Musiciens

Nick Jonas, celui qui a trouvé sa voix en renonçant aux sommets des charts

Penelope H. Fritz

Il y a une forme paradoxale de libération dans les albums qui ne se vendent pas aussi bien qu’on l’espérait. Nick Jonas la connaît désormais de première main. Sunday Best, son cinquième album studio sorti en février 2026, s’est classé à la trentième place du Billboard 200 — son plus bas début de carrière solo — tout en récoltant ses meilleures critiques à ce jour. Le paradoxe n’est pas une anomalie : c’est la conséquence logique d’un artiste qui a cessé de produire de la musique pour le marché.

Nicholas Jerry Jonas est né le 16 septembre 1992 à Dallas, au Texas, et a grandi à Wyckoff, dans le New Jersey, troisième fils d’un compositeur et pasteur évangélique et d’une ancienne professeure de langue des signes. Il monte sur les planches de Broadway dès sept ans — Tiny Tim, Gavroche, Chip Potts — après qu’une rencontre fortuite chez un coiffeur l’a mis en contact avec un agent professionnel à six ans. Columbia Records le signe en tant qu’artiste solo à onze ans. Le label apprécie sa voix mais n’est pas convaincu par l’album enregistré. Quand ses frères ajoutent leurs harmonies à une maquette, un directeur artistique entend autre chose : une formation. Ce qui était censé être le projet solo de Nick devient les Jonas Brothers.

Le groupe connaît son apogée commerciale entre 2007 et 2010 : quatre albums chez Hollywood Records, un film pour Disney avec Camp Rock qui réunit près de neuf millions de téléspectateurs lors de sa diffusion, et un album, A Little Bit Longer, qui entre directement à la première place du Billboard 200 en 2008. Il faut comprendre l’ampleur du phénomène Jonas Brothers pour mesurer ce qu’il a représenté comme contrainte artistique pour Nick. La dissolution du groupe en octobre 2013 lui a ouvert un espace.

Sa réponse a été le premier album solo éponyme sorti en 2014, délibérément construit loin de l’esthétique précédente. Le single Jealous atteint la septième position du Billboard Hot 100 et la deuxième au Royaume-Uni ; sa production — un R&B adulte, plus sec et plus maîtrisé — marquait une rupture de registre. Last Year Was Complicated, sorti en 2016, a atteint la deuxième place du Billboard 200, son meilleur classement solo. Parallèlement, il développait une carrière d’acteur sérieuse dans Kingdom, le drame de MMA diffusé sur DirecTV pendant trois saisons.

Les réunions des Jonas Brothers en 2019 ont reconfiguré la trajectoire de sa carrière. Sucker entre directement à la première place du Hot 100 — première fois pour le groupe à cette position. Son quatrième album solo, Spaceman, sorti en 2021, reçoit une critique plus favorable que son douzième rang du Billboard 200 ne le laissait supposer.

Sunday Best a mis fin à cette ambiguïté. L’album puise dans le retour de Jonas à la foi après une période d’éloignement de l’Église, dans son mariage avec l’actrice indienne Priyanka Chopra depuis décembre 2018, et dans la paternité depuis la naissance de leur fille Malti par gestation pour autrui en janvier 2022. La matière personnelle est intégrée sans être confessionnelle au sens qui inviterait une lecture de magazine à sensation : il s’agit fondamentalement d’un disque sur ce qui tient.

Ce que l’arc de sa carrière solo révèle, c’est que la trajectoire commerciale et la trajectoire artistique d’un artiste peuvent diverger sans que l’une annule l’autre. Ses premières productions solos étaient modestes sur le plan critique, solides sur le plan commercial. Sunday Best a inversé cette équation. Il serait réducteur d’en conclure qu’il faut choisir entre les deux : la vérité est que Jonas, pour la première fois dans sa carrière solo, n’a pas cherché à optimiser.

En parallèle de sa musique, sa gestion publique du diabète de type 1 — diagnostiqué à treize ans lorsqu’il a perdu près de onze kilos en deux semaines lors d’une tournée — a constitué un fil conducteur de sa présence médiatique. Il témoigne devant le Sénat américain, co-fonde Beyond Type 1 en 2015, et fait de ce combat une dimension substantielle de sa personne publique.

En juin 2026, il lance A Night with Nick, une série de concerts intimistes sur la côte Est des États-Unis. Le film Power Ballad, avec Paul Rudd, sort en mai 2026. Une comédie romantique Netflix est en développement. Pour l’instant, le pari est sur le format réduit — ce qui, pour quelqu’un qui a passé ses premières années à faire grandir tout ce qu’il touchait, constitue peut-être la transformation la plus significative.

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