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Lena Headey, l’actrice qui refuse d’adoucir les femmes qu’elle interprète

Penelope H. Fritz
Lena Headey
Lena Headey
Photo via The Movie Database (TMDB)
Naissance3 octobre 1973
Hamilton, Bermuda
ProfessionActrice
Connu pour300, Dredd, American Nightmare
RécompensesEmmy · Golden Globe · 2 Saturn Award nominee · Empire Hero Award (2015) · BAFTA

La version polie de la carrière de Lena Headey passe par Cersei Lannister et s’arrête là, comme la version polie de n’importe quel acteur passe par le rôle devenu mobilier culturel. Headey discute depuis six ans, à travers les choix qu’elle fait, contre cette version commode. Elle est l’actrice qui refuse d’adoucir : ni le personnage, ni le rapport du public au personnage, ni celui du public à elle. Cersei l’a installée comme le visage le plus détesté de la télévision payante pendant neuf ans. Ce qu’elle a construit depuis est presque entièrement composé de femmes devant lesquelles le spectateur est censé reculer, et le travail s’affine à mesure que la chaleur de ses entretiens continue de contredire l’écran.

Son père, John Headey, était policier du West Yorkshire détaché auprès des forces de l’ordre des Bermudes lorsque Lena Kathren Headey vient au monde le 3 octobre 1973 à Hamilton. La famille rentre en Angleterre lorsqu’elle a cinq ans et s’installe à Huddersfield, où elle restera jusqu’à dix-sept ans, l’âge auquel un atelier du National Youth Theatre à Shelley College la met devant un agent de casting qui lui confie sans essai ni école le rôle de la jeune Mary Metcalfe dans Waterland de Stephen Gyllenhaal, face à Jeremy Irons. Elle a parlé d’elle-même, par la suite, comme à la fois chanceuse et prise par surprise par la vitesse. La carrière qui s’ensuit frappe par la fréquence avec laquelle elle a esquivé le rôle que l’industrie cherchait à lui coller.

Les années 1990 sont un long refus délibéré du type. The Jungle Book en Kitty Brydon, Mrs Dalloway en jeune Vanessa Bell, une Brontë non créditée dans Devotion, une survivante muette dans The Cave, une Cassandre face à Liam Neeson : chaque rôle semble choisi pour que le précédent ne fasse pas système. Au milieu des années 2000, Terry Gilliam la prend en Angelika dans Les Frères Grimm ; Zack Snyder enchaîne avec 300, où sa reine Gorgo transforme une seule réplique — reviens avec ton bouclier ou dessus — en une décennie de mèmes qu’elle n’a ni reniée ni épousée. La Fox lui confie ensuite Terminator : Les Chroniques de Sarah Connor, deux saisons et trente et un épisodes durant lesquels elle porte une série qui n’avait aucune raison de survivre à son cliffhanger.

Game of Thrones arrive en 2011. Cinq nominations consécutives aux Emmy sur le parcours — 2014, 2015, 2016, 2018, 2019 — et une nomination au Golden Globe, sur une fiction qui n’a guère été tendre avec ses femmes. La Marche de la Honte, tournée à Dubrovnik avec une doublure dont Headey parlera ensuite avec une franchise inhabituelle, est devenue un cas d’école d’une scène unique dans les conservatoires. La sortie du personnage, écrasée par les gravats à l’avant-dernier épisode de la dernière saison, est la mort la plus discutée de la série ; Headey a dit clairement, les mois suivants, qu’elle aurait voulu autre chose et qu’elle l’avait écrit aux scénaristes.

Le paragraphe critique que cette biographie se doit à elle-même se loge ici, entre Cersei et la suite. Les années post-Trône contiennent un palier — 2019 à 2023 — plus difficile à lire que ne le laisse entendre la narration publique. Du doublage sur Masters of the Universe: Revelation et Infinity Train, des seconds rôles dans Une famille sur le ring et dans Beau a peur d’Ari Aster, une affaire de garde portée par les tabloïds, un début de réalisation qui ne s’était pas encore concrétisé dans le long métrage prévu, Violet. La lecture d’une période calme n’est pas tout à fait juste ; celle d’un recalibrage l’est davantage. Elle a écrit et réalisé en 2019 le court métrage The Trap, nommé aux BAFTA, avec Michelle Fairley, s’est attachée à Violet, adaptation du roman de SJI Holliday, en 2022, et a attendu.

Lena Headey
Lena Headey. Photo: Greg2600 / CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons (source)

Le chapitre 2026 est la réponse à cette attente. Ballistic, sortie en salles le 18 avril sous Briarcliff Entertainment, donne à Headey le rôle de Nance, une ouvrière d’usine qui finit par reconnaître, dans les stries de la balle qui a tué son fils soldat tombé en Afghanistan, le travail de sa propre chaîne. Le film est sur le papier un thriller de vengeance ; dans le jeu de Headey, il tient plus de l’étude de la façon dont un deuil maternel apprend la balistique. The Abandons, le western Netflix qui a tenu une saison après sa première du 4 décembre 2025, la place face à Gillian Anderson en matriarches rivales du Territoire de Washington de 1854 sur un filon d’argent — annulé en janvier 2026, ce dont Headey a parlé avec la même clarté fatiguée que pour la fin de Cersei. La saison 3 de Mercredi, en tournage près de Dublin, arrivera sur Netflix en 2027 avec Headey, Andrew McCarthy et James Lance ajoutés à l’ensemble. Une mini-série policière en quatre parties de Charlie Brooker, avec Paddy Considine et Georgina Campbell, est annoncée chez Netflix. Normal, le drame criminel de Bob Odenkirk, est en postproduction. Une suite de Red, White & Royal Wedding l’attend chez Prime Video, princesse Catherine de nouveau.

Le chapitre de réalisation est celui qu’elle surveille le plus attentivement. Violet, adaptation du roman de Holliday à laquelle elle est attachée comme réalisatrice depuis mars 2022, reste en développement ; la patience qui l’entoure n’est pas celle de l’industrie mais la sienne. Elle a été claire, dans les rares entretiens qu’elle accorde sur le sujet, sur le fait qu’elle préfère le faire lentement plutôt que d’en faire un autre vite. Après une décennie passée à être la femme que la caméra demandait au public de juger, le fauteuil de l’autre côté ressemble à une ambition longue, pas à une transition.

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Sous l’addition du calendrier, un seul argument : la femme qu’on ne veut pas aimer est plus difficile à interpréter que celle qu’on veut aimer, et elle prête à l’actrice une attention plus précise que celle que l’économie de la sympathie a jamais su lui donner. Avec Ballistic à l’affiche ce printemps et Mercredi qui couronne l’année prochaine, le chapitre qui a commencé le jour de la mort de Cersei est désormais visiblement le sien, et c’est Headey qui l’écrit.

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