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Laurent Stocker, 511e sociétaire : premier rôle salle Richelieu, second rôle au cinéma

Penelope H. Fritz
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Laurent Stocker
Laurent Stocker
Photo via The Movie Database (TMDB)
Naissance1973
Saint-Dizier, France
ProfessionActeur
Connu pourAn Officer and a Spy, Bye Bye Morons, Goliath
RécompensesCésar (partagé) · 2 Molière du comédien dans un second rôle · Officier de l'ordre des Arts et des Lettres

Dans Comédie-Française, la farce de coulisses qui a attiré les foules dans les salles françaises cet été, Laurent Stocker joue Philippe Vialle, un comédien de troupe dans un théâtre où le spectacle n’est jamais annulé. Il n’a pas eu grand-chose à préparer. Le bâtiment de la rue de Richelieu est son lieu de travail depuis presque toute sa vie adulte, et le clin d’œil du casting — de vrais membres de la troupe interprétant des membres de la troupe — fonctionne en partie parce qu’il y est visiblement chez lui. Cette maison explique la forme singulière de sa notoriété. À l’écran, les Français le connaissent comme l’homme qui gravite autour du pouvoir : un général qui fait bloc, un juge, un magnat de la presse, Nicolas Sarkozy. À la Comédie-Française, il a incarné Figaro, Néron, Arturo Ui et Harpagon, des rôles qui portent toute une soirée.

Stocker est né à Saint-Dizier, en Champagne, et a grandi juste de l’autre côté de la frontière régionale, en Lorraine : d’abord dans le village meusien de Ville-sur-Saulx, puis à Neufchâteau, dans les Vosges. « En fait, j’ai passé l’essentiel de mon enfance à Neufchâteau », a-t-il précisé ce printemps à un journaliste de la télévision régionale, évoquant les week-ends en famille à Nancy. À seize ans, il voulait devenir comédien et a rejoint une petite troupe à Épinal. Peu après, il est parti seul pour Paris et a terminé sa scolarité au lycée Lamartine.

Sa formation fut longue et classique. Né en 1973, il sortait à peine de l’adolescence lorsqu’il a intégré, après les Ateliers Gérard-Philipe de Nanterre, le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, où il a étudié trois ans, de 1993 à 1996, auprès de Madeleine Marion, Daniel Mesguich et Philippe Adrien, tout en suivant des études de littérature moderne à la Sorbonne. À la fin des années 1990, c’est la scène qui l’occupe : des spectacles mis en scène par Georges Lavaudant à l’Odéon et à Avignon, puis Henri V de Jean-Louis Benoît, joué dans la cour d’honneur du Palais des Papes en 2000.

Le 14 juin 2001, il entre à la Comédie-Française. Ses premiers rôles sont modestes : il interprète notamment un laquais dans Ruy Blas, mis en scène par Brigitte Jaques-Wajeman, et Cléante dans la mise en scène du Malade imaginaire signée Claude Stratz. Le 1er janvier 2004, il devient le 511e sociétaire de la maison, membre à part entière et détenteur d’une part de cette troupe héritière de celle de Molière. Ce statut impose un rythme qui détermine tout le reste. La troupe joue en alternance : plusieurs spectacles se succèdent au cours d’une même semaine, et le moindre tournage doit s’organiser autour du calendrier de la scène.

Le cinéma l’a tout de même repéré. Claude Berri le distribue dans Ensemble, c’est tout, l’adaptation sortie en 2007 du roman d’Anna Gavalda, où il incarne Philibert, un aristocrate timide dont le vaste appartement parisien devient un refuge pour Camille, jouée par Audrey Tautou, et Franck, interprété par Guillaume Canet. En 2008, alors qu’il a déjà trente-quatre ans et qu’il est sociétaire de la Comédie-Française, cette prestation lui vaut le César du meilleur espoir masculin.

La promesse s’est surtout concrétisée salle Richelieu. Stocker y a joué Figaro dans Le Mariage de Figaro de Christophe Rauck, un rôle qu’il a repris pendant plusieurs saisons, puis Néron dans Britannicus de Stéphane Braunschweig, le dictateur gangster de La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Katharina Thalbach, Sir Toby dans Twelfth Night de Thomas Ostermeier et Harpagon dans L’Avare de Lilo Baur. Ce sont des premiers rôles, et plusieurs de ces personnages sont des tyrans, chacun à sa manière.

