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Malcolm McDowell, l’acteur que Kubrick blessa, dépouilla et rendit immortel

Penelope H. Fritz

Il y a dans la carrière de Malcolm McDowell quelque chose qui ressemble à une ironie structurelle : l’homme qui a incarné Alex DeLarge — la figure du libre arbitre absolu dans le film le plus sophistiqué jamais réalisé sur le conditionnement humain — n’a pas eu, lui, le choix. Kubrick lui a pris ses cornées, ses droits, sa tranquillité. En échange, il lui a rendu l’immortalité. McDowell vit avec ce calcul depuis plus de cinquante ans.

Tout a commencé avec If…. (1968), le film de Lindsay Anderson sur la rébellion dans un internat britannique que le British Film Institute a classé parmi les douze plus grands films britanniques du XXe siècle. McDowell y incarnait Mick Travis, rebelle institutionnel dont la trajectoire préfigurait déjà le registre de violence stylisée qui définirait sa carrière. Kubrick l’a vu, et deux ans plus tard il l’a appelé pour Orange mécanique.

Ce qui a suivi sur le plateau est documenté avec précision. Lors de la séquence des yeux maintenus ouverts de force, des pinces métalliques écartaient les paupières de McDowell pendant que ses cornées étaient anesthésiées. Quand l’anesthésique s’est dissipé, les égratignures ont commencé. Il a décrit la douleur comme des coupures de rasoir. Kubrick a demandé un plan rapproché. McDowell s’est repositionné.

L’arrangement financier révèle autant que la technique. McDowell avait demandé 100 000 dollars et 2,5 % du box-office. Kubrick lui a dit que Warner Bros. avait refusé la participation aux bénéfices. Quand McDowell a rencontré directement les dirigeants du studio, ils lui ont confirmé que Kubrick avait reçu ce 2,5 % — pour les deux. Le film a rapporté plus de 100 millions de dollars. McDowell a touché son cachet fixe. Ils ne se sont plus jamais parlé.

Force est de constater que cette trahison a façonné plus qu’une relation de travail : elle a structuré une image publique. Orange mécanique est devenu l’objet culturel que Kubrick avait calculé — et que McDowell n’avait pas tout à fait anticipé. Alex DeLarge n’est pas un rôle que l’on quitte. C’est un rôle qui vous suit, à chaque décennie, sur chaque nouvelle plateforme, à chaque commémoration. La culture refuse de réduire Alex à une note de bas de page. Elle refuse également de voir l’acteur derrière le masque.

Né à Horsforth, dans le West Yorkshire, le 13 juin 1943, McDowell a grandi entre les affectations RAF de son père et le comptoir d’un pub dans le Lancashire, avant de se former à la LAMDA et de rejoindre la Royal Shakespeare Company. Il a adopté le nom de jeune fille de sa mère comme nom de scène quand le syndicat des acteurs britanniques n’autorisait pas deux Malcolm Taylor sur ses registres. Le nom a tenu. Ce qu’il portait a mis plus longtemps à se révéler.

Après Orange mécanique, McDowell a continué avec Anderson dans O Lucky Man! (1973) et Britannia Hospital (1982), complétant une trilogie informelle autour de Mick Travis. Il est arrivé à Hollywood avec Time After Time (1979), où il jouait H.G. Wells pourchassant Jack l’Éventreur à travers le temps — et où il a rencontré Mary Steenburgen, sa deuxième femme. La même année, il incarnait le rôle-titre de Caligula, l’épopée controversée de Tinto Brass.

La suite s’étend sur plus d’une centaine de films. Star Trek Generations (1994) lui a valu des menaces de mort de fans furieux contre le personnage qui a tué le Capitaine Kirk. Rob Zombie l’a choisi pour le Dr Samuel Loomis dans Halloween (2007). Le travail de doublage s’est accumulé : le Président Eden dans Fallout 3, Molag Bal dans The Elder Scrolls Online. La télévision lui a offert un second souffle — Heroes, Mentalist, Mozart in the Jungle — et, depuis 2022, la comédie canadienne Son of a Critch, où il incarne Pop Critch, un grand-père qu’il a décrit comme l’un des personnages les plus agréables de toute sa carrière. La série se termine à l’automne 2026.

En 2026, il a co-signé Last Train to Fortune, western comique d’Adam Rifkin avec Mary Steenburgen — la femme qu’il a épousée sur un tournage en 1978 et dont il a divorcé en 1990. En mars 2026, interrogé par Page Six, il a confié que sa soudaine célébrité après Orange mécanique « m’a en réalité effrayé ». L’homme qui a refusé un CBE en 1984 et une nomination au titre de chevalier en 1995, qui a obtenu la citoyenneté américaine en 2021 et dont le neveu est l’acteur Alexander Siddig — cet homme-là parlait de cinq décennies d’expérience. Il faut beaucoup de temps pour dire une chose pareille calmement.

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