Cinéma

Sofia Coppola, ou comment filmer la cage dorée de l’intérieur

Penelope H. Fritz
Sofia Coppola
Sofia Coppola
Photo via The Movie Database (TMDB)
Naissance14 mai 1971
New York City, United States
ProfessionRéalisatrice de cinéma
Connu pourTraduction infidèle, Virgin Suicides, Marie-Antoinette
RécompensesOscar · Lion d’or · Best Director, Cannes Film Festival (2017)

Chaque film de Sofia Coppola pourrait se résumer, dans un pitch d’une ligne, comme la chose que le cinéma de son père a appris au public à ne pas vouloir. Là où Francis Ford Coppola édifiait de grandes architectures épiques, baignées de sang et de loyauté familiale, sa fille est revenue sans cesse à la dérive, à la texture particulière du temps qui passe dans des chambres dorées, au problème d’être jeune, femme, et entourée de tout sauf d’une raison de rester. Que cette approche ait produit du cinéma de référence n’est pas une coïncidence — c’est l’argument lui-même.

Elle est née dans le cinéma comme d’autres naissent dans une religion, sans avoir choisi d’y croire et avec toutes les raisons de décider ensuite en quoi croire. Enfant, elle a grandi sur les plateaux, est apparue bébé dans Le Parrain, puis plus tard dans l’expérience malheureuse que fut Le Parrain III — une performance accueillie avec une cruauté que les circonstances ne justifiaient pas. Sofia Carmina Coppola est née en mai 1971, dernière enfant d’Eleanor et Francis Ford Coppola. Elle avait 19 ans quand Le Parrain III sortit. L’hostilité réservée à son jeu fut, paradoxalement, l’une des reconversions les plus nettes de l’histoire du cinéma contemporain.

Sofia Coppola
Sofia Coppola

Virgin Suicides (1999), son premier long métrage adapté du roman de Jeffrey Eugenides, révéla une esthétique si aboutie que la critique peinait à la classifier. Tourné dans une banlieue de Détroit dans les années 1970, le film traitait le mystère en son cœur — la mort de cinq sœurs — non comme une énigme à résoudre, mais comme une atmosphère à habiter. Son deuxième long métrage, Lost in Translation (2003), lui valut l’Oscar du meilleur scénario original et fit d’elle la troisième femme jamais nommée à l’Oscar de la meilleure réalisatrice, et la première Américaine à y accéder. Le cadre du film — un hôtel de luxe à Tokyo, la solitude particulière de ce niveau de déracinement — a engendré un raccourci culturel qui a traversé les décennies.

Le cas de Marie-Antoinette (2006) constitue le chapitre central pour comprendre la manière dont Coppola travaille. Le film fut présenté à Cannes dans un climat que la presse amplifia en scandale — des récits de sifflets lors des projections presse circulèrent largement — et fut suffisamment décevant au box-office pour que la réalisatrice le qualifie elle-même d’échec, des années plus tard. Ce qu’on rejetait alors, c’était un film qui refusait le registre du drame historique, qui utilisait l’histoire de la reine non comme une mise en garde contre les excès, mais comme une méditation sur l’impuissance habillée en privilège extrême, musicalisée au post-punk et photographiée comme une publicité pour un parfum. Les vingt dernières années ont donné raison à ce choix. Marie-Antoinette a depuis été réévalué comme l’une des œuvres formellement les plus audacieuses des années 2000, dont les méthodes ont été empruntées par la mode et dont l’esthétique a irrigué le langage visuel de la décennie suivante.

Elle remporta le Lion d’or à Venise en 2010 pour Somewhere — l’histoire d’un acteur hollywoodien à la dérive dans le même type d’hôtel que les personnages récurrents de ses films semblent toujours habiter — devenant ainsi la première Américaine à décrocher ce trophée. En 2017, Les Proies, son thriller gothique féministe situé pendant la guerre de Sécession, remporta le prix de la mise en scène à Cannes, faisant d’elle la deuxième femme en soixante-dix ans d’histoire du festival à recevoir cette distinction. Chacune de ces récompenses est arrivée après des films trop silencieux, trop lents ou trop investis dans la subjectivité féminine pour avoir été couronnés sur la seule foi de leur ambition.

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En 2023, Priscilla revisita l’histoire d’Elvis du point de vue de Priscilla Presley — un portrait d’une femme qui disparaît progressivement dans la mythologie de quelqu’un d’autre, avec une bande-son signée Thomas Mars, l’époux de Coppola et chanteur de Phoenix, sans un seul morceau d’Elvis. Le film fut présenté à Venise et valut à son interprète principale, Cailee Spaeny, la Coupe Volpi de la meilleure actrice. Plus récemment, Marc by Sofia, le premier documentaire de Coppola — un portrait intime du styliste Marc Jacobs, ami proche depuis trente ans — a été présenté à Venise en 2025 avant d’atteindre le public américain en mars 2026.

Elle en est actuellement aux premières étapes de l’écriture de son prochain film de fiction. Elle travaille également à un documentaire construit à partir des images tournées par sa mère Eleanor sur le tournage de Marie-Antoinette, un projet qu’elle décrit comme l’accomplissement d’un des derniers vœux de sa mère, prévu pour octobre 2026 à l’occasion du vingtième anniversaire du film. La question que son œuvre ne cesse de poser — ce que signifie être enfermée dans un luxe visible et des contraintes invisibles — n’a pas encore trouvé de réponse. Elle est simplement posée depuis vingt-six ans, sans signe d’épuisement.

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