Entre-temps, les cinéastes continuent de le placer en uniforme ou derrière un bureau. Il apparaît dans le thriller politique de Pierre Schoeller, L’Exercice de l’État. Dans J’accuse de Roman Polanski, il incarne le général de Pellieux, l’un des officiers qui ont fait bloc contre Dreyfus. À la télévision, il joue Jean-Michel Lambert, le jeune juge d’instruction de l’affaire Grégory, dont il a suivi le déroulement enfant, en Lorraine. Il interprète le magnat de la presse Pierre Lazareff dans la série Bardot et, dans Bernadette de Léa Domenach, Nicolas Sarkozy, qui gravite autour de la Bernadette Chirac de Catherine Deneuve. Il y a aussi eu des comédies, notamment Un triomphe d’Emmanuel Courcol, sur le théâtre en prison, et Adieu les cons d’Albert Dupontel.

C’est là qu’il faut nuancer le récit habituel à son sujet. Un César du meilleur espoir masculin ressemble au début d’une carrière à l’écran ; la sienne, pourtant, s’est poursuivie par une longue succession de seconds rôles. Le cinéma français voit dans la Comédie-Française un vivier d’autorité : des acteurs capables de rendre une institution crédible en trois scènes. Stocker est l’un des plus fiables d’entre eux. La contrepartie, c’est qu’il porte rarement un film à lui seul. Même ses deux Molières, les principales récompenses théâtrales françaises, lui ont été décernés dans la catégorie du second rôle. Il ne présente pas cela comme un sujet de plainte. « Je suis toujours heureux de ce qui m’arrive », a-t-il confié à France 3. Mais l’écart entre ce que la scène lui confie et ce que le cinéma lui propose est bien réel, et le succès de cet été ne l’a pas comblé. Comédie-Française a été coproduit par l’institution qu’il égratigne avec douceur, et sa comédie s’arrête bien en deçà des questions de hiérarchie et de favoritisme auxquelles la maison préférerait peut-être ne pas répondre.

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Les deux dernières saisons sont les plus récompensées de sa carrière. En 2025, il a remporté le Molière du meilleur comédien dans un second rôle pour la mise en scène-fleuve d’Éric Ruf du Le Soulier de satin de Paul Claudel, reprise ensuite au Festival d’Avignon. Le 4 mai 2026, aux Folies Bergère, il a reçu à nouveau la même récompense pour Chrysale, le père dominé des Les Femmes savantes d’Emma Dante, au Théâtre du Rond-Point. Au printemps, il a travaillé sur l’adaptation par Jean Bellorini de L’Ordre du jour d’Éric Vuillard, au Théâtre du Vieux-Colombier. Comédie-Française, réalisé par Bertrand Usclat et Martin Darondeau, est sorti en France le 22 juillet et avait dépassé 1,28 million d’entrées au bout de neuf semaines ; il est arrivé dans les salles britanniques le 9 octobre. Sur ARTE, il joue le père de l’héroïne dans la mini-série de Jérôme Bonnell, Un jour on fera l’amour, diffusée à partir du 22 octobre, et France Culture vient de lui consacrer une série d’entretiens en cinq volets pour « À voix nue ».

Les prochains mois se déroulent sur deux fronts. Jusqu’au 27 janvier 2027, il joue dans le nouveau Ruy Blas de Julie Duclos, le spectacle qui rouvre la salle Richelieu après un an de travaux, vingt-cinq ans après ses débuts dans cette même pièce de Victor Hugo, où il incarnait déjà un laquais. L’Avare de Lilo Baur revient au répertoire à partir du 30 novembre. À l’écran, il retrouve Léa Domenach dans Peau d’homme, adaptation musicale du roman graphique d’Hubert et Zanzim, avec Catherine Deneuve, Pomme et Karin Viard ; le film a clôturé les Giornate degli Autori à Venise et sortira en France le 27 janvier 2027. Deux semaines plus tard, le 10 février, Les Profs 3 le distribue dans le rôle de Napoléon. Un autre homme de pouvoir, un autre second rôle. Dans sa loge du cinquième étage, au-dessus des jardins du Palais-Royal, les répliques de son prochain premier rôle l’attendent déjà.

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