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Timothée Chalamet, entre cinéma d’auteur et industrie hollywoodienne

Penelope H. Fritz
Timothée Chalamet
Timothée Chalamet
Photo: Harald Krichel / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Naissance27 décembre 1995
Hell's Kitchen, New York City, United States
ProfessionActeur
Connu pourInterstellaire, Appelle-moi par ton nom, Dune – Première partie
RécompensesSAG · Golden Globe · 3 Oscar

Il existe, dans le cinéma américain, une partition tacite entre les acteurs qui gagnent des prix et ceux qui remplissent les salles. Timothée Chalamet semble avoir décidé qu’elle ne le concerne pas. Il a remporté le Screen Actors Guild Award pour son interprétation de Bob Dylan, puis est retourné à une franchise de science-fiction sans que personne ne juge la combinaison incohérente. La question que pose sa carrière n’est pas de savoir s’il peut maintenir les deux registres — il l’a prouvé — mais de comprendre si l’industrie finira par lui imposer de choisir.

Né à Hell’s Kitchen, dans Manhattan, il a grandi dans un appartement partagé avec son père Marc — éditeur à l’UNICEF et ancien correspondant du Parisien à New York — et sa mère américaine Nicole, ancienne danseuse de Broadway reconvertie dans l’immobilier. Sa sœur aînée Pauline est devenue actrice et danseuse classique. La maison était bilingue dès le départ. Chalamet a passé les étés de son enfance dans le village du Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire, chez ses grands-parents paternels. Il possède la double nationalité américaine et française. Il a étudié à la LaGuardia High School de New York, puis entamé sa carrière professionnelle à l’adolescence, avec un rôle dans la série Homeland.

L’événement fondateur est survenu en 2017. Luca Guadagnino l’a choisi pour incarner Elio Perlman, adolescent intellectuellement fiévreux passant l’été dans la villa familiale du nord de l’Italie, dans Call Me by Your Name. Chalamet avait 21 ans lors du tournage. L’Académie l’a nommé pour l’Oscar du meilleur acteur l’année suivante, faisant de lui le troisième plus jeune candidat de cette catégorie dans l’histoire du prix. Force est de constater que l’interprétation reste l’illustration la plus nette de ce que Chalamet accomplit là où la plupart des jeunes acteurs échouent : il pense à l’écran. Pas à la manière d’un acteur qui prépare son prochain mouvement, mais d’une façon qui rend la vie intérieure du personnage lisible sans que le scénario n’ait besoin de l’expliquer.

Les années qui ont suivi révèlent une stratégie délibérée. Il a joué un adolescent dépendant à la méthamphétamine dans Beautiful Boy (2018), adapté du témoignage de David Sheff. Il a tenu le rôle de Laurie dans Les Filles du docteur March (2019) de Greta Gerwig, s’intégrant dans un ensemble dont le centre de gravité était féminin, sans tenter d’en déplacer l’axe. Puis est venu Dune : Première Partie (2021) de Denis Villeneuve — non pas un véhicule pour une star, mais une enquête philosophique sur le messianisme et le pouvoir imposé. Chalamet a trouvé le moyen de rendre la passivité cinématographiquement convaincante : un personnage façonné par des forces qu’il ne contrôle pas, dont la trajectoire est déjà écrite. Dune : Deuxième Partie (2024) lui a demandé l’inverse : Paul Atreides a accepté la prophétie, et l’acteur a dû porter une autorité impériale avec le même corps qui, trois ans plus tôt, portait la confusion.

Timóthée Chalamet in A Complete Unknown (2024)
Timóthée Chalamet in A Complete Unknown

Entre les deux volets de Dune s’est glissé Bones and All (2022), le road movie de Guadagnino sur deux jeunes cannibales qui tombent amoureux dans l’Amérique rurale des années quatre-vingt. Un film sans filet commercial ni genre identifiable. Wonka (2023) de Paul King a constitué le contrepoids : une comédie musicale sur les origines du chocolatier qui a connu un succès mondial massif. Un parfait inconnu (2024) de James Mangold l’a ensuite placé au cœur du mythe de Bob Dylan — de son arrivée à Greenwich Village en 1961 à son set électrifié au Newport Folk Festival en 1965. Chalamet a chanté les chansons lui-même, joué de l’harmonica, et navigué dans le problème de rendre vivant un personnage si auto-construit que l’imitation vire à la caricature. Il a remporté le SAG Award pour ce rôle. L’Oscar est allé à Adrien Brody.

Le succès appelle une question que la réception évite généralement de formuler. Les choix de Chalamet ont l’apparence du risque mais possèdent une assurance institutionnelle. Dune est l’une des propriétés les plus précieuses de la science-fiction commerciale. Wonka est la préquelle d’une marque consacrée. Un parfait inconnu est un biopic musical avec un public acquis d’avance. Bones and All, le plus exigeant formellement, opère sous la couverture de l’identité auctoriale de Guadagnino. On peut se demander si les risques que semble prendre Chalamet sont les siens, ou ceux de ses réalisateurs.

Marty Supreme (2025) a compliqué cette lecture. Le portrait de Josh Safdie d’un obsédé du tennis de table dans le milieu underground new-yorkais des années cinquante — librement inspiré de Marty Reisman — ne possède aucune valeur de franchise, aucun public préétabli, aucun filet. Il s’agit d’une véritable prise de risque. Le film lui a valu le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie ou une comédie musicale, et sa troisième nomination aux Oscars.

Dune : Troisième Partie, adapté de Dune Messiah de Frank Herbert et se déroulant dix-sept ans après les événements de la deuxième partie, sort en salles en décembre 2026. Robert Pattinson intègre le casting dans le rôle de Scytale, un Danseur de Visages dont le plan met l’intrigue en branle. Paul doit désormais vivre avec les conséquences du pouvoir qu’il a accumulé. Wonka 2 doit entrer en production en août 2026, avec le retour de Paul King à la réalisation et Saoirse Ronan pressentie pour un rôle. High Side, de James Mangold pour Paramount, verra Chalamet incarner un ancien pilote de MotoGP happé de nouveau dans le danger par un frère dont il s’était éloigné. Playground, une adaptation du roman de Richard Powers, est en développement chez Warner Bros.

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À trente ans, avec une franchise qui touche à sa fin et au moins trois grands projets en développement actif, la question la plus utile sur Timothée Chalamet n’est pas de savoir combien de nominations supplémentaires il accumulera. Elle est de savoir si les œuvres qui suivront les valeurs sûres seront celles que lui seul aurait pu faire aboutir — ou celles qu’on aurait réalisées de toute façon, avec quelqu’un d’autre dans le rôle principal. Marty Supreme suggère qu’il connaît la différence.

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