apparition brève mais marquante, apportent de la profondeur à cet univers surréaliste.

Pourtant, Beau Is Afraid pèche par son rythme et son manque de cohérence. Long de trois heures, le film s’égare dans des séquences qui semblent relever de la complaisance plutôt que de la nécessité. L’intrigue erratique, volontairement déroutante, risque de rebuter les spectateurs en quête d’un récit plus lisible. Certaines scènes, comme la rencontre de Beau avec la troupe d’acteurs itinérants, tiennent davantage de l’exercice de style que d’un élément essentiel de l’histoire.

La mise en scène d’Aster est à la fois sa force et sa faiblesse. Son approche surréaliste crée une atmosphère singulière, mais prend parfois le pas sur le cœur émotionnel du film. Le mélange des genres fonctionne indéniablement : Aster associe comédie, aventure et fantastique à une sensibilité horrifique, même si l’exécution prête le flanc à la critique.

Au bout du compte, Beau Is Afraid est une expérience clivante. Le film exige de la patience et une certaine capacité à supporter l’inconfort, mais récompense le spectateur par de véritables fulgurances.

Les thèmes du contrôle maternel et de l’angoisse existentielle traversent chaque plan. La relation entre Beau et sa mère, Mona, en constitue le motif central. Elle se dessine à travers des flashbacks et des séquences surréalistes, comme ce rêve récurrent où Beau se retrouve enfermé dans le grenier. Le film accentue encore cette dimension en explorant l’anxiété de Beau, qui prend des formes diverses, des délires paranoïaques aux affrontements physiques.

Les seconds rôles méritent également d’être salués. En Mona, Patti LuPone impose sa présence, avec une voix où le venin et l’affection se mêlent à parts égales. Roger, interprété par Nathan Lane, incarne à merveille le malaise des banlieues résidentielles, tandis que Grace, sous les traits d’Amy Ryan, oscille entre chaleur et instabilité. La brève apparition de Parker Posey en Elaine Bray ajoute au personnage de Beau une touche de nostalgie et de désir.

La réalisation visuelle du film est un régal pour les yeux. Aster alterne plans larges et gros plans afin de créer un sentiment de claustrophobie et de désorientation. Le travail sur les couleurs est particulièrement saisissant : les tons sourds cèdent peu à peu la place à des teintes éclatantes au fil du parcours de Beau. La conception sonore est tout aussi remarquable, jouant du silence et de brusques déflagrations sonores pour intensifier la tension.

Beau Is Afraid n’est pas un film pour les âmes sensibles. Il faut accepter un niveau élevé d’inconfort et d’ambiguïté. Les spectateurs qui apprécient les précédents films d’Aster y trouveront matière à admiration, mais ceux qui recherchent un récit plus classique risquent d’avoir du mal à s’y investir. Son approche surréaliste est à la fois sa plus grande force et son talon d’Achille.

Par rapport aux autres films du genre, Beau Is Afraid se distingue par son exploration sans concession de l’anxiété et de l’angoisse existentielle. S’il partage certains traits avec les précédents films d’Aster, il affirme une identité propre grâce à son mélange de comédie et d’horreur. Ses thèmes et ses interprétations devraient trouver un écho auprès des amateurs de thrillers psychologiques et de cinéma surréaliste.

En définitive, Beau Is Afraid est un film audacieux et ambitieux, qui repousse les frontières de son genre.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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