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Chaos à l’épicerie : la confusion de la petite amie démoniaque vole la vedette

Molly Se-kyung
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La scène de l’épicerie frappe comme un véritable coup de massue : Izzy, notre petite amie yokai démoniaque, reste figée entre le rayon des ramen et les caisses, ses yeux lumineux balayant les étagères avec une perplexité de prédateur. Elle est venue acheter des « snacks humains », mais ne comprend ni l’argent, ni la notion d’espace personnel, ni pourquoi le caissier hurle. Ce moment, au début de My Undead Yokai Girlfriend, condense la tension centrale de la série : sa tentative désespérée de maintenir en équilibre horreur, comédie et romance, sur le fil absurde du rasoir.

Créée par Yalun Tu et Zach Hines et produite par Amazon MGM Studios, cette série télévisée japonaise mêlant horreur, romance et comédie met en vedette Hayato Sano dans le rôle de Tadashi « Hachi » Inukai, un étudiant qui invoque accidentellement Izzy, incarnée par Ai Yoshikawa, à la suite d’un rituel en ligne qui tourne mal. Liés par la magie, ils doivent affronter ensemble les aléas de la vie, de l’amour et du meurtre.

Le principal atout de la série réside dans l’alchimie magnétique entre Sano et Yoshikawa. Leur interprétation ancre le récit chaotique dans une émotion sincère. Hachi, le personnage de Sano, est un homme ordinaire auquel on s’identifie facilement : sa maladresse et son manque d’assurance en font un protagoniste qu’on a spontanément envie de soutenir. Lorsqu’il se lance dans son premier rendez-vous avec Izzy et tente de lui expliquer les coutumes humaines, comme se tenir la main, le jeu physique de Sano est aussi hilarant que touchant. Yoshikawa, de son côté, est une révélation dans le rôle d’Izzy. Elle conjugue la menace démoniaque du personnage avec une vulnérabilité inattendue, notamment dans les scènes où Izzy se débat avec son humanité toute neuve. Sa tentative de comprendre l’amour en reproduisant devant un miroir les expressions de Hachi est un moment de tendre retenue qui se détache au milieu du chaos de la série.

Tournée en décors naturels à Kyoto, la direction artistique offre un cadre foisonnant aux péripéties surnaturelles. Les rues historiques et les contrastes modernes composent un écrin visuellement saisissant, qui renforce le ton de la série. Des scènes comme la virée catastrophique d’Izzy à l’épicerie gagnent en relief grâce à l’authenticité des lieux, qui donnent malgré tout une certaine assise à l’absurde. La photographie adopte souvent une esthétique de néo-noir baigné de néons, tandis que les pouvoirs lumineux des yokai teintent d’étranges couleurs les nuits de Kyoto. Ces choix visuels entrent toutefois parfois en conflit avec la tonalité comique, provoquant des ruptures de ton qui desservent les deux genres.

Le rythme et la structure narrative constituent les principales faiblesses de la série. Le mélange d’horreur, de comédie et de romance manque de direction, les scénaristes semblant vouloir caser tous les poncifs possibles de ces genres. Certains épisodes ressemblent à des vignettes indépendantes plutôt qu’aux éléments d’un récit cohérent, ce qui donne une narration erratique qui peine à trouver son assise. Par ailleurs, certains personnages secondaires, comme Misa, la sœur de Hachi (Nagisa Saitō), manquent d’épaisseur et servent davantage de ressorts scénaristiques que de personnages pleinement incarnés.

Les éléments horrifiques, parfois glaçants, se heurtent souvent au ton comique. Une scène de meurtre particulièrement sanglante est ainsi suivie d’une course-poursuite burlesque autour d’un chariot de supermarché emballé. Ces changements de registre provoquent des ruptures déstabilisantes qui affaiblissent l’efficacité des deux genres. Mais lorsque la série assume pleinement son versant horrifique, elle se révèle convaincante. La première apparition d’Izzy, manifestation grotesque de ses pouvoirs surnaturels, est véritablement inquiétante et laisse entrevoir le potentiel des thèmes les plus sombres de la série.

La série peine également à faire preuve d’originalité. Si ce mélange de romance, d’horreur et de comédie apporte un vent de fraîcheur, il donne parfois l’impression d’un pastiche de genres existants plutôt que d’un ensemble cohérent. Le récit s’égare, certains épisodes ressemblant à des vignettes indépendantes plutôt qu’aux pièces d’une histoire unifiée. En outre, la tentative de mêler des éléments culturels orientaux et occidentaux manque parfois d’authenticité : les scénaristes peinent à concilier les particularités du folklore japonais avec les codes plus familiers de la comédie romantique.

Malgré ses défauts, My Undead Yokai Girlfriend est une expérience audacieuse et ambitieuse, qui repousse les limites du mélange des genres. Ses meilleurs moments témoignent du potentiel de cette alliance singulière entre horreur, comédie et romance. La série devrait séduire les amateurs de comédies romantiques décalées teintées de surnaturel, ainsi que celles et ceux qui souhaitent découvrir les particularités du folklore japonais.

Au bout du compte, My Undead Yokai Girlfriend est une expérience chaotique mais attachante, qui ne fait pas toujours mouche. Malgré ses difficultés à maîtriser le rythme, la cohérence de ton et la direction du récit, la qualité de son interprétation et de sa direction artistique en fait une série prenante pour les amateurs de fictions télévisées qui mêlent les genres.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